CHAPITRE IV
Vinlamlsîs. — La pAriodt» placiain» on Scîindinnvie. — Anciennes explications des phénomènes glaciaires. — Kxploi*alions de Vinlandsinu\'dï\\ 1885. — Claus Enevold Paars, 1728. — Lais Dalager. 1751. — J.-J. Uayes, 1800. — K. Wliympcr el R. Brown, 1867. — Nordenskiold et lUMjzjiTen. 1870. — N<Mdenski(»lil et Palander, 1875. — Jens4»n, Kornorup et (Irotli, 1878.
Avant (le raconter les explorations entreprises sur Vinlandxh antérieurement à 188.", j'in(li(|U(M'ai brièvement les observations et les tbé()ri(»s qui ont eonduil les «réolofrues à admettre l'existence de la période plaeiaire. Je» dirai comment les naturalistes sont arrivés à piH)uver que (l(*s masses do. glace épaisses de plusieurs centaines de mètres ont rocouvtM't autreCois des pays fertiles aujourd'hui, et comment ils ont été am(»nés à croire ((ue le (îronland présente actuellement l'aspect (lu'offiaient jadis la Scandinavie et l'Angleterre. Cette ressemblance, purement hypothétique, constitue le grand intérêt des explorations sur Vinlanchis du Gninland.
Emanuel Svedenborg attira, le premier, l'attention sur la nature particulière des formations détritiques de la Suéde. Un travail de sa jeunesse, Om watnens hogd och pjrra werldem starcka cbh och flod^ heivis ulur Sverige, imprimé à Upsal et à Stockholm en i719^ et un mémoire plus récent, Miscellanea ohservata circa res naturales, Lipsia», 172*2, contiennent une descri])lion des âsar sablonneux, des c(mch(»s de cailloux roulés et des bancs cocjuilliers d'Uddevalla ; d'après ce géologue, ces formations seraient dues à de piiissants courants d'eau ()ui auraient sillonné la presqu'île Scandinave. Ces travaux nous paraissent aujourd'hui bien naïfs; mais, si Ton se rappelle combien étaient |)eu avancées, il y a deux siiîclcs, les
connaissances géologiques, on ne peul refuser à l'auteur un talenl particulier d'observation et un véritable coup d'œil de naturaliste. Les études de Svedenborg déterminèrent, en Suède, la publication d'autres travaux et d'autres théories du même genre. A l'étranger, les savants ne Grent guère attention aux travaux de Svedenborg; la géologie était encore trop peu développée pour que l'on étudiât les formations détritiques. Les observations faites sept ans plus tard sur ce même sujet par M. de Lasteyrie passèrent également inaperçues. Pendant un voyage en Scandinavie (1799 et 1800), ce naturaliste reconnut que la face nord des roches de la côte occidentale est généralement polie, et que leur face méridionale se trouve au contraire hérissée de saillies. M. de Lasteyrie remarqua en outre que le poli est particulièrement bien conservé sur les rochers qu'une couche de terre protège contre le délitement'. Sans avoir eu connaissance de ces travaux, J. Esmark affirma, en 1824, que les blocs éparsen Scandinavie ont été transportés par des glaciers' qui recouvraient jadis des pays aujourd'hui dépouillés de glace, et qui avaient érodé et poli les roches sous-jacentes. Cette conception hardie du naturaliste norvégien, admise aujourd'hui par tous les géologues, ne fut pas accueillie par le monde savant. Pendant quelques années, on ne tint pas compte, non plus, des observations sur les phénomènes erratiques faites par le célèbre naturaliste Alexandre Brongniart, lors du voyage qu'il entreprit (182i) en Suède avec Berzelius. Dans un travail spécial, Brongniart décrit les âmr. les polis des roches, leurs stries, et fait remarquer que ces stries et le plus grand nombre des âmr sont orientés du nord-est ;ui sud-ouest ^
Après que N.-G. Sefstrôm eut publié, en 1836, ses observations*,
1. Dans le Journal des connamances uêttelles, vol. V, 1827, p. 0. Je n'ai pu me procurer ce travail et le cite d'après un extrait qu'en a donné A. Brongniart.
2. J. Esmark. Bidrag til vor Jordklodes Historié. Magazin for Naturvidenskaberney 2« année, vol. I. Krisliania, 4824, p. 28. — Dès 1740, Daniel Tilas avait prouvé que les blocs en'atiques des envii-ons d'Abo pmyiennent de rochers situés à 70 ou 80 kilomètres au nord-est, dans le voisinage de Nystad. Son travail, inséré dans les Svenska Vetenskaps- Akademiens Handlingar^ 1740, p. 198, est accompagné d'une carte, la première publiée pour explique)' les phénomènes erratiques.
3. Notices sur les blocs de roches des terrains de transport en Suède (Annales des Sciences naturelles, t. XIV, Paris, 1828).
