CHAPITRE V
Port de la Sofia, — Flore et faune de cette localité. — Préparatifs pour lexploration de Viulandsis. — Escalade du glacier. — Équipement de l'expédition. — Asjiect de Tinlandsis. — Difficultés pour trouver un campement. — Neige rouge, — Découverte d'ossements de renne sur le glacier. — Nous perdons de vue les montagnes de la côte. — Méthodes employées poui* déterminer la longueur des étapes et Taltilude. — État sanitaire de la caravane. — Nous croyons apercevoir des montagnes à l'est. — Cryokonile, — Trous fonnés par la ci^okonitc sur le glacier. — Le mauvais état de la neige an^te notre marche. — •- Reconnaissance des Lapons. — Retour des Lapons ; relation de leur voyage. — La caravane hat en reti*aite. — Retour au Port de la Sofia. — Coui-^e de patineurs à Jokkmokk.
Le chapitre précédent contient le récit de toutes les explorations faites avant 1885 sur Vintandsis du Grôniand. A ces relations il serait intéressant de joindre un résumé des importantes études entreprises à la lisière de cet immense glacier par MM. Rink, Helland, Steenstrup et Hammer; à mon grand regret, les développements que comporte ce sujet m'obligent a supprimer ces détails et à n'indiquer que les titres des mémoires dus h ces explorateurs \ Ceci dit, je reviens au récit du voyage.
Comme je l'ai raconté précédemment, la Sofia traversa sans incident la passe de TAulaitsivikfjord, que les indigènes regardent très justement comme dangereuse. Le 1" juillet, au malin, elle ancra dans le pittoresque mouillage ouvert à la lisière de VinlandsiSy que j'ai appelé Port de la Sofia. Cette anse me paraissant très sûre, je
1. 11. Rink : plusieurs travaux publiés dans différentes renies. — A. Ilelland : Om de isfyldte Fjorde og de glaciale Danneher i Nord-Grônland, Archiv for Malhemalik og Naturvidenskabj vol. 1. Kristiania, 1876, p. 58. — Hammer : Undei'sôgelscr vcd Jakobshavns h fjord og nœtnneste Omegn i Yinieren, 1879-1880. MeddcleUer om Grôniand, IV, p. 1. — K.-J.-V. Steenstmp, Bidrag til Kjendskab lit Brœerne og Brœ-lsen i Nord-Grônland, Ibid., IV, p. 69.
1(10 l-A SKCONDK F.XI'ÉDITION AU GUOSLASD.
lis doljsiiïiuci' loul lY'iniipa},'^, sauf une hordisc, pour aider iiu transport des ba{îa(res de In caiiivaiH^ qui devait explorer Vinlandsii. Pendant mon aliseuce il se produisit dans le mouillage un incident dont je parlerai plus loin. II montre les dangers que présente un anenige, même hien alii'ilé, lors(|u'il est situé pl■^s d'un bras do Vinlandsii.
Kn traversant le chenal qui donne accès dans le Port do la So^a\
Le Port (le In Sofia. Viie prise- de la Iciilo dos Eskimos.
(Gratuii^ niruli-t •ViprtH un devin Ae L. HôlJcr.l
nous aperçrtmos [dusieurs îlots couverts de nids d'eiders. La position écai'lée de ces rochers avait pi-otégé jusque-là les oiseaux contre les rapines des naturels; maintenant l'heure du pillage était arl'ivée. A la vue de ces milliers d'eiders, les yeux oïdinai rement si doux des Kskimos s'allumèrent de regards de convoilisc, et dès que l'ancre eut mordu le fond, tous les indigènes du boixl, suivis d'une partie de ré(]Hipage, su précipiti-rcnt dans les canots pour aller dépouiller les nids de leur contenu. De celte ex]iédition les pillards ra|iportèrenl 1447 œufs et une lionne provision d'édredon. Une grande quanlilé des œufs étaient malheureusement trop vieux pour être mangés. En examinant le duvet, l'entomologiste fil une belle n'KMjlte. Les eiders déposcnl leur |H)nlc dans de grands nids formés
i. Cl' chtnal est étroil cl |mL iniifonil.
>c ciTaliiiur sur lu lisiArc «le Viutandtis.
il'.i|irii iiiM- |iliuluin3]>liii' |iri!W pur SI. Kji'lWrSm Ir
n-jtii|uu sur l> lisu'iv <li^ VMandtû.
