‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 29 sur 111 · EXPLORATION DE HAYES · texte numérisé non relu

EXPLORATION DE HAYES

il partit du Port-Fouike (78" 18' de iat. N. et 72° 51' de long. 0. de Greenwich) et gravit une branche de Vinlandsis baptisée par Kane du nom de glacier du Frère John. Le 23 octobre 1860, après une nuit passée au pied du glacier, la caravane en commença l'escalade. Le premier jour, elle parcourut une distance de neuf kilomètres ; le lendemain elle avança de quarante-huit, et le troisième jour de quaranle-deux. Elle pénétra ainsi à cent kilomètres environ dans l'intérieur des terres*. Une tourmente l'obligea à battre en retraite. Le point atteint par la caravane est situé à une altitude de 1520 mètres. L'extrémité inférieure du glacier était très crevassée — Hayes faillit tomber dans une crevasse ; — plus loin elle était moins accidentée. Lorsque les explorateurs rebroussèrent chemin, la température était de — 56%8. La même année (1860), le docteur John Rae essaya, dans les environs de Julianehaab, d'atteindre Vinlandsis; une chute de neige l'arrêta avant qu'il arrivât à sa lisière. Cette excursion est racontée dans l'ouvrage de Zeilau, Fox-Expeditionen i Aarel 1860 over Fxroerne^ Island og Grônland, etc. Copenhague, 1861, p. 155.

En 1867 le célèbre alpiniste anglais Edw. Whymper et le docteur Robert Brown visitèrent le Grônland*. Eux aussi désiraient s'assurer si une région libre de neige et de glace ne s'étendait pas au milieu de la péninsule. Le 27 avril 1867, les explorateurs anglais s'embarquèrent pour Egedesminde sur un navire de la Compagnie de commerce. La traversée dura six semaines. Une fois à Egedesminde, ils durent y rester huit jours avant de pouvoir partir pour Jakobshavn, localité qu'ils avaient choisie comme point de départ de

1. D' J.-4. Hayes, La mer libre du pôle. Hachette et C-, Paris, 1869, p. 134-144.. Par suite d'une erreur, Hayes avait exagéré le chiffre de la distance qu'il avait parcourue sur le glacier, ainsi que cela résulte d'une rectification insérée plus tard dans les Proceed, of the American Philosophical Society , déc. 1861.

2. La seule relation détaillée de ce voyage que Whymper ait publiée, à ma connaissance, a paru seulement en 1884, dans une revue assez rare dans les bibliothèques scientifiques : les Good Words, edited by Donald Macleod D. D., 1884, p. 38-43 et 96-103. Cette relation contient plusieurs gravures très exactes. Depuis, ce travail a été reproduit dans différents autres ixîcueils, tels que VAtulandy 1884. Le docteur Brown a, au contraire, publié dès 1871, dans les Mitlheilungen de Peteimann, un récit de ce voyage et un résumé des diverses tentatives faites précédemment pour pénétrer dans Tinlérieur du Grdnland.

leur exploration sur Vinlandsis. Le 15 juin enfin, ils arrivèrent à destination. De Jakobshavn, Whymper entreprit diverses excursions dans la direction de Vinland$vt. Il visita d'abord le fjord lUarllek, situé à 20 milles au nord de Jakobshavn, puis, dans le fjord de Jakobshavn, une localité qui porte le nom de Kaja (voir la carte de notre voyage de 1870). Sur la branche de Vinlandsis qui débouche à Kaja, les crevasses intei*disaient toute escalade; celle de rillartlek était, dans sa partie inférieure, également très accidentée; mais, plus loin, les crevasses étaient recouvertes d'une couche de neige sur laquelle la mai^che semblait relativement facile. Whymper se décida alors à remonter cette branche de Vinlandsis. Comme moyen de transport il avait fait choix de traîneaux tirés par des chiens. La caravane s'organisa à Jakobshavn, mais non sans grandes difficultés. Une épizootie ayant récemment décimé les meutes, il fallut plusieurs semaines pour réunir le nombre d'animaux nécessaire. D'autre part, les chiens grônlandais refusaient de manger le pemmican de la baie d'Hudson que les explorateurs avaient acheté en Angleterre; on dut alors se procurer la nourriture à laquelle ces animaux étaient habitués. Whymper avait également apporté d'Europe du bois pour construire les traîneaux; mais, à son arrivée à Jakobshavn, une violente épidémie de pneumonie régnait dans la colonie, et tous les menuisiers étaient occupés à la fabrication des cercueils. L'expédition dut, par suite, se servir des ti'aîneaux grônlandais, véhicules peu propres à une excursion sur Vinlandsis. Le 20 juillet seulement, les préparatifs furent terminés. Deux jours furent encore per- • dus a attendre le beau temps. A celte époque avancée de Tété, le glacier n'était plus d'un parcours aussi facile que quelques semaines auparavant; partout la neige était fondue et partout la glace était à vif et coupée de crevasses. Les dépressions de Vinlandsis^ remplies d'eau, formaient des lacs, et le glacier était hérissé d'aspérités; sa surface ressemblait à celle d'une mer battue par la tempête. Les crevasses étaient toutefois assez petites, et les aiguilles de glace (les hummocks) ne dépassaient pas une hauteur de quelques pieds; « l'aspect de l'm/anrf^î* rappelait celui de l'Aletsch ou de la Mer-de- (ilace de Chamonix a la fin de l'été ». Si des traîneaux ne pouvaient circuler sur un pareil terrain, un piéton passait facilement par-

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tout*. Whymper n'en voulut pas moins pousser en avant; mais, deux des traîneaux ayant été brisés, il dut battre en retraite, après s'être avancé seulement à quelques milles sur le glacier. Brown a donné la relation suivante de cette exploration* :

