‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 33 sur 111 · Le Polhem était le navire de l'expédition. (N. du trad · texte numérisé non relu

Le Polhem était le navire de l'expédition. (N. du trad

2. Voir à ce sujet A.-E. Nordenskiôld, RedogôreUe for den svenska polar-expedUionen 1872-1873. Bih. till K. Sv. Vet.-Akad. HandL, vol. Il, nM8, et F.-R. Kjellman, Svenska polar-expeditionen 1872-1875. Stockholm, 1875.

EXPLORATION IIE >0RDE>SK10LD SIU LA ÎERRE DU NORD-EST. 1*1 du Iraiiicau au-ilcssus d'un f^oufTi'c profond qui ii'éUiit masque que par une mince couche de neige. Quelques inst.-mts après, noire camarade élai retiré de sa prison, siiin et sauf, mais un peu éUtmié de sa mésaventure; jamais auparavant il ne s'était doutt- de l'existence de pareilles oubliettes. Si la brassière avait glissé de l'éiianle de noire compagnon, il aurait été inl'uilliblemeat perdu. Avant l'accident, ]>lusieurs d'entre nous avaient marché sur le pont de neige saus qu'il se hit rompu.

Nous continuâmes notre route en redoublant de précaulions ; les bras-

Incident de vojage penUanI la Iravei-sée de i'inlantUi* de la Terre du N'ord-Esl.

sières Turent désormais jdacées de manière à ne pouvoir glisser, au cas où pareil accident se serait reproduit, et l'homme qui marchait en tête fut muni d'une gaffe pour sonder les passages de mauvaise apparence. Pendant le reste du voyage, nous traversâmes de nombreuses crevasses, la plupart couvertes; dans beaucoup d'endroits leur existence ne nous était révélée que lorsque le porit de neige s'écroulait sons nos pieds ou que l'un de nous le crevait ou enfonçait jusqu'à mi-corps. Généralement nous ne faisions pas de culbutes dans les crevasses, car nous avions le temps de prendre pied sur te bord ou de nous accrocher aux trahieaux ou aux brassières deu camarades. Néanmoins, quelquefois l'un de nous tombait dans le gouffre,

mais jamais cet incident n'eut de suites lâcheuses. A ce propos, je ne saurais assez faire l'éloge de Tintrépidité, de Tentrain et de la bonne humeur de nos marins, dans une pareille expédition si contraire à leurs habitudes. Une fois, pourtant, un de nos hommes perdit patience. Tombé dans une crevasse étroite, il dut rester un bon moment comme pris au piège entre les parois de Tabîme. Son bonnet était tombé, et, tout le temps qu'il resta dans la crevasse, il rerut sur sa tcte nue une douche d'eau glacée.

Pendant les premiers jours du voyage, un temps relativement clair nous permit de nous rendre compte de l'aspect du pays. Aucune chaîne de montagnes ne s'élevait au milieu du glacier; V inlandsis se développait en une immense plaine, sVlevant vers le sud et vers l'ouest par une pente continue, mais trop peu sensible pour être perceptible à l'œil. Dans ces directions elle atteignait, semble-t-il, à une certaine distance, l'altitude de 600 à 900 mètres. Sur celte stej)pe glacée le moindre soufUe de vent soulevait un image de fines particules neigeuses. Cette poussière pénétrante était pour nous aussi désagréable que les tourbillons de sable pour ceux qui traversent le Sahara. Le frotteuient continuel de ces particules neigeuses sur la surface de Vinlandsis avait poli la couche superficielle, constituée par une neige fortement tassée, et lui avait donné l'aspect d'un dallage de marbre ou plutôt d'un l<aj)is de velours blanc. A chaque campement nous creusions pour la cuisine un trou profond dans le glacier; dans ces cavités, je pus étudier la transformation de la neige en glace.

A une profondeur d'un mètre à un mètre et demi, la neige se changeait en glace. On trouvait d'abord une couche de grands cristaux de glace, qui auraient fait l'admiration d'un cristallographe, plus bas une couche de névé, enfin de la glace dure et compacte. Cette glace était remplie de bulles d'air comprimé par la masse sus-jacente. Lors de la fonte, si la pellicule de glace ne peut résister à la pression, la bulle crève en faisant entendre un pétillement. Pendant l'été on entend souvent ce bruit particulier, sur les fjords parsemés de blocs j)rovenant du vêlage des glaciers.

Du 2 au 17 juin, les tourmentes de neige furent presque continuelles. Lorsque le vent était fort et droit debout, nous devions rester blottis pen. dant plusieurs jours sous notre tente en fine toile de coton; d'autres fois, le temps était complètement bonchê. Dans la région du glacier que nous traversâmes au début du voyage, où les seuls passages dangereux étaient les crevasses dont nous avons parlé plus haut, le brouillard ne retardait guère la marche de la caravane, qui se guidait à la boussole; mais plus loin il rendit souvent notre position critique. A une certaine distance de la côte, Vinlandsis était sillonnée de large» et profonds canaux, bordés

EXPLORATION DE NORDENSKIÔLD SUR LA TERRE DU iNORD-EST. 145

d'escarpements presque à pie. Sur un pareil terrain, les brumes étaient très inconnnodes; nous ne pouvions choisir les parties du glacier où ces dépressions étaient le moins rapprochées les unes des autres; de plus, la lumière Illtrant à travers ces brouillards ne permettait pas de distinguer un simple abaissement du sol d'un profond ravin. En cas de brouillard, lorsque nous trouvions devant nous un de ces canaux, il fallait descendre à bras un homme attaché à une corde pour qu'il reconnût la profondeur du ravin. Souvent notre camarade devait se faire remonter avant d'avoir atteint le fond de la déj)ression, et souvent, quand nous avions fait un long détour pour éviter cet obstacle, nous nous a|)ercevions que le fossé n*avait aucune profondeur et qu'il aurait sufli de descendre à un ou deux mètres plus bas pour en atteindre le fond.

Sous beaucoup de rapports, la merde glace que nous traversions différait de Vinlandsis que j'avais visitée en 1870 au Grônland. Ici nous nous trouvions sur un glacier recouvert d'une couche de neige qui ne fond pas en été; au contraire, au Grônland, dès le commencement de juillet, la couche de neige superficielle disparaît presque entièrement dans la zone voisine de la côte. Nous ne vîmes sur le glacier de la Terre du Nord-Est aucun de ces lacs pittoresques, aucun de ces beaux torrents, aucune de ces magnifiques cascades ou sources infermittentes qui avaient fait notre admiration pendant notre exploration de ïinlandsis du Grônland. L'aspect du glacier nous fait même supposer qu'en été rien de pareil ne doit exister au Spitzberg. Sur cette terre polaire, la fonte des neiges est trop peu importante pour donner naissance à des lacs et à des rivières.