'■, am |iliDlo|tri|diie |>riw |iir M. Kjcll^-irtra le 6 wQt IS8I.)
I6i L\ SKi:O.M»K KXM,(IHATIO> Al" BHÔMAMt.
loi-squc nous voiihinit's les ciijiturt'r. clins se ivfiigii'iont sous les |) D'après h détcrmiiiatioii du candidat \\. Sùiinisisii, ce sont deux fer l'ime adulte et l'autre jeune, (jui deviiieiit proi-lininonieiit muer. Kll partieiitient saus doute au ;i;etire des Lycosa isensu stricto. Tlit et doivent se ra|>{iortei' à une es|)èce nouvelle. Si elles ont le nunatat hahitat, elles y trouvent sans doule <|ueli[ue noun-iture; uous n'y • vrlines toutefois ni moustii|ue. ni podure. ni iiiiti'es ])elits aniuiuus dant notre si^our sur le nunalak le iniuivais tem|)s [KTsistant entra' recherches. Si Ijuit est ([ue ee roi'lier abrite d'autres animaux, loi dut les empêcher de sortir de lents retraites.
La fiore (|iie dôeril M. Kornerup ne doit pas être confoiidui la llorc glaciaire (juc démuviit le D' Bergfri-en, mon compagn vojagti en 1870, et qu'a fait connaître le pndesscur Wiltrocli un intéressant travail'.
I. Voir A.-E. Sordcnskiùlii, Siudier oclt forskiiingar (BranMda af mina retor noTden, ji. (iS-l'i-t.
autour de fossiles marins*. Dans mon opinion, une partie de ces arfiifiles ont dû se déposer sous une branche de Vinlaiidsis flotlant à la surface de la mer.
Près du mouillajîc;, les montagnes étaient dé(*oupées par de profondes vallées parsemées de j^etits lacs peu profonds. Ces vallées étaient recouvertes d'un épais tapis moelleux de mousses et de lichens, reposant sur une trame de bouleaux nains et de saules couchés sur le sol. Une multitude de fleurs, fort jolies pour la plupart, émaillaient ce tapis. Le D' Berlin m'a communiqué la note suivante sur cette flore. Pour que le lecteur puisse facilement se rendre compte de la végétation du Port de la Sofia, on n'a pas suivi dans cette nomenclature une classification rigoureusement scientifique.
1" Plantes arhustives.
Salix glauca L. Forme des buissons, hauts de soixante centimètres au maximum, sur les pentes, généralement dans le voisinage des ruisseaux.
Bciula nana L. Le bouleau nain couvre de larges surfaces sur les pentes inférieures des montagnes et dans les vallées dont le sol est sec.
Empetrum nigrum L. Croît dans les mêmes localités que les plantes précédentes.
Ledum palustre L. Se rencontre principalement dans les anciens marais.
Vaccinium uliginosum L., v. microphyllum Lge. Abondant sur les pentes humides des montagnes.
Vaccinium vilis idœa L., v. pumilum Ilorn.
Azalea procumbens L., Andromeda letragona L., Andromeda hypnoides L. Sur les plateaux secs et couverts de lichens.
Juniperus communis L., v. nana (Willd.). Genévrier nain. Rare. Le Grônland est la limite septentrionale de son aire d'habitat.
Plus en avant dans rintérieur du pays, notamment sur le bord des lacs, des saules, hauts d'un pouce tout au plus (Salix herbacea L.), formaient
1. Ces concrétions et d'autres du mémo genre avaient attiiv jadis Tatt^tion des Eskimos encore païens; c'était, à leurs yeux, une preuve de la véracité des récits du déluge que leur faisaient les missionnaires. (Voir P. Egede, Nachrichfetiy p. 92, 157 et 230.) Les subfossiles que j'ai recueillis en 1870 dans cette argile, sur la presqu'île entre FAulaitsivikfjord et le golfe du Sud-Est, ont été décrits dans le RedogôrcUe fôr en expédition till Grônland, 1870, p. 49. Les Meddelelser om Grônland, vol. IV, 1885, p. 235, contiennent rénumération des subfossiles recueillis sur différents points de la côte nord-ouest du Grônland par M. K.-J.-V. Sleensliaip, le D' Pfaff. elc.