Le 26 juillet, en dépit de la tempête, et bien que le succès de Texpédition ne fut rien moins qu'assuré, nous résolûmes de faire une tentative d'exploration sur le glacier. Nous nous levâmes à huit heures du matin et commençâmes immédiatement les préparatifs de départ. Depuis la veille, les traîneaux se trouvaient sur le glacier en partie chargés et tout attelés. Les chiens poussaient des gémissements plaintifs, comme s'ils eussent eu le pressentiment de ce qui allait nous arriver. Au moment du départ, à une heure de l'après-midi, nous étions déjà découragés et nous n'eûmes pas besoin d'aller bien loin pour voir quel serait le résultat de Tentreprise. La glace était hérissée d'aspérités et déchirée de crevasses; à mesure que nous avancions, les difficultés augmentaient. Quelques semaines auparavant, alors qu'une épaisse couche de neige recouvrait le glacier, la marche aurait été très facile; maintenant, i\ la fin du mois de juillet, extraordinairement chaud cette année-là dans ces pays septentrionaux, la glace était partout à vif. Dans toutes les directions, de gros torrents formés par la fonle des neiges coulaient entre les monticules de glace ou se précipitaient bruyamment dans les crevasses.

Whymper et moi, nous allions reconnaître la route, puis nous revenions sur nos pas pour aider au halage des traîneaux dans les endroits difficiles. A quelques milles de l'extrémité inférieure du glacier, la semelle d'un traîneau s'étant brisée, nous dûmes faire halte. Notre situation devenait critique. Les Grônlandais hochaient la tète et assuraient qu'il était impossible d'aller plus loin. Fleischer, Amak et moi, nous partîmes alors en reconnaissance, après avoir pris soin de nous attacher à une corde. A un quart de mille du point où le gros de la caravane avait fait halte, la glace était moins inégale, mais, un peu plus loin, elle se trouvait encore plus accidentée. Bientôt nous perdîmes de vue nos camarades. Plus nous avancions, plus nombreux étaient les monticules du glacier, et plus difficile était la marche. Quoi qu'il en soit, nous avancions assez rapidement; à quelque

i. En lisant la relation de ce voyage, on pourrait croire qu*il a été entrepris dans la même région que celle que Berggren et moi avons explorée en 1870. L'extrémité inférieure de Vinlandsis, que nous avons parcourue en 1885. était également hérissée d'aspérités; plus loin, le glacier était moins inégal.

2. D' Robert Brown, Da* Innere von Grônland, Petermanns Miiiheilungen, 1871, p. 385.

distance de là les montagnes qui entourent Vinlandsis disparurent derrière nous comme les contours d'une côte sVRacent aux yeux du marin lorsqu'il fait route vers la pleine mer; nous n'avions plus devant nous qu'un horizon brumeux. Cependant je n'avais pas encore perdu tout espoir et j'essayai de remonter le moral des Eskimos. Mais, à tous mes encouragements, mes compagnons répondaient, en hochant la této : Aiopok (cela va mal). Aiopok était le seul mot que je pouvais tirer d'eux. A chaque pas, pour ainsi dire, ils s'arrêtaient, découragés. Après avoir parcouru un mille, nous aperçûmes devant nous un nunaiak^. Ce rocher, aujourd'hui complètement entouré par le glacier, était encore, au commencement de ce siècle, habité et baigne par la mer. De hautes aiguilles de glace entouraient le lac qui baigne ce nunalak '. Là nous nous arrêtâmes. Mes compagnons refusèrent de me suivre vers le fjord de Jakobshavn pour reconnaître l'aspect de cette partie du glacier; Amak, (pii n'ét^iit pourtant pas un poltron, s'écria : Namiky namikj — aiopok seko (Non, non, il y a par là de mauvaise glace). Nous battîmes alors vn retraite pour rejoindre nos compagnons et décider ce que nous ferions. Poni-suivre notre route aurait été impossible, même si tous les membres de la caravane avaient été animés de la même ardeur que nous, ce qui n'était pas le cas, soit dit «mi passant. Nos traîneaux grônlandais, construits en bois de pin, ne pouvaient servir sur un pareil terrain; du reste, l'un était, brisé, et il était impossible de le réparer. Pour cette année, au moins, tout espoir de visiter l'intérieur du Grôniand devait être abandonné. Nous renonçâmes alors à ce projet et reprîmes avec ardeur les travaux que cette excursion avait interr()nq)us.

Quelques jours avant le départ do cetlc^ expédition, un indigène avait cru apercevoir trois hommes sur h» glacier. (]ette apparition impressionna vivement les Eskimos ; les uns voyaient dans ces trois hommes les âmes errantes des anciens Normands, les autres des camarades enlevés par les mauvais génies de la montagne. Pendant le reste de son séjour au Grôniand et pendant un second voyage qu'il entreprit dans ce pays en 1872, Whymper gravit plusieurs montagnes situées sur la lisière de Vinlandsis du sommet desquelles la vue s'étendait sur l'intérieur du pays. 11 escalada notamment le Kelertinguit, montagne située dans le fjord d'Umcnak, et dont la

t. Pic rochtMix s'élevant au milieu <le Vinlandsis, (N, du trad.)

2. Pour se rendre compte de la progivssion de cette bi*anche de Vinlandsis et suivre le voyage de Whymper, on peut consulter avec intérêt la carte du fjoixl de Jakobshavn dressée par le lieutenant R.-R.-J. Hammer (Mcddelclser om Grôniand, vol. IV, pi. 2). (AT. du trad,)

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