Les crevasses de Vinlatidsis du Grônland sont beaucoup plus larges que celles du glacier de la Terre du Nord-Est, mais ne présentent pas d'aussi grands dangers ; du moins il en était ainsi lorsque nous visitâmes le Grônland, à une époque où la couche de neige superficielle avait fondu. Sur la Tei're du Nord-Est, presque toutes les crevasses étaient recouvertes d'un pont de neige fragile. A chaque pas il fallait s'attendre à tomber dans quelque trou. Berggren et moi, nous avions pu parcourir ïinlandsis du Grônland sans corde. Au contraire, ici tous les hommes devaient marcher attachés aux traîneaux; il était même nécessaire de sonder le terrain sur lequel le campement était établi, et de marquer par des bâtons autour de la tente l'espace sur lequel les hommes avaient la permission de marcher sans corde.

La plupart des crevasses s'ouvraient rectilignes et parallèles entre elles ; quelques-unes cependant étaient courbes et avaient une direction oblique à la ligne de fracture générale: par suite certaines parties du glacier se trouvaient déchirées par deux systèmes de crevasses perpendiculaires l'un à

m LA SECONDE E\P£l11TI0.N At GltÛMAND.

l'aulit!. Ces régions éluient particiiliéremeiil dangereuses. Lorsqu'on jclaît un (OUI» ^ <"l '^•ins, l'ouverture d'une crevasse, le regard se jerdait dans un gouffre d'un bleu foncé, tapissé de cristaux semblables à reui qui se forment sur les càtt^s des gla^'ons' entassés on loross*. Comme je l'ai déjà dit. la neige présentait une surface plane durcie par les tempêtes et polie par le frottement des tourbillons de neige que citasse la plus légère brise.

IliiUi; dans un canil de l'in/andiit dv la Tt'iri.' du Nurd-Esl.

Gravure «li'.uli'e il-i]>n9 un dt».in .le ». A.-E. ^o^le^>k»Ud.

S'il m' tombe pas de neige et si le venl est faible, ce lourhillon ne s'élève pas à plus de quelques mètres au-dessus du sol. Cette neige pulvénilenle s'amuncèle en couche légère au-dessus des crevasses, tombe en cascades du haut des escaqtenients. et en quelques minutes comble les cavités du glacier. Ainsi, tous les matins au réveil, les traces de nos pas de la veille avaient disparu autour de la tente, et les traineanx étaient enfouis sous une éj>aisse couche de neige. Le glacier de la Terre du Nord-Est n'est pas |>ei-cé de ces tmus cylindriques, profonds de 50 à 60 centimètres et remplis d'eau, que nous anons obser\'és en si grande quantité sur i'iu-

1. A.-E. N'ordcDskiùld, Vosagf de la Vega, Iraduîl pr MM. Ch. Raljol et Ch. Lallrmuid. Librairie llarhetle cl C", p. Ô8Ô et 425,

i. Aiiionvt'llcmpnl de bloc» de ghce dv fuiiiie plus uu niuios ivgulii're produit par te briseuieot des banquises. (.V. dm Irad.)

EXPLORATION DE NOItDENSKIÔLD SUR LA TERRE DU NORD-EST. 145 landsis du Grônlaiid. Par suite nous ne piiincs recueillir ni cryokonite. ni al^cs inicfoscopiques, comme Berggreii en avait rainasse sur les glaciers du Grônland.

A quelque distance de la côte, Vinlandsis du Grôidand Terme de larges cuvettes remplies de petits lacs sans émissaire apparent, alimentés par de nombreux ruisseaux. Vinlandsis de la Terre du Nord-Est ne renferme au contraire aucune nappe d'eau; maïs, près du cap Mohn, elle est sillonnée de canaus, la plupart parallèles cutiv eux. et distants les uns des autres, en certains endroits, de 100 mètres envirou. La largeur de ces canaux varie de 10 à 32 mètres, et leur profondeur maxima atteint 15 mètres. Nos traîneaux n'auraient pu descendre l'escarpement vertical de ces fusse» sans être

Coupe d'un canal de fittlandtii.

a, nia3^>ccli: ueïgea;aji[cliaupè de niveau; — &,!•', hautciinlc b faille ; — c, neige: — d, t.'rcia»!iCiililéi'ale>,

déchargés; la traversée de cette région aurait été par suite impossible, si en certains endroits le canal n'eût été entièrement comblé par des amoncellements de neige, sur lesquels les traîneaux pouvaient être facilement halés. Ces a ponts » existaient toujours aux points où les canaux formaient un zigzag, l/csistence de crevasst^s parfois très larges et remplies de neige à la base des berges du canal rendait ces passages dangereux : ajoutez à cela que dans cei'tains endroits l'amoncellement de neige n'était qu'un pont fragile. Un jour, au moment où la caiavane allait s'engager sur une de ces voûtes, la neige s'effondra. Quelques secondes plus tôt, et nous aurions été tous engloutis. Le canal était de plus sillonné de dangereuses crevasses transvei'sales, également remplies de neige, dont l'existence n'était révélée que par quelque trou bâillant le long de la berge. Comme le montre la gravure de la page 144, nous campâmes souvent dans ces canaux pour nous abriter contie le venl.

146 LA SECOiNDE EXPÉDITION AU GUÔMAND.

Sur plusieurs points le glacier était percé de cavités entourées de tous côtés par des escarpements à pic, plus profondes que les canaux, mais d'une étendue moins considérable. Nos matelots donnaient très justement à ces dépressions le nom de docks du glacier, La ligure précédente montre la coupe d'un canal de Vinlandsis.

Vinlandsis de la Terre du Nord-Est, à l'époque de notre voyage, était recouverte d'une épaisse couche de neige qui m'empêcha d'étudier le mode de formation de ces canaux. Dans mon opinion, ces déchirures du glacier ne sont point des lits de torrents à sec. Si ces canaux servaient à l'écoulement des eaux de fontt;, il devrait en exister dans toutes les régions de Tinlandsis. Or on n'en observe aucun dans certaines parties du glacier. D'autre part ces dépressions sont beaucoup trop profondes pour avoir été creusées par les eaux provenant de Tablation; au Grônland, où la fonte des neiges est bien plus importante qu'au Spitzberg, les torrents qui sillonnent Vinlandsis sont loin d'être aussi profonds que ces canaux. Il n'est donc guère probable qu'ils servent à l'écoulement des eaux, d'autant plus que dans cette zone septentrionale du Spitzberg les neiges ne doivent fondre qu'en petite (juantité. Vraisemblablement ces canaux sont des failles qui se produisent dans la glace, comme dans les couches solides de notre globe, sous rinlluence de contractions et de dilatations dues à des variations de température.

Lorsque nous battîmes en retraite vers l'ouest, une courte éclaircie nous permit de reconnaître qu'au sud Vinlandsis était encore plus accidentée (jue dans la région septentrionale. Du point où nous nous trouvions, situé à i07 mètres au-dessus de la mer, le glacier s'abaissait pour former en contre-bas une large plaine bordée au sud par de brusques escarpements. A l'aide d'une lunette nous y distinguions de gros blocs de glace éboulés du sommet des terrasses environnantes. Nous ne pûmes nous assurer si cette plaine, dont l'altitude était très faible, était une partie du glacier ou un profond golfe de la cote couvert de glaces.