4. Elles parurent en 1856, dans Svenska Vetcnskaps- Akademiens Handlingar.
qui furent d'abord inexactement interprétées, les géologues reconnurent enfin dans ces terrains les traces d'une révolution survenue à une époque» rapprochée de la nôtre. Sefstrôm expliquait les polis des rochers et les formations détritiques par un phénomène diluvien. \]n puissant torrent, charriant du sable et des pierres, profond d'au moins 250 mètres, aurait traversé la Scandinavie du nord-ouest au sud-est. Dans sa course, il aurait désagrégé des roches appartenant à des formations de tout Age, entraîné leurs débris, poli et strié la face nord des blocs restés en place, en leur donnant la forme arrondie ([u'ils ont conservée depuis. L'impétuosité du courant était telle, suivant l'opinion de Sefstrôm, rapportée pïir Berzelius, que, dans un coude du totrcnlj ces blocs auraient été projetés par-dessus les rochers de la rive méridionale ; la face sud de cmix-^i se se7*aH trouvée ainsi protégée contre Imure et aurait pu conserver ses angles saillants. Los âsar sablonneux, d'autre part, se seraient déposés dans des eaux tranquilles au sud de collines qui avaient brisé la force du courant. De nombreuses marmites de géants ont été formées par ce puissant tourbillon de pierres roulées; prenant en considération le temps nécessaire à leur creusement, Sefstrôm conclut que ce* courant a persisté pendant une durée assez longue. C'est seulement dans ces derniers temps que les naturalistes ont porté leur attention sur ces phénomènes. La croyance au déluge de Noé, enracinée dans les traditions populaires, a exercé sur cette doctrine géologi(|ue autant d'influence que la légende de la géhenne sur la théorie ultra-plulonienne. Un examen un peu réfléchi de la ((uestion aurait du cependant montrer combien la théorie du courant de pierres étiiit en désaccord avec les lois de la physique du globe. Comment admettre, en effet, l'existence d'un courant assez puissant pour entraîner des blocs gros comme des maisons, et assez considérable pour couvrir jusqu'à une hauteur de 250 mètres, non seulement la Scandinavie, mais encore d'autres pays éloignés? Peu après la publication de la théorie de Sefstrôm, N. Nordenskiold observa que les roches portent en Finlande les mêmes traces qu'en Suède; la largeur du courant d'eau devait donc être doublée. En même temps on découvrait partout des formations analogues à celles dont Sefstrôm attribuait l'origine à un torrent
chargé de pierres roulées : W. Boehtlingk en signalait dans la Laponie et dans la presqu'île de Kola; Agassiz, Buckland et W. Remp en Ecosse, et Hitchcock aux États-Unis et au Canada.
Pendant que ces études étaient poursuivies en Suède, les glaciers des Alpes étaient étudiés attentivement en Suisse. On découvrit alors qu'ils polissent et strient le sous-sol rocheux sur lequel ils reposent, qu'ils transportent d'énormes blocs de pierre, et déposent, en certains endroits, des monceaux de blocs et de sable, comme l'aurait fait en Suède le prétendu courant de pierres roulées*.
Cette découverte fit révofjuer en doute l'hypothèse de Sefstiôm, accueillie jusque-là avec tant de faveur. Elle fut remplacée par la théorie glaciaire basée sur les observations de Charpentier et d' Agassiz, etc. D'après ces naturalistes, la forme des rochers serait le résultat de l'action des glaciers, et la plus grande partie des couches détritiques le produit mécanique de cette action, et cela non seulement dans le voisinage des glaciers actuels, mais encore dans toute la Scandinavie, l'Allemagne septentrionale, certaines régions de l'Angleterre et du nord de l'Américjue. Une puissante couche de glace aurait jadis recouvert tous ces pays.
De nombreux naturalistes entreprirent avec ardeur les études de
i . Partout dans les Alpes abondent les preuves d'un allongement considérable des glaciers h une époque antérieure, du striage et du polissage qu'ils font subir aux roches sousjacentes. Néanmoins longtemps les nombreux naturalistes qui étudiaient les glaciers n'ont point fait attention à ces traces de leur action mécanique. Ainsi T^.-S. Gininer, dans sa description des glaciers de la Suisse, publiée en trois volumes en 1 760-62, ne fait aucune allusion à ces phénomènes, du moins autant que j'en puis juger par la traduction française de Kéralio, imprimée à Paris en 1770. Pourtant J.-J. Scheuchzer avait déjà prouvé le mouvement des glaciers. En 1778, pour la première fois, l'attention de de Saussure fut attirée par un moine du Saint-Bernard, Murrilh, sur les rochei's polis que l'on obsene près des glaciers, et par le docteur Butini, sur les stries que l'on remarque dans les mêmes localités. Ces phénomènes paraissent avoir échappé jusque-là à cet observateur attentif. Pour les expliquer, de Saussure imagine une théorie absurde que lui a suggérée Butini. Le naturaliste genevois avait pourtant constaté le mouvement des glaciers et donné une explication exacte de la fonnation des moraines. En 1802 Playfair racontait, sans s'y arrêter autrement, que de gros blocs erratiques ont été transportés dans le Jura par d'anciens glaciei-s. En 1821 Venetz reconnut que, dans leur mouvement de progression, les glaciers polissent le sol sur lequel ils reposent. En 1854 Chai'pentier développa les théories de Playfair et de Venetz et vérilia leur exactitude. En 1840 Agassiz monti'a que les glaciers strient également les roches sous-jacentes, et que des roches striées se trouvent en dehore du domaine des glaciers actuels; il en conclut qu'une longue période caractérisée par des froids rigoureux, une « époque glaciaire » , avait suivi l'époque tertiaire.
108 i-A sKi;oNDK Exi'fiDiTm^ Ai; ghôm.anh.
(iûtiiil ticVessairos [iiuir ilorinui' uiir hnsc rerliiïiio à la nouvelle st'ienco. La lisU' ilo Unis les iravaux juiblirs sur ce sujet remplirait un Yiilume. Parmi les n:iliiralisles i|ui ont étudié les formations glaciaires dans les pays du Nord, je citi'i-ai Sven Lovén, II. v. Post, A. Eiilmann, Ollo Torcll, J.-*;. Forvh ha miner. II. llink, J, Sleen-
slrup, J.-F. Jolinslrnp, ll.-M. Keilhau. Th. Kieruif, Forbes, Daubrée et Dosnr'. KnliY- lous, Thil'II a uiii> |)la(-c à pari. En 1857 il>isila l'Islande, en IS,-iï^ |.- SpilzlK;r{r, el en \K*U h; f.ronland; en 1861 il retourna au Spit/her<;. Il désimil eonnaitre les <;laciei's des régions polaires et leui's iilir-iiuini'iies actuels )muii' pouvoii' étudier en parfaite
1. Otl« Tiiri'll a |iLiljlii'< tiiii' [Tliilimi rli'iulm- îles ri'cln'rchi's ili- n- gHnre cxrâit^ dtm l<s ■'('••iinis si'|ili'ntriiiii:ili"^. siiii-. le liiii' ili' : Viidcniikiiingar Ofver itUden. Oftenigl af K. Vel.-Âkad. FôrhamU. 1872 l'i 187:..
TIlfUlIlKS (ILACIAIHES. 10»
connaibiiaBice (lu cause tes icrniiiis ;nt\i|ue)s mi iillnbuuil en Suéde une ori|^inc (^laeiaii'e. Les cUidtïs miigistrales île Itink sur les glaciers et les Qords à isliep^s' (ht Groiiland onl donné une base certaine à la théorie glaciaire Scandinave.
Gomme cela arrive loujoni's, les partisans de lu nouvelle théorie
Uenri Rink,
m i. Copanha^uc en 1819.
l'exagérfercnl au déhul. En dépit des .sages averlissemenls de Lyell et de Murchison, verl^iins géi)tugu(!s aiiiniièri^nl <|n<! la terre entière avait été couverte de gkciei's. Ou croyait trouver des traces d'anciens glaciers jusque dans les régions tropicales, au niveau même de la mer, à l'embouchure de l'.\mazone par exemple ; et dans les pays qui avaient eu une péi-iode glaciaire, toutes les accumulations de graviers étaient l'cgardées comme d'anciennes moraines. Il a fallu
1. Fjords ilïiisk-iiqui'ls so fuiiiu-nl les isWigsi'l qu'ils suîvi'nl |iriur (li'boui'ln;r danslaiiici'.
no l\ SECONDE EXPÉDITrON AU GRÔNLAxND.
en rabattre de ces eiagérations; maintenant on peut regarder comme démontré que l'Europe et l'Amérique septentrionale ont été jadis couvertes de glaciers comme l'est aujourd'hui le Gronland. La plus grande partie de la couche détriti(|ue superficielle de ces régions a été formée pendant celte péiiode, et de cette époque également datent la dispersion des blocs erratiques et le polissage des roches. En terminant, il est bon de faire remanjuer que la plupart des géologues qui ont publié des travaux sur cette importante question n'ont jamais visité une de ces inlatidm dont ils décrivent les effets mécaniques. Dans bien des cas, leurs théories sont l'œuvre de l'imagination. Pour cette raison, une exploration de Vinlanckis du Gronland intéresse beaucoup plus les géologues que les géographes. Une pareille expédition doit offrir pour des naturalistes le même intérêt que, pour des archéologues, une visite à une cité lacustre préservée de tout contact avec la civilisation, ou à une cité de la Grèce ancienne, s'il en existait encore une intacte.
Un exposé détaillé des différentes théories glaciaires serait ici hoi-s de propos; mais, avant de poursuivre la l'elation de notre voyage, je liens à faire connaître brièvement mon opinion sur plusieurs points importants de cette théorie. Mes idées sont très différentes de celles admises généralement; aussi n'est-il pas inutile de dire qu'elles sont basées sur des observations faites pendant douze étés et plusieui^s hivers passés dans les régions polaires, et de rai)i)eler «pie j'ai fait trois longues expéditions sur les inlamhù du Spitzberg et du Gronland et de nombreuses excursions sur les glaciers de ces différents pays. Personne n'a de Vinlandsn une connaissance plus complète que moi.
La plupart des phénomènes dits te glaciaires » datent d'une époque pendant bujuelle les pays couveils aujourd'hui de forêts, de prairies et de champs cultivés éUiient ensevelis sous une couche de glace épaisse de i)lusieurs centaines de mètres. La période glaciaire ne s'est pas étendue sur toute la surface du globe, et elle n'a point encore pris (in. Elle dure actuellement encore, non seulement dans les régions avoisinant les pôles et au (ironland, mais encore dans
certaines parties de l'océan Atlantique où des isbei^ arrivent en plus ou moins grande quantité. Comme le montre la carte suivante, des blocs erratiques sont trans[K>rtés, aujourd'hui, bien au sud des pays dans lesquels on trouve des traces de lu période glaciaire Scandinave.