Cet obstacle nous obligea h modilier nos projets. Primitivement nous avions l'intention de quitter la Terre du Nord -Est au cap Mohn, pour suivre la côte méridionale jusqu'au caj) Torell, et de traverser ensuite THinlopen Strait pour revenir à la Mosselbay en visitant Vinlandsis du Spitzberg occidental. Au lieu de cela, nous obliquâmes à l'ouest vers la baie de Wahlenberg. Dans cette direction, le glacier était également très accidenté; — son altitude variait entn», 450 et OOO mètres. Après un voyage pénible nous fûmes très surpris, le 15 juin, d'arriver à l'extrémité orientale de la baie de Wahlenberg. Cette bide s'étend à l'est beaucoup plus loin que ne l'indiquent les anciennes cartes. La descente du glacier au niveau de la mer, uiie descente

ESl'LORATION DE JEXSE.N SUH L'INLANDSIS DU GRO.MA.VD. U7 àc 600 métros, i'ul très rucile; ce lui soiileinent en goùtaiU Veau que nous nous aperçûmes que nous uvions quitto le glaeier pour lu banquise.

L'expédition que je viens de raconter est tri-s importante; jamais au'paravanl on n'uvuit oxplorû une inlandsis siluée à une latitude aussi septentrionale, et jamais jusque-là on n'avait traversé un de

iiculfrianl en |)reiiiierJ.-A.-D. JeiisL'ii. >'é le il juillet 1819.

ces déserts de glace. L'inlandsis de la Terre du Nord-Est nous donne une idée de l'aspect que présentent vraisemblablement les continents ou les gi'andos îles situées au nonl du 80" degré de lat, N., qui peuvent conduire dans la direction du pôle, comme par exemple la Terre de François-Joseph.

La plus impoitante des expéditions organisées par le gouvernement danois pour étudier Vinlandsis du Grônland est celle entreprise en 'I87S par le lieutenant J.-A.-D. Jenscn, le candidat A. Kornerup et rarchiteclc (îrolh. Après avoir donné quelques renseignements sur l'équipement de la caravane et rendu compte du

plusieurs reconnaissances préliminaires, le lieutenant Jensen décrit son voyage en ces termes' :

Le 15 juillet nous hissâmes tous nos bagages sur 1c glacier, chargeâmes les traîneaux, dressâmes la tenlc, puis abandonnâmes tout notre malérie) sur la glace pour revenir passer la nuit dans notre grande tente établie au

Dotent Andréas Kurji(M'U|i,

Kc le 7 février 1S5', iiiori le 3 »«|>U'iiiUi'c [*»l.

pied (le V inlandsis. Une petite pluie lïiic et serrée nous empêcha de partir ce joiir-là. Dana la matinée du dimanche i i juillet, il plut égalemenl; cn-

1. .Veddelelter om GrOnland, I, Copenhague, 187tl, }^fK^ 51 ei suivantes. Les bagage* de la carjvanc rlaii^nt placi^s sur Irors Iniitieaut, longs di; 5 inèlres cl demi, brges de 78 ccDtinit.'li'Cj, dont les difTércnlcs pai'lies étaient assemblées par des courroies. Aocun clou n'entrait dans leur construction. Les appi'Ovisionnenients avaient été calculés pour un vovage d'une dui'ée de 11*01$ semaines. Les lia^ages comprenaient : un appareil de chaufTage au pélrole — cet appareil, qui n'était guère pratique, dut cire rcroptacé par une lampe à aluoul ; — une lente pour quatre hommes, garnie d'un plancher en toile Ternie, pesant 0 kilogrammes et demi; un tapis en caoutchouc, épais de S inilUiDëtres, pour placer sous les sacs-lits; des lèlcmonls de rechange, des tuniques grrmluidaiseï en peau d'cider, des mocassins garnis de semelles en Til de caret, une trousse de médecin, un fusil, une hache, etc. Le but pejant 300 kilogrammes.

EXPLORATION DE JENSEN SUR VltiLANDSIS DU GRÔNLAND. 149

suite le ciel s'éclaircit, et vers midi la caravane se mit en marche. Outre TEskimo Habakuk, qui devait nous accompagner durant tout le voyage, trois autres indigènes s'étaient engagés à nous aider à halcr nos bagages sur la pente initiale du glacier; ils ne vinrent point au rendez- vous et nous dûmes les remplacer par un homme et trois femmes de l'équipage de nos canots. Pour ces auxiliaires nous emportâmes quelques vivres et une tente supplémentaire. Nous pliâmes la tente, chargeâmes les bagages sur les traîneaux, et, h deux heures de l'après-midi, la caravane se mit en route. Sur la carte de la page 151, notre itinéraire est indiqué par une ligne pointillée et nos campements par les dates.

Avant de nous diriger à Test, nous fîmes d'abord un crochet vers le sud pour contourner une région tourmentée du glacier. Nous reconnûmes bientôt quelles difficultés présentait un pareil voyage; bien que cette partie de Vinlandsis fût peu accidentée, et que, pour nous aider à haler les traîneaux, nous eussions un renfort de quatre personnes, cependant nous étions à tout moment obligés de prendre quelques instants de repos. Notre inexpérience dans l'art de charger les traîneaux nous causait en outre mille soucis. A chaque bond que faisaient ces véhicules, quelque objet tombait, et il fallait s'arrêter pour tout remettre en place. Enfin les semelles de nos souliers en fil de caret n'étaient guère pratiques; après une marche de quelques heures, elles étaient en lambeaux, et, pour ainsi dire à toutes les haltes, nous devions les raccommoder. Nous pensions ce soir-là atteindre le nunatak a ; les quatre Grônlandais qui devaient nous accompagner seulement pendant les premiers jours du voyage, et pour lesquels nous n'avions pas de sacs-lits,ii'auraient point eu ainsi à passer une nuit sur la glace. Mais, à huit heures du soir, les indigènes, fatigués, demandèrent à coucher où nous étions. Du reste un épais brouillard nous empêchait d'aller plus loin.