A mon avis, le développement de la période glaciaire doit être
Carte monlranl l'étendui; du drifl glaciaire pi'iiduul la pisiiiHle glaL'iaii-u ut ré|ioque acluellu. ^^^^ Liinile inéridiotialc d«9 lilocs rmliqucn en Hiiroiie. il'aju'tM 0. TorsJl.
Limile mùridioiiale de faire ih diiper.'ioii ri» islvrii'' ilan* l'ac^/>^ illiiiiIi<|Utf ixjiirlauUe» mai"
de moi et de juin, li'aprt^ l.-K. iohnslaii.
ainsi compris : des glaciers ont couvert le nord-ouest de l'Europe tout d'abord, ensuite le nord-est de l'Amérique, euliu le Grôniand, si même l'inlandsis actuelle du Gi'ontand n'est pas le dernier vestige de la coupole glaciaire qui a occupé le Canada oriental et le nordest des États-Unis. Aucune inlandsis n'a jamais couvert les toundras de la Sibérie et du nord-est de l'Europe.
Des froids excessifs empècbent la formation d'une tntandsis: par suite, il n'existe aucune carapace glaciaire dans le voisinage des pôles du froid de la Sibérie et de l'Amérique. Les glaciers n'atteignent un grand développement que dans des régions humides, dont la température hibernale, dans les localités situées au bord de la mer, n'est que de quelques degrés inférieure à zéro. Aucune intandaïs
112 LA SECONDE EXPÉDITION Al GUÙNLAND.
ne se trouve donc dans rintérieur des grands continenls, ni dans les régions voisines du pcMe, à moins que ces dernières ne soient entourées par une mer libre de temps h autie.
La plupart des stries que prient les rochers de la Scandinavie ont été burinées par les glaciers. Un grand nombre aussi ont élc produites par des isbergs et des dn/ix dérivant le long des côtes ou dans les fjords. D'autres encore ont drt se former d'une tout auti*e manière, i)ar exemple par les glissements alternatifs, détermines par les variations de température, entre la roche et la couche argileuse qui la couvrait; bref, elles auraient une origine identique à celle des stries (|ue Ton observe souvent sur la surface séparative de deux roches d'espèces différenlos. Pour cette raison la seule présence de stries sur des rochers n'est pas une preuve suffisante de lexùtence antérieure, dans la contrée, de glaciers ou d'une mer remplie d'isbergs.
Les géologues n'ont point encore donné une explication satisfaisante de la formation des âsar. Juscju'ici, ni sur la côte du Grônland, ni sur celle du Spitzberg, aucune trace lïàsar n'a été trouvée; leur origintî glaciaire me paraît donc bien problémati(jue. Vraiscmblabbîment ces amoncellements de cailloux sont le produit du délitement de la roche en place; ils se sont formés dans les mêmes conditions (jue les autiu^s formations du même genre signalées dans de nombreuses localités des régions tropicales; dans la plupart des cas, il ne faudrait sans doute pas chercher bien loin pour retrouver la roche d'où dérivent ces formations.
De nombniux blocs prétendus (;rrati(|ues sont également situés près de la loche nuic: suivant toule vraisemblance, ils proviennent de la roche sous-jacentcî attaquée par le délitement* cl
I. Voici une preint» curiiMisc* ({iic des phriuiiiiènos écluipiK'nt souvent ù rattontion d'han biles natunilistes loi-squ^ils sont en ront radie! ion avee les dogmes de la science. Ihvs des mines de cuivre de Falun m^ trouve une zone étendue — BitMldlio, célèbre dans Thistoire de la minéi-.ilo«!ie — où la fumée des nond)ivuses cheminées voisines em{)èclK* l'existence de toute véjïélation. Toule celte zone est couverte d'énonnes monceaux de pierres roulées. Conune aucun lichen ne recouvrit ces cailloux, il est facile de reconnaît^ à première Tiie l(>s roches qui les comp<isenl. La plupail appartiennent à une roche particulière contenant un grand nombre i\c minéniux caractéiistitpies qui ne se trouvent que dans la pcgmntitc graniloïd(î de Falun. (l'est là une pivuve certaine que' ces pierivs sont en place, ou du moins qu'elles ne viennent pas de loin. Cependant beaucoup (\v géologues et de minéralogiste» ont visité celle localité, vi pas un n*a douté de>i théories qui attribuaient aux blocs erratiques une provenance lointaine.
o'nl été transportés ensuite dans les environs ; on peut du reste s'en assurer par un examen rapide du terrain. D'autres blocs ont, par contre, parcouru des distances plus ou moins grandes. Les uns ont été portés par les glaciers, — et dans ce cas ils n'ont été déplaces que de quelques dizaines de kilomètres; — les autres, charriés d'abord par les glaciers, l'ont été ensuite par des isbergs, à des centaines de kilomètres ; enfin une dernière sorte de blocs ont été entraînés par des glaces côtières. De nos jours, un pareil transport de blocs erratiques a lieu sur la côte orientale du Grônland. Dans ces parages, le fond de la mer est tapissé d'une telle quantité de grosses pierres que l'emploi de la drague et du chalut y est impossible. Au contraire, sur la côte occidentale, où les isbergs sont en beaucoup plus giande quantité, et les drifis moins compacts que sur la côte orientale, ces blocs sont rares au fond de la mer. Les drifis sont donCf semble-t-il, des agents de transport plus puissants que les isbergs. Les pierres que charrient le^ drifis proviennent des plages, où elles sont roulées et polies par le ressac. Par suite, la majeure partie des véritables blocs erratiques qui ont été transportés au loinsont des cailloux roulés.