Dans notre tente la température se maintint assez élevée; mais, dans celle des Eskimos, qui n'était point garnie d'un plancher, le froid fut très sensible. Le lendemain, les préparatifs du départ furent longs. Le brouillard étant non moins épais que la veille, nous dûmes nous diriger à la boussole, ce qui ne laissait pas d'être assez difficile sur un terrain aussi accidenté et aussi coupé d'obstacles que celui au milieu duquel nous nous trouvions. Près du campement, une large et profonde rivière nous arrêta. Ne pouvant ni la sauter ni la guéer, nous la longeâmes dans la direction du courant et arrivâmes bientôt à une crevasse, où elle se précipitait en formant une magnifique cascade. Vers midi le brouillard masquait toute vue dans un rayon de quelques mètres; juste à ce moment, nous étions dans une région du glacier très tourmentée, dont nous ne savions comment sortir. Doutant

150 1 A SECONDE EXPÉDITIO.N Al' fiRONLASD.

de pouvoir allor loin par un pareil tomp»', nous Umoa halte pour attendn; une éclaîrtip. Afin de ne pas exposer les Eskimos à passer une seconde nuit sur le glacier, nous levâmes le camp dans l'après-midi, et allâmes nous établir à In base méridionale du nvnalak a. Là nous dressâmes la lente, à la grande joie des indigènes, qui étaient tout heureux de se trouver sur le

rocher. Le 10 juillet, nous continuâmes notre route sur Vinlandsis, le long du versant méridional du nunatak. [>c ce câté le glacier était très incliné, très accidenté, et déchiré de nombreuses crevasses. Dans l'aprèa-midi, les Eskimos. rebutés par les fatigues de cette marche, battirent en retraite. Seul llabakuk resta avec nous. Nos hommes pouvaient facilement être de retour avant la nuit à l'extrémité inférieure du glacier: néanmoins, par mesure de prudence, je leur donnai une tente et des vivres pour un jour. Peu après qu'ils nous eurent quittés, un brouillanl épais s'éleva, et. ne pouvant retrouver leur chemin, les Eskimos durent rester toute la nuit sur le glacier. Pour reconnaître te terraiu, Korneru]) et moi, nous escaladâmes une colline

sur le bord de Viiilandsisj puis nous nous dirigeâmes tous vers Test, en gravissant une pente rapide sillonnée de crevasses. A sept heures du soir, nous atteignîmes un plateau uni; cette nuit-là également nous campâmes au pied du nunaiak a. Ayant trouvé une corne de renne sur la glace, près de notre campement, nous pensions que quelques-uns de ces animaux se trouvaient dans les environs. Si nous avions réussi à abattre pareil gibier, nos provisions eussent été considérablement augmentées. Près de la tente nous vîmes quelques lagopèdes; ils étaient très farouches et nous ne pûmes arriver à portée. Sui' ce point, situé à une altitude de 528 mètres, nous laissâmes un dépôt de vivres, dont un cairn marquait l'emplacement. A partir du 17 juillet nous marchâmes toujours sur la glace jusqu'aux pics dont l'escalade était le but de noire voyage. Les inégalités de Vinlandsis dans le voisinage du nunaiak b nous empêchèrent d'aller établir un dépôt sur ce pointement rocheux, comme nous l'avions projeté.

L'inlandsis' présentait une surface ondulte s'élevanl en longues terrasses. A dislance elle paraissait unie, mais en réalité elle était très accidentée, tout particulièrement sur les pentes. Les crevasses qui la déchiraient avaient des dimensions très variables; les unes mesuraient à peine quelques pieds dans tous les sens; les autres, larges de plus de dixhuit mètres, s'étendaient sur des centaines de mètres. Dans certaines régions les crevasses n'étaient séparées les unes des autres que par de minces crêtes beaucoup moins larges que l'ouverture de ces gouffres; ajoutez à cela que le glacier était hérissé de monticules de glace dont quelquesuns atteignaient une hauteur de trois mètres. Au milieu de ce dédale d'aiguilles et de pyramides de glace l'emploi de la corde était impossible. Souvent nous nous engagions sur d'étroites ai'étes bordées de chaque côté par des crevasses; un traîneau venait-il à glisser, celui qui le halait devait immédiatement se jeter à terre pour ne pas tomber dans le précipice. Si la crevasse qui s'ouvrait devant nous pouvait être sautée d'un bond, un de nous la traversait d'abord, pendant qu'un camarade maintenait le traîneau; après quoi le premier tirait vigoureusement à lui le véhicule. L'opération n'était pas sans dangers. Quelquefois le traîneau, n'étant pas lancé avec une vitesse suffisante, tombait dans la crevasse; d'autres fois, au contraire, animé d'une trop grande impulsion, il allait rouler dans une crevasse située au delà. En pareille circonstance nous devions prendre de minutieuses précautions pour ne pas être entraînés dans le gouffre et pour ne pas perdre nos bagages. La gravure de la page 150 représente très exactement l'aspect de cette zone de Vinlandsis.

Dans les régions du glacier où la pente était modérée, les crevasses

EXPLORATION DE JENSEN SUR VINLANDSIS DU GRÔNLAND. 155

étaient parallèles, très larges et souvent très longues, mais généralement espacées à une certaine distance les unes des autres. Les parois de ces gouffres étaient d'un bleu azuré dont aucune description ne peut rendre la délicatesse. En certains endroits, au contraire, les crevasses étaient rares; là Teau de fonte, ne trouvant point d'émissaire, se répandait en petits lacs à la surface du glacier ou courait en nombreux ruisselets qui se réunissaient les uns aux autres pour former un gros torrent. Ces cours d'eau coulaient dans des vallées creusées dans la glace et allaient se perdre dans les crevasses. Les rivières nous obligèrent à de longs détours. Quand elles n'étaient pas trop profondes, nous les guéions, préférant nous mouiller plutôt que de perdre un temps précieux à chercher un passage. Les aspérités et les aiguilles qui hérissaient le glacier déchiraient nos chaussures et, dans nos chutes fréquentes, nous blessaient cruellement les mains.

A partir de l'altitude de 625 mètres, les inégalités du glacier étaient en partie recouvertes de neige. Cette neige ne portait pas et rendait le halage des traîneaux particulièrement pénible. Dans cette zone, les crevasses étaient recouvertes de ponts, que nous traversions pour éviter de longs détours. Quelques-uns de ces ponts résistaient au poids de la caravane; d'autres au contraire s'effondraient dès que l'on mettait le pied dessus. Par prudence nous nous attachâmes alors tous les quatre à une corde, et, en guise de bâtons ferrés, nous employâmes les piquets de la tente. Un de nous marchait en tète — celui-là ne halail aucun traîneau; — les autres venaient ensuite, espacés à une distance de quatre à cinq brasses, chacun sondant soigneusement le terrain avec son bâton ferré. Quelqu'un faisait-il une chute, les autres s'arrêtaient jusqu'à ce qu'il fût remis sur pied; un autre tombait-il dans une crevasse, nous allions à son secours et l'en retirions. En certains endroits, le glacier était déchiré dans tous les sens par des crevasses toutes couvertes d'une mince couche de neige; et à chaque instant nous risquions de tomber dans un de ces gouffres. Ailleurs nous enfoncions jusqu'aux genoux dans une neige molle et imprégnée d'eau. A son extrémité inférieure et près des rives, Vinlandsis avait une couleur foncée, due à une couche de particules d'argile et de sable qui remplissait toutes les cavités de la glace. Une plus longue description de Vinlandsis est inutile; à chaque pas, ras|)ect du glacier variait et les accidents qui le hérissaient prenaient des formes nouvelles.

C'est sur un pareil terrain que nous devions avancer. Nous découvrîmes toujours des passages plus ou moins praticables ; nous préférions faire un long détour plutôt que de nous engager au milieu de crevasses et de monticules de glace. A travers ce dédale, il n'était point aisé de choisir sa route, car il n'y avait sur le glacier aucune colline du sommet de laquelle

il fut possible de reconnaître à distance l'aspect de Vinlandsis. Rencontrions-nous un terrain difficile, nous abandonnions nos traîneaux pour aller à la recherche d'un passage facile.