Au Grônland et au Spitzberg j'ai trouvé des krosstensgrus\ non seulement au milieu de terrains glaciaires, mais encore dans des plaines situées à la base des montagnes; dans ces dernières localités, elles constituaient une nappe de cailloux qui avait été apportée là par les torrents issus, au printemps, des montagnes voisines. Ce terrain n'avait pas ensuite été remanié par les eaux. Contrairement aux afQrmations des géologues Scandinaves, cette formation n'a pas partout une origine glaciaire.
Nos âsar et la plupart des formations auxquelles nos glacialistes trop enthousiastes attribuent une origine morainique, ne sont pas des moraines. Les terrains laissés à découvert par une inlandsis en retraite sont couverts d'innombrables blocs erratiques (à en juger par leur constitution, la plupart ne viennent pas de très loin), mais on n'y observe point de moraines, c'est-à-dire d'amas de pierres et de graviers. Il n'existe également aucune moraine sur VinlandsiSy si
1. Couches d^argiie et de gravier mêlés de pierres à angles saillaiiU. (iV. du irad.)
ce n'est au voisinaj^e des pointemenls rocheux qui apparaissent sur le glacier. Les moraines sont donc des formations caractéristiques plutôt de glaciers alpins que de vastes coupoles glaciaires. A une très faible distance du bord de Vinlandsis on chercherait en vain un caillou de la grosseur d'un |)ois.
Dans de nombreuses localités, des marmites des géants ont été très certainement creusées par des cours d'eau issus des glaciers ; mais le plus souvent Tcxistence de ces cavités est indépendante de celle de glaciers. Les marmites des géants sont généralement le résultat de l'action d'eaux mêlées de graviers et soumises à des remous, comme par exemple ceux que déterminent une cascade ou le ressac, ou encore le vent dans une cuvette remplie d'eau, creusée dans un bloc granitique*. Les pierres roulées que l'on trouve fréquemment au fond des marmites des géants n'ont été que des agents secondaires dans la formation de la cavité. Le mouvement rotatoire de l'eau a creusé la roche et arrondi la pierre qui se trouvait fortuitement dans le creux. Avec un balai, un peu de sable et beaucoup de patience, on peut creuser un trou dans un bloc de granit. Se sert-on, pour cette expérience, d'un morceau de granit au lieu de sable, elle ne réussit pas, car c'est l'eau mélangée de particules arénacées et non la grosse pierre qui fait l'office de burin.
Cette longue digression prouve au lecteur que je ne suis pas un ultra-glacialiste ; pourtant, plus que tout autre savant, j'ai étudié les glaciers et les formations glaciaires. A mon avis, dans cette question comme dans beaucoup d'autres, la vérité est entre les théories extrêmes. Entraîné par mon ardeur à combattre les exagérations des glacialistes, j'ai trop réduit l'importance de l'action des glaciers sur la surface du sol '. Me basant sur les théories exposées dans le
1 . Au S|>itzl)erg j'ai vu dos marmites de géants, de la capacité de plusieurs litres, creusées dans des blocs épars sur le sommet du Gr\ tberg, haut de 500 mètres et situé sur la j)ointe nord-ouest de la Terre du Nord-Est. Très certainement, elles ataient été formées par Faction du vent.
2. J'ai écrit ce paswige pi'ii de temps aprèp mou ivloilr du Gi'(inlandi J*étais alors par-
CLAIS ENEVOLl) PAARS. 115
plan de voyage, je doutais de rexisleiice d'un continent entièrement couvert de glaciers, étant données les conditions atmosphériques actuelles de notre globe.
Avant de raconter mon voyage dans ce désert de glace, je résumerai les tentatives faites précédemment pour pénétrer d'ans Tintérieur de ce continent inconnu. Je considère comme un devoir de rappeler les noms des hardis voyageurs qui se sont aventurés avant moi sur Vinlandsis.
Un an après que le gouvernement danois eut pris la direction du commerce du Grônland*, il organisa à grands frais plusieurs expéditions qui eurent mission de traverser, de l'ouest à l'est, la péninsule en partant de Godthaab. Sur la côte orientale, qu'on avait si souvent essayé d'atteindre par mer, était située, croyait-on, Tancienne Osterbygd.