Le cinquième jour du voyage, le 18 juillet, Habakuk laissa tomber un piquet de tente dans une crevasse. Cet accident était très regrettable, car un autre piquet avait déjà été brisé. Tout d*abord il ne s'émut pas de cette perte; mais, lorsqu'il vit le souci qu'elle nous causait et que l'un de nous se fit descendre dans la crevasse pour essayer de trouver le bâton, il fut pris de découragement et ne parla rien moins que de revenir en arrière pour ne pas augmenter nos embarras. Nous réussîmes à lui remonter le moral, puis nous nous remîmes en loute. Le soir, quand nous dressâmes la tente, nous remplaçâmes le piquet manquant par une $ki\ Les «/îi, pas plus que nos snoivshoesy ne nous étaient d'aucune utilité, car, chaussés de ces raquettes, nous ne pouvions haler les traîneaux. Pour empêcher ces véhicules d'enfoncer dans la neige, nous essayâmes d'ajuster ces patins sous la semelle de nos traîneaux, mais cet essai ne réussit guère. Plus tard, lorsque nous n'eûmes plus d'esprit-de-vin, les ski nous servirent de combustible.

Dans la matinée du 21 juillet, Habakuk, fatigué et découragé, manifesta la volonté de battre en retraite. Au réveil, pour la première fois, nous avions enfin aperçu les pics qui étaient le but de notre voyage. Du moment que les nunatak étaient en vue, notre compagnon ne s'expliquait pas notre désir d'aller plus loin, et il voulait revenir en arrière. Nous étions maintenant éloignés de toute terre , et je n'aurais jamais voulu le laisser partir seul. En cas de tourmente ou de brume, il aurait été infailliblement perdu. Après de longs pourparlers et après lui avoir promis monts et merveilles, Habakuk se décida à nous suivre ; mais, à partir de là, il devint excessivement triste. Plus qu'aucun de nous il souffrait d'une ophtalmie, et son mouvement de découragement doit être attribué à ces souffrances. Tous nous portions des conserves bleues; néanmoins, dès le septième jour du voyage, les premiers symptômes du mal s'étaient manifestés. Je ne puis indiquer avec certitude la cause de la violente ophtalmie dont nous étions atteints ; si nous fûmes éprouvés plus que ne le sont d'habitude les explorateurs polaires, il faut, je crois, Tattribuer à l'intensité de la lumière solaire, beaucoup plus vive ici, par 62® 5/4 de latitude N., qu'entre le 78* et le 80* degré de latitude N., zone dans laquelle les voyageurs arctiques ont entrepris des expéditions au printemps. Cette ophtalmie peut entraîner la perte complète de la vue; pareil accident n'arriva heureusement à aucun de nous. Si un tel malheur nous avait frappés, notre situation eût été bien aven-

\ . Lonfçs patins en bois employés dans les pays Scandinaves. (iV. du Irad.)

EXPLORATroS tif. JF.}iSEN SIIR l'ISLANDSIS M CRÔNLASD. 155 tiiréo. Tous nous (''lions Rt-riouscmpiit atlcinlii; il nous semblait sontir dnns les veux un corps éti'.ingor. et cette sensation était accompagnée de douleurs particulièrement vives la nuit; de plus, il nous était 1res pénible de fixer un objet. Dès le» premières atteintes du mal. noux appliquâmes sur nos yeux malades des compresses de glace et réussîmes ainsi à arrêlcr son développement. Cette ophtalmie ajoutait aux dirPicuItt-s du voyage, et elle ne disparut que quelques jours après notre retour sur la terre fennc.

purallëlt^ nurVinlandiit.

Les premiers jours du voyage, le lenips fut Iniau: toutefois l'atmosphère était très souvent embrumée, ce qui ne laissait pas d'être désagréable par une température voisine de zéro. Presque toutes les nuits, le thermomètre s'abaissait de plusieurs degrés au-dessous du point de congélation. Les gelées avaient l'avantage de durcir la neige et de consolider les ponts, et sur cette couche résistante les traUieaux avançaient rapidement. Quand la nuit avait été froide, nous nous mettions en marche de bon matin, parfois dès trois heures, pour pouvoir marcher pendant quelques heures, avant que le soleil n'eût ramolli la neige.

Le 23 juillet, lorsque nous levâmes le camp, situé à une altitude de 929 mètres; le temps était magnifique et la neige durcie par la gelée. Vers midi, le ciel se couvrit, et, quelques heures après, éclata une tempête du sud-sud-est. Nous n'en continuâmes pas moins la marche; 'mais bientôt une large rivière dont nous ne pouvions distinguer la lin nous arrêta. Les rives

du torrent étaient formées de minces couches de glace poreuse, et il était assez difficile de reconnaître les limites respectives du glacier et de la rivière. Un de nous, en puisant de Teau, eut la mauvaise chance de tomber dans le torrent. Nous dûmes, par suite, immédiatement camper. Notre petite tente, solidement fixée au glacier, résista parfaitement à la tempête, qui dura toute la nuit. Le lendemain, le vent tomba, mais le temps était encore menaçant. Nous fîmes alors un dernier effort pour arriver le jour même au but de notre voyage. Jusque-là nous avions marché dans la direction du plus septentrional des nunataJi (le nunatak g). La glace étant très accidentée dans les environs de ce pointement rocheux, et le temps ayant toujours mauvaise apparence, nous résolûmes d'atterrir le plus tôt possible et de nous diriger vers le nunatak i, qui était plus rapproché, mais moins élevé que le pic g.

Dans ces parages, la marche fut très pénible. Tout d'abord nous traversâmes une large zone criblée de petits trous cylindriques séparés les uns des autres par de minces parois de glace, et tapissés d'une couche d'argile et de sable; ce sont ces particules qui, en absorbant la chaleur, creusent ces cavités cylindriques dans le glacier. Ces trous, tous remplis d'eau, étaient profonds d'environ 60 centimètres et larges de 30 à 45 centimètres. La mince couche de neige qui recouvrait le glacier empêchait de voir ces cavités et de les éviter. Plus loin, Vinlandsiê était hérissée de monticules de glace hauts d'un mètre cinquante à trois mètres, très rapprochés les uns des autres, entre lesquels serpentaient des cours d'eau. Encouragés par l'espoir d'arriver enfin au terme de notre voyage, nous triomphions de tous les obstacles. Le glacier, dont la pente était très faible depuis une certaine distance, était maintenant presque horizontal; plus loin, à trois kilomètres du nunatak^ il s'abaissait même vers Test, et cette pente facilitait particulièrement la marche. Nous nous rapprochions de plus en plus du but. Déjà les escarpements du pic nous renvoyaient l'écho du bruit causé par la chute des traîneaux du haut des monticules de glace. Bientôt commença une course échevelée : chacun de nous voulait toucher le premier cette terre qu'aucun homme n*avait encore foulée. Le 24 juillet, à cinq heures de l'après-midi, après onze jours de marche, nous atteignions enfin le pied du nunatak.