Pour équiper ces caravanes, onze chevaux furent envoyés de Danemark (1728). Le gouverneur de la colonie. Clans Enevold Paars, devait, avec ces animaux, traverser Vinlandsis jusqu'à la côte orientale. Cette expédition avait un but non seulement géographique, mais encore militaire, à en juger par sa composition. Peut-être voulait-on établir sur la côte orientale un poste pour soumettre les Normands <c rebelles )) que Ton pensait retrouver dans VOsterbygd. La caravane comprenait, outre le gouverneur, un lieutenant, plusieurs sous-officiers, des artificiers, des hommes d'armes et vingtcinq soldats. La plupart des membres de l'expédition emmenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants : tout ce monde devait accompagner le gouverneur dans sa nouvelle province. Ces préparatifs n'aboutirent point, et aucune tentative ne fut faite pour traverser Vinlandsis. Cinq chevaux périrent pendant la traversée ; les autres moururent au Grônland, faute de soins. La vue de ces animaux
suadé que tout rintcricur du Grônland était couvert de jîlacici-s. Depuis, pour des l'ainon que j*cxpliquerai plus loin, je doute de nouveau de IVxistence de cette carapace de glaces, et je pense que peut-être la région visitée par nous n'est qu'une large bande de glaciers qui s*étend à tnivei*s la jM^ninsulc enti*e le 61)' et le 70° degré de latitude nord.
t. Pendant quelques années, une compagnie fondée en 1721, à Bergen, sur Tinitiativc de Uans Ëgcdc avait le monopole du commerce au Grônland. En 1721), cette société fut dissoute après avoir subijde grandes pertes. Le gouvernement danois piit alors en main l'affaire pour ne pas laisser péricliter la colonisation et l'œuvif des missions.
116 LA SECONDE EXPÉDITrON AU GRONLAND.
frappa d'étonnement les indigènes, surtout lorsqu'ils les vii^cnt attelés « comme des chiens ». Un Eskimo qui avait visité Copenhague, Pok, le même dont nous reproduirons plus loin les impressions de voyage, stupéfiait tous ses camarades par la hardiesse avec laquelle il' s'approchait de ces grands animaux. N'osait-il pas monter dessus et galoper! Des soldats et des déportés envoyés au Grôniand eurent une conduite si scandaleuse avec les paisihles indigènes que Ton dut les rapatrier*.
Ainsi se termina la première expédition (kjuipée en vue de visiter l'intérieur du Grôniand. Elle comptait un personnel heaucoup plus nomhreux que toutes celles (jui furent entreprises plus tard; mais, à ce que Ton sait du moins, elle ne visitai point Vinlandsù*. Cent cinquante ans s'écoulèrent avant que le gouvernement danois organisât une nouvelle exploration. Pendant ce temps, quelques audacieux seuls tentèrent de pénétrer dans cette région inconnue.
liC premiei' voyageur (|ui ait essayé de parcourir Vinlatidsis est un négociant danois, du nom de Lars Dalager. Dalager, qui a rendu de grands services à l'œuvre de la colonisation du Grôniand, a, dans un intéressant travail, résumé les observations qu'il a faites pendant son long scVjour dans ce pays. Son livre nous fait connaître les mœurs des Eskimos avant ({u'elles aient été modifiées par l'influence du christianisme et de la civilisation. Cet ouvrage, publié à Copenhague, sans indication de date, porte le titre : Grônlandske Relaliomr : Indcholdende Griinlxmlernes Liv ogLevnet^ Dere$ Skikke og Vedlxgtevy samt Tempérament og Superstitioner, . . . sammemkrevet ved Frideinchhaabs Colonie i Grôniand Anno 1752 afLars Dalager ^ Kjôbmand.
c< Pour remplir la dernière demi-feuille de son livre », Dalager
1. Los Eskimos (Paient fort ôtoiinés do ro qu'une foinmc roçût la basUmnade pour quoique infraction à la discipline. Los païens manifestaient leur ctonnement de roir des chrétiennes aussi dévergondées.
^2. D:ms son ouvrage (Nachrichten von hland, Grôniand und der Strauê Davh, Francfort et U'ipzig, 1747, p. 177). le hourgmesti-e Joban Anderson mentionne «ne tentatÎTe faite jadis pour pénétrer sur Vinlandûs. A une é{)oque que louvrage n*indique point, on capitaine de navire essaya d'atteindre la cote orientale en traversant les glacière sur des patins. Cet audacieux perdit un de ses compagnons dans une crevasse; après cet accident, il battit en retraite. D'après Touvragc de Cranz (Historié von Grôniand, p. 393), le nujor Paai-s a réellement essayé d'exploi-er Vinlandsis.
EXPLORATION DE DALAGER. 117
raconte en ces termes son excursion sur les glaciers, la première faite par un Européen sur Vinlandsis du Grônland.
Le 28 août 1751, après avoir envoyé le grand canot au nord de Tî*blinkf pour recueillir du bois flotté, je le suivis dans mon embarcation jusqu'au pied du glacier. Pensant que Texercice me ferait du bien, je me proposais de chasser. Un Grônlandnis m'ayant dit avoir vu, du sommet d'une haute montagne, les rochers du Vieux-Sorcier, situés sur la côte orientale, je résolus de travei-ser les glacières et de visiter Vôsterbygd,
Comme jadis Moïse, je désirais voir un pays nouveau. L'indigène en question, sa fille et trois jeunes Grônlandais m'accompagnaient. Tous les six. nous partîmes du fond du fjord ouvert sur le flanc méridional de Visblink.