Ce fut pour nous un jour de fête ; mais nous ne sûmes comment le célébrer, l'état de nos approvisionnements ne nous permettant pas d'extra. Quoi qu'il en fût, nous étions fort joyeux, heureux d'avoir vaincu tant de difficultés et d'avoir atteint le but de notre expédition. Après notre pénible voyage des jours précédents, ce rocher nous semblait un par<idis perdu au milieu des glaces. La vue des quelques plantes qui apparaissaient au milieu

EXPLORATION DE JBNSEH SlIII VIULANDSIS DU CRONLA.ND. 157 dos pierres nous eiilhousîasinait, et nous éprouvions un bien-être inexprî inoblc à reposer nos yeux maindes sur ces rochers noirs. Bien que situé à une iiltitudc d'environ 1250 mètres, te nunalak abritait plusieurs plantes, mais nous n'y trouvâmes aucun arbuste. Notre provision de combustible ne put ainsi être renouvelée. Nous ne vîmes pas non plus de gibier, comme nous l'avions espéré; nous ignorions, il est vrai, au début du voyage, que ces pics s'élevaient à une hauteur de 1250 à 1550 mètres.

Le jour de notre arrivée an Jiunafak. nous n'étions guère capables de

Itiviùn-s iiilloniiaul ['inlandtit.

gravir la montagne, haute de 500 mèli'es, au pied de laquelle notre campement était établi; du reste, eussions-nous pu la gravir, cette ascension n'aurait guère été intéressante à cause des brouillards. Dans ces conditions, nous attendîmes le lendemain pour en Faire l'escalade; nous nous proposions, en outre, de grimper sur un autre pic plus élevé, et ensuite, si nous le pouvions, d'avancer vci-s l'est. Cette dernière partie du programme ne put être mise à exécution. Le lendemain il s'éleva une tourmente du sud-est accompagnée d'une chute de neige fme, qui tombait en flocons seri'és : ce jour-là nous dûmes i-estcr blottis sous la tente.

Notre situation était critique. Pour atteindre le nunalak, alors que lo temps était presque tuujours beau, une marche de dix jours avait été

Ib8 LA SECONDE EXPÉDITION Al GHÔNLAND.

nécessaire; le retour devait donc être aussi long, et, vu 1 état de nos provisions, nous aurions dû dès le lendemain battre en retraite. Mais nous étions fermement résolus à ne renoncer qu a la dernière extrémité à notre projet de gravir le nunatak, pour nous rendre compte de l'aspect de Vinlandsis vers lest. Si nous ne pouvions faire cette ascension, toutes les fatigues, toutes les souffrances endurées jusque-là devenaient inutiles. Nous prîmes alors le parti de nous rationner au strict nécessaire et d'attendre le beau temps. Pendant toute la semaine que nous restâmes campés au pied du pic, chacun dut se contenter chaque jour de trois biscuits de mer; lorsque les angoisses de la faim devenaient trop vives, nous ajoutions à ce maigre ordinaire un peu de viande et de gruau cuits à un bout de bougie. En guise de beurre, nous étendions sur notre pain une mince couche d'extrait de viande de Liebig. Notre ration journalière n'était que de 375 grammes; dans les expéditions de ce genre, elle est ordinairement de 1750 grammes. Nous n'avions plus ni eau-de-vie ni alcool à brûler. La provision de thé et de café était encore suffisante, et nous en prenions plusieurs fois par jour, lorsque le mauvais temps nous permettait d'allumer un feu de bivouac avec nos ski. Les jours se succédaient sans amener de changements dans l'état de l'atmosphère. Nous suivions les mouvements du baromètre avec la plus grande anxiété; montait-il, immédiatement la gaieté nous revenait; descendait-il, au contraire, nous redevenions tristes et abattus. A chaque accalmie nous nous reprenions à espérer; enfin la tourmente cessa: mais un autre danger nous menaçait.

Pendant l'ouragan, une énorme masse de neige était tombée; peut-éti*e rendrait-elle le retour impossible ou du m(»ins très difficile ; nous craignions maintenant d'être obligés d'abandonner les traîneaux et revenir sur nos ski. Le séjour sous la tente fut très pénible, l'eau pénétrant de tous côtés dans notre abri. Néanmoins nous ne perdîmes pas courage, et, pour ppsser le temps, nous fabriquâmes un jeu de cartes. A chaque embellie nous faisions quelque excursion sin- notre rocher; plusieurs fois nous en atteignîmes le sommet, et nous y élevâmes une |)yrainide de pierres sèches dans laquelle fut placée une bouteille cachetée renfermant une courte relation de notre voyage. Durant ces excursions, nous fîmes une petite provision d'oseille sauvage, mais c'était un aliment fort peu nourrissant. Notre tente, soigneusement assujettie et abritée du vent par la montagne, résista parfaitement à l'ouragan. De grosses pierres durent être placées sur les traîneaux et les bagages pour les empêcher d'être enlevés par l'ouragan.

Le campement était situé sur le rocher, tout près du glacier, dans une vallée dont le côté orientid était occupé par le nunatak et le versant occidental par Vinlandsis. La pente que le glacier formait en s'abaissant dans

EXPLORATION DE JENSEN SUR WINLANDSIS DU GRÔNLAND. 159

cotte vallée était de 1 O** environ ; plus haut, elle était moindre. Enlin, après sept jours de détention, le temps parut changer dans Taprcs-midi; immédiatement nous partîmes pour le sommet du pic. Le ciel était encore très emhrumé, et la vue très limitée. Si le temps le permettait, nous étions résolus de battre en retraite le lendemain, même au cas où nous n'eussions pu avant le départ avoir nne vue étendue sur Vinlandsis, Affaiblis par un jeune prolongé et craignant de manquer de vivres, nous ne pouvions différer plus longtemps de nous mettre en route. Le lendemain, heureusement, le ciel était clair; immédiatement je grhnpai à la pyramide. A perte de vue la plaine de Vinlandsis s'étendait vers lest en s'élevant par une pente continue. Elle semblait atteindre à l'horizon une hauteur supérieure à celle à laquelle je me trouvais et qui était de 1557 mètres. Aucun nunatak n'était visible à l'horizon dans la direction de Test. Comme nous l'avions déjà pensé, les montagnes que Dalager avait vues et qu'il supposait situées sur la côte orientale étaient les pics que nous avions atteints. Le coup d'œil était grandiose sur le groupe de ces nunatak noirs se dressant au beau milieu du glacier éblouissant (ils sont désignés sur la carte par les lettres g, h, î. A', /et m). A l'est, la surface du glacier était, en plusieurs endroits, très tourmentée, vraisemblablement par suite des inégalités du sous-sol. Arrêtée par les nunatak comme par une digue dans son mouvement d'écoulement vers l'ouest, Vinlandsis présentait de ce côté une surface très tourmentée. La mer de glace venait se briser connue un énorme flot solidifié contre cette rangée de pics, et atteignait presque leur sommet, puis elle passait entre les rochers ainsi qu'une énorme cascade subitement congelée et s'abaissait ensuite vers l'ouest. Au pied de cette chute de séracs s'étendait un grand lac en partie rempli d'isbergs. Le nunatak sur lequel je me trouvais avait une circonférence d'environ 10 kilomètres. Après avoir fait différentes observations, je redescendis au campement, où mes compagnons avaient été retenus par les préparatifs du départ. A dix heures du matin, le 51 juillet, nous battîmes en retraite vers la cole , quittant à regret ce stérile rocher où nous avions passé une semaine entière.