Le 2 septembre, de bon matin, nous fîmes nos préparatifs de départ. Nous emportions des sacs de |)rovisions et quelques couvertures pour nous protéger du froid pendant les nuits. Notre guide se chargea de tous ces bagages et prit en outre sur son dos sa fille, ce qui constituait pour lui une lourde charge. Chacun de nous portait sur la tête un kayak et était armé d'un fusil et d'un bâton. L'Eskimo marchait en tète pour nous guider, et moi àrarrièrc-gardc. Nous pûmes d'aboi*d parcourir ra|)idement un demi-mille, dans une vallée unie, le long d'un cours d'eau. Plus loin nous escaladâmes une montagne escarpée assez élevée. Chargés comme nous l'étions de nos kayaks, nous fîmes, pendant l'ascension, de nombreuses chutes.
Finalement, au coucher du soleil, nous arrivâmes de l'autre côté de la montagne, après n'avoir guère avancé, dans la journée, plus d'un mille et demi. En toute conscience ,. je me serais fait payer pour dix milles si j'avais dû être rétribué à raison du chemin parcouru, connue cela est la coutume dans l'île de Seland. Sur le versîmt de la montagne où nous nous trouvions, s'étendait un grand Qord; pour atteindre son extrémité supérieure, une journée, et même une longue journée, aurait été nécessaire à un rameur en kayak. Jadis ce fjord communiquait avec la mer; dans le cours des siècles, le glacier a avancé d'un demi-mille, et maintenant, lorsque les Grônlandais vont chasser sur cette nappe d'eau, ils doivent traverser le glacier.
Le soir nous bivouaquâmes. Le 5 septembre au matin, nous nous embarquons dans nos kayaks et traversons le fjord, large de trois quarts de mille, pour aller atterrir sur la rive septentrionale. Là les embarcations sont abandonnées sur le rivage, après avoir été lestées de pierres pour qu'elles ne fussent pas entraînées par les vagues. Nous chargeons ensuite nos sacs et faisons route à travers les montagnes vers le nord-est. Le soir nous atteignîmes le glacier.
118 LA SKCOMIK EXPÉDITION Al (iUÔNLAM).
Le I scplenihre nous nous diri^eànu^s vers le premier poinlement rocheux qui surgit au milieu du glacier, distant dVnviron un mille. Jusqu'à ce rocher, le glacier était uni comme les rues de Co|H'nhagius un peu plus rapide toutefois, mais ici il n'élait pas hescûn de marcher dans le ruisseau pour se garer des voitures de la poste. Une heure apivs le lever du soleil, nous atteignîmes le sonunet de la montagne, où nous passâmes toute la journée à chasser d(»s rennes. Nous ne réussîmes à en tuer qu'un seul. Cettt» capture fournit aux Eskimos Toccasion de faire un festin; mais, C(umne il n*y avait dans les environs ni arhrisseaux ni herhe, il fut im|)ossihle de faire griller p<KU' moi un morceau de viande, et pour diner je dus me contenter d(» mes provisions. Du fromî^gc» et quelques biscuit.s humectés d'eau composèn»nt mon repas.
Dans la matinée du h septembre nous |)artimes pour TOmertlok, la plus haute montagne «pii s*élève sm* Vinlandsis, Klle n'était distante que d'un mille du [)oint m nous étions, cependant il ne nous fallut pas moinsdo sept heures pour y arriver, tant le glacîier était accidenté et coupé de crevasses. A onze heures nous atteignîmes le piinl de la montagne. Après un court repos, nous en commençâmes Tascension, et vers quatre heuivs du soir nous arrivâmes au sonunet.
Là nous lûmes ébahis par Tinnuensité du panorama. Le glacier s'étendait comme une mer de glace sans tin depuis la cote jusqu'à VÔsterbygd. hérissé de montagnes couvertes d(» neige. Tout d'abord il me sembla que nous n'étions cpi'à quatre ou six milles de VOsterbygd. Mais, étant données les dimensions qu'avaient les montagn<'s de Godthaab à la distance où nous en étions, mon opinion s(» modifia à cet égard. Nous restâmes sur le sommet jusqu'à sept heures du soir. Pendant ce temps j'observai à la lunette toute la région que nous dominions ; puis je (is un discours aux Eskimos sur les anciens habitants de VOsterbygd, Au coucher du soleil nous descendirocs pour passer la nuit au-dessous du sommet. L'esprit occupé par une fouie de pensées et le corps glacé par le froid, je pus à peine fermer l'œil.
Le () septembre, au lever du soleil, je tuai un renne près de notre campement. Comme, depuis cinq jours, je n'avais mangé que des mets fitiids. je bus une certaine quantité du sang encore chaud de ranimai, ce dont je me trouvai très bien. Les Grôniaiidais firent un plantureux déjeuner el eniportèrent une épaule ; le reste du renne fut abandonné aux oiseaux, les difficultés de la route nous empêchant de nous charger d'un gibier aussi lourd.
J'aurais désiré continuer notre voyage pendant un jour encore, pour pouvoir évaluer, tout au moins approximativement, la distance qui nous séparait de VOslcvbyyd: mais le mauvais état de nos chaussures nous
EXPLORATION DE DALAGEH. 119
obligea à battre en retraite. Nous marchions presque pieds nus. Chacun de nous avait emporté deux bonnes paires de bottes, mais elles furent bientôt mises en lambeaux par les aspérités de la glace et des pierres, et il nous était impossible de les raccommoder, la jeune fille qui nous accompagnait ayant perdu ses aiguilles. Quelles que fussent nos souffrances, cela nous amusait fort de voir nos doigts de pied sortir des bottes.