Ayant reconnu du sonnnet du |)ic le terrain environnant, nous pûmes éviter la région accidentée du glacier qui nous avait coûté tant d'efforts à l'aller. A peu de distance du nunatak nous traversâmes un torrent en faisant passer nos traîneaux sur un pont volant construit à l'aide de bâtons et de courroies; puis nous trouvâmes une zone de glacier plat le long d'une large moraine, longue de plus deux kilomètres, qui s'étendait des nunatak vers le sud-ouest. Dans l'après-midi il neigea de nouveau et les brouillards nous enveloppèrent; le mauvais temps contiima même une partie de la

journée du lendemain mais, nous n'en avançâmes pas moins rapidement. Quelque faible que fût la pente du glacier vers l'ouest, elle facilitait beaucoup la marche. Dans les endroits où Tinclinaison était forte, les traîneaux glissaient comme sur un plan incliné; nous devions même prendre des précautions pour qu'ils ne nous entraînassent pas et ne nous fissent pas tomber dans des crevasses, ce qui arriva pourtant à diverses reprises. Dans l'aprèsmidi, des nuages épais voilèrent les sommets des nunatak, présage certain du mauvais temps, et, le lendemain, s'éleva une violente tempête du sudsud-est accompagnée d'une neige fine et serrée. Toute la jouniée nous fumes obligés de rester sous la tente. La veille, alors que le ciel était déjà embrumé, la tente avait dû être dressée au milieu de crevasses mas quées en partie par la neige; pour éviter un accident, nous sondâmes soigneusement le terrain et traçâmes autour de notre abri une ligne de démarcation qu'il était défendu de dépasser. A huit heures du soir, le ciel se découvrit un instant ; puis la tourmente recommença, soufflant cette fois par rafales de l'cst-sud-est. Cette tourmente avait tous les caractères des tempêtes du sud-est dont le capitaine Hoffmeyer a expliqué l'origine. Cette tempête ne détermina pas, ici comme sur la côte, une élévation de température (le thermomètre marquait — 2^ C). Comme nous nous trouvions à l'altitude de 1027 mètres, cette observation vérifie la théorie d'Hoffmeyer*. Pendant toute la durée de la tempête, les particules de neige et de glace chassées par le vent produisaient dans l'air un bruissement. Ce fut la seule nuit pendant laquelle nous souffrîmes du froid dans nos sacs-lits. Le 3 août, à deux heures du matin, le vent tomba; immédiatement nous nous remîmes en loute.

Les jours suivants, le beau temps nous permit d'accélérer la marche; le 4 août, notamment, l'étape fut de 28 kilomètres, la plus longue que nous ayons faite pendant le voyage. A mesure ([ue nous approchions de la côte, nous reprenions courage, même llabakuk, qui jusque-là avait été très triste. Dans l'après-midi nous arrivâmes au dépôt de vivres que nous avions laissé sur le nunatak a; nous espérions atteindre le même soir noire grande tente; c'était compter sans les brouillards. Le lendemain également, les brumes masqiiaient toute vue; néanm(»ins nous résolûmes d'essayer d'arriver l'endroit où était mouillé notre onmiak. Nos vivres étaient presque épuisés et je craignais que lesEskimos, fatigués de nous attendre, n'eussent battu en retraite, pensant que nous étions tous morts en route. Redoutant pareille éventualité, j'avais pris garde, avant de partir, de ne leur donner aucune indication sur la durée probable de notre expédition. Les Grôn-

1 . On peut consulter à ce sujet le travail du capitaine Uofrnicyer, Le fcshn du Grùnland.

EXPLORATION DE JENSEN SLR VINLANDSIS DU GRÔNLAND. ICI

landais n'ont guère de patience et, sans rédéeliir, font tout ce qu'il leur passe par la tète. Les personnes qui connaissent leur caractère jugeront si mes craintes n'ét^nent pas fondées. Avant le dé|)art, pour parer à toute éventualité, Habakuk avait [lorté son kayak près du point où nous avions commencé Fescalade du glacier, afin de pouvoir aller chercher du secours à la colonie voisine si ses camarades avaient décampé avant notre retour. Peut-être cette précaution avait-elle été inutile et les Eskimos étaient-ils venus chercher Teniharcation pour chasser le phoque. J'espérais toutefois qu'ils l'avaient rapportée à la même place, s'ils avaient abandonné le campement.

Il s'agissait maintenant de trouver notre route à travers un épais brouillard qui masquait toute vue dans un rayon de vingt pas, et au milieu d'une région très crevassée. Pour éviter cette zone dangereuse, un long détour fut nécessaire. Depuis la veille dans l'après-midi, les brumes nous empêchaient de reconnaître notre position, et pour retrouver notre campement, nous dûmes nous fier à notre instinct de voyageurs.

Le dernier jour du voyage fut presque le plus pénible de toute l'exploration. Partout VinlHndsis était déchirée de crevasses. Cette partie du glacier n'étant pas recouverte de neige, nous marchions sans corde, pour pouvoir avancer rapidement. Tout à coup, en me letomnant, je vis sur le bord d'une crevasse le bonnet d'Ilahakuk et point d'Habakuk. Immédiatement nous courûmes à la fente. Notre compagnon était tombé dans le gouffre à une profondeur de trois mètres : heureusement un étranglement des parois l'avait arrêté dans sa chute; mais le malheureux était plus mort que vif. Tout de suite nous lui jetâmes une corde, qui était toujours placée sur la bâche d'un traîneau, prête à être lancée comme les ceintures de sauvetage à bord d'un navire; mais il ne réussit pas à s'attacher, et l'un de nous dut descendre dans la crevasse pour lui prêtei* aide. Non sans peine nous parvînmes à le hisser avec son traîneau. Lorsqu'il fut hors du gouffre, Habakuk revint à lui, et, après un moment de repos, il put nous suivre; quelques heures plus tard, il avait oublié sa mésaventure.

Dans l'après-midi, toujours enveloppés par le brouillard, nous arrivâmes dans une zone toute fissurée, la plus difficile certainement que nous ayons rencontrée durant tout le voyage. Cette marche à travers ce dédale de crevasses et de pyramides de glace, au milieu duquel il était impossible de s'orienter, terminait dignement notre pénible exploration de trois semaines.