Je m'aperçois maintenant que j'ai oublié de décrire la partie de VÔsterbygd que nous avons vue du sommet de la montagne. N'ayant pas avec moi de boussole, je ne puis indiquer aucune direction exacte.
Le point que nous avons atteint est situé par 02^17'delat. nord. De là les montagnes de la côte orientale les plus voisines me paraissaient situées au nord-est ou à Test-nord-est ; elles semblaient beaucoup plus basses que celles qui s'élevaient au sud-ouest; elles étaient donc recouvertes d'une couche de glace moins épaisse que les autres sommets. Dans la région où l'on place le détroit de Frobisher, le terrain ressemblait à une plaine de glace; à peine y distinguait-on deux ou trois petits monticules perçant la croûte cristalline. Au nord-est, ou peut-être un peu plus loin, au nordouest, s'élèvent, comme je l'ai déjà dit, au milieu de ïinlandsiSf plusieurs pics, quelques-uns complètement dépouillés de neige; une longue crête rocheuse, entourée de deux montagnes de glace, attirait surtout notre attention.
A mon avis, le glacier qui nous empêche de communiquer avec VOsterbygd peut être traversé; il ne me parait pas aussi dangereux qu'on le dit,
et les crevasses n'y sont pas très profondes. Dans l'intérieur de quelquesunes de ces fentes, on peut marcher comme dans une vallée, et la plupart n'ont pas une profondeur dépassant quatre à cinq brasses. Beaucoup de ces crevasses peuvent être franchies d'un bond, ce que nous faisions à l'aide de nos fusils. D'autres, il est vrai, paraissent des gouffres sans fond ; mais, comme elles ne s'étendent pas sur une très grande longueur, on peut les contourner. La marche sur le glacier n'est donc pas très difficile; néanmoins la traversée de cette plaine glacée est impossible, car dans une pareille expédition on ne peut emporter la quantité de vivres nécessaire à l'alimentation de la caravane. En outre, dans cette région, le froid est très vif, et un homme ne pourrait le supporter pendant les nombreuses nuits qu'il devrait passer sur le glacier. Bien que tous nos campements fussent établis sur le rocher et que nous fussions tous habitués au froid, nous étions gelés quelque temps après nous être couchés. Je portais deux gilets épais et un vêtement en peau de renne; la nuit, je me couvrais, de plus, d'un chaud pardessus, et m'enveloppais les pieds d'une peau d'ours, malgré ces précautions j'avais toujours froid. Jamais en hiver, pendant
les nuits que j'ai passées on plein air au Grônland, la température n'a été aussi basse que durant ces nuits du commencement de septembre, sur le
glacier.
Le 7 nous atteignîmes le Qord sur le bord duquel nous avions abandonné
nos kayaks.
Dans la matinée du 8 nous traversâmes ce Qord et arrivâmes à noti;e campement. Après cette pénible excursion, je laisse à penser avec quelle volupté j(î bus une bouteille tout entière de porto. Le lendemain je dormis jusqu'à midi.
Le 10 nous étions de retour à la colonie, où nos bateliei's avaient porté une provision de bois.
Après le voyage de Dalager, (jui, en son temps, n'attira guère l'attention, on ne s'occupa plus de sitôt de l'exploration de l'intérieur du (Irônland. La plujiarl des Kuropéens qui ont visité plus lard le Grônland n'ont jamais vu Vinlandsis, ou du moins ne l'ont entrevue qu'en naviguant le long de la côte. Un très petit nombre d'entre eux se sont avancés à l'extiéniilé inférieure de cet immense glacier, et jusqu'en 1860 aucuiuî tentative n'a été faite pour pénétrer dans l'intérieur du pays. Quel(|uefois pourtant un Eskimo entraîné par l'ardeur de la cbasse poursuivait un renne jusque sur Vinlandsis\ Pareille expédition était regardée par les indigènes comme une terrible aventure à laquelle nul n'avait envie de s'exposer.
Le célèbre Américain J.-J. Hayes (it, après Dalager, la première* tentative d'exploration dans l'intérieui* du Grônland. Accoinpagné de cinq hommes au nombre desquels se trouvait le Danois G. Petersen,
i. La seule i*elation qui ait élé publiée d'une paiville chasse s<^ trouve dans Touvrage de Paul Egede : Nachnchtcn von Grônland aus einem Tagebuche gefûhrt von 1721 biê 1788. Copenhague, 1790, p. 171. Cette chasse fut entn'prist» en 1758 sur le glacier qui couvre rintéricur de Tile Disko, en compagnie d'un Kskinio amié d'un arc et de flèches.
2. Au nombre des explorations sur V inlandsis, on compte quelquefois le voyage entrepris en 1850 par O.-V. Kielsen, de la colonie d'IIolstensborg jusqu'à la lisière du glacier. Le seul résultat de cette expédition fut de constater que, dans la partie du Grônland situ^ par 67^ de latitude nord, Textrémité inférieure de V inlandsis se ti'ouve à 150 kilomètres environ de la côte. Il ne fit malheureusement aucune tentative pour s'avancer sur le glacier. (Voir Rink, Grônland, t. II, Copenhague, 1857, p. 1)7.)