Après plusieurs heures nous entrâmes enfin dans une région plus facile. La rapidité de la pente et les particules terreuses qui souillaient la glace nous firent supposer que nous nous trouvions près de l'extrémité

I()5J LA SECONDE EXPÉDITION AU (JRÔ.NLAND.

iiiforieure du glacier. Nous nhandonnaincs alors nos traîneaux pour aller à la découverte, car il eut été très pénible de les remonter sur cette penk» au cas où nous aurions dû rtîvenir en arrière. Deux d'entre nous partirent en reconnaissance; afin de ne pas se perdre, les deux troupes se signalaient inutuellenient leur position par des coups de sifllel.

Les éclaireurs revinrent luenlùt, annonçant cpie nous nous trouvions dans une région inconnue. La nouvelle n'éUiil pas précisément agréable pour des gens cpii, a|)rès de longues piivati(»ns, espéraient satisfaire leur appétit et coucber le soir sous une tente bien cliaude. Nous ne savions dans quelle direction était situé notre campement : toutef(»is, étant données la hauteur des montagnes vo^pines et la direction cpie n(ms avions sui\ie la veille, nous pensions être allés liop loin vers l'ouest.

Après en avoir délibéré, nous descendîmes la |)ente de Viiilaiidsis. Au pied de TescariuMnent terminal, Korneru|) et Grotli restèrent avec les traîneaux, pendant que llabakuk et moi suivions la lisière du glacier dans la direction du nord-est. Sur ce terrain, (pii ne nous était pas tout à fait inconnu, mon compagnon s\»rientait avec une merveilleuse sagacité. La marche était très pénible: nous ne p(»uvions suivre le jflacier — en certains endroits sa ])ente atteignait Ml", — et à sa base, des moraines d'argile et de sable détrem|)ées euq)échaient d'avaiu'cr rapidement. Après deux heures de marche, nous n'apercevions ])as encore le canq)ement et j'allais battre en retraite, ])ensant que nous nous étions tronq)és de direction, quand tout à coup llabakuk, qui, |)endant tout le voyage, avait été triste et silencieux, pousse un cri de joie; du haut d'un monticule il avait, à travers les bnunes, aperçu la tente. Ses cris attirèrent ratlention des Eskimos, qui, immédiatement, mirent Voumiak à l'eau pour venir nous chercher. Les Grônlandais nous souhaitèrent la bienvenue en poussant des hourras et en nous pressant les mains avec elTusion; ces braves gens nous croyaient morts depuis longtemps. Plusieurs Kskhnos suivirent aussitôt llabakuk pour aller à la recherche de Kornerup et de Groth. A dix heures du soir mes compagnons arrivèrent à la tente, où ils reçurent le même accueil cordial que nous.

Nous étions de retour tous bien portants, heureux d'avoir échappé aux nondireux dangers que nous avions courus pendant cette exploration.

Dans les régions ch» Vinlandsis que j'ai visitées, il n'y a aucun Hunatak^; aussi me paraît-il intéressant de joindre à la œiation

1 . Ce v(>cabl(* eskiino (ii'si«!no non seulement les pics isolés au milieu de Vinlandsis^ mais encoi-e les niasses mcheuses qui s'élèvent sur la lisièi^e du glacier et qui ne sont qu*eu [)artie enlouré^'s de glace.

EXPLORATION DE JENSEN SUK VINLA^nSIS DU GHÔNLAND. 163

précédente la description de la faune et de la flore d'une de ces oasis du désert glacé du (irônland.

Vus du glacier, les noirs nunatak schisteux, mouchetés de plaques de neige, font une impression de profonde tristesse. Partout de la neige, de la glace, des éhoulis et des rochers; pourrait-on du reste s'attendre à voir autre chose à Taltitude de 1557 mètres et à 40 kilomètres dans l'intérieur du Grônland?Qucl n'est donc pas Fétennement du voyageur, lorsqu'en s'élevant sur le nunalaky il y découvre des plantes et même des êtres vivants. Près des flaques d'eau, dans les fentes du rocher, dans les graviers humides, de petites plantes s'abritent sous des mousses, connne pour se protéger contre les rigueurs de ce climat rigoureux. ]ja Luzula hyperborea et la Carex nardina sont les plantes les plus communes. Cette dernière est sj)oradique et raie, notannnent dans le Gronland nu*ridionaI. Sur le bord des ruisseaux, VOxyria digyna pousse en abondance. Nous fîmes une provision de feuilles de cette plante, qui sont un excellent remède contre le scorbut; piMulant le retour elle nous l'ut très utile, une nuit que nous souffrions de la soir. Nous vîmes encore, disséminés en petits groupes, le Trisetum subspicalum et In Poa trichopoda. Au milieu des mousses et des pierres aj)paraissaient d'autres ileurs, souvent à moitié enfouies sous la neige. Le plus grand noud)re étaient blanches f|)lusieurs espèces de saxifrages et le Cerastium alpinum), une bleu foncé (Campanula uniflora) et plusieurs jaunes (Potentilla nivea et Ranunculus pygtnœus).

De petites plantes, telles que le Silène acaulis, la Saxifraga oppositifolia et la Cassiope hypnoides, réunies en toufîes, produisaient un très joli efïet par leurs nuances vives. Dans les endroits humides, au pied du pic, poussait VArmeria sibirica, et, sur le point culminant du nunalah, le Papaver nudicaule montrait ses Heurs bleuâtres. Je ne vis aucune plante annuelle.

La présence d'animaux sur ce rocher isolé au milieu du glacier est encore plus difficile à expliquer que celle des plantes. A notre grand étonncment nous y trouvâmes un petit oiseau, une larve de papillon et deux araignées !

L'oiseau était, autant que nous pûmes en juger, un Saxicola (amanihe) ou une es|)ècc voisine. [1 était très farouche; certainement il avait été entraîné jusque-là par la tourmente. Les Saxicola pondent sm* la côte et y sont conmnms.

D'après la détermination du prolésseur Schiôdte, le papillon appartient au groupe des Noctua, dont on trouve de nombreuses espèces sur le littoral. Comme le Saxicola^ il avait été sans doute poussé là par Touragan.

Les deux arachnides sont fort intéressantes. Elles étaient très alertes, et

16i LA SKCONDK KXPKOKATION Al GUÔMAND.

lors(jue nous voulûmes les capturer, elles se réfugièrent sous les pierres. D'après la détermination du candidat W. Sorensen, ce sont deux femelles. Tune adulte et l'autre jeune, (jui devaient prochainement muer. Elles appartiennent sans doute au genre des Lycosa (sensu stricto^ Thorell.), et doivent se rapportera une espèce nouvelle. Si elles ont le nunatak pour habitat, elles y trouvent sans doute (piehjue nourriture; nous n*y découvrîmes toutefois ni moustique, ni podure, ni autres petits animaux. Pendant notre séjour sur le nunatak le mauvais temps persistimt entrava nos recherches. Si tant est que ce nnher abrite d'autres animaux, l'ouragan dut les empêcher de sortir de leurs retraites.

La flore (jue décrit M. Kornerup ne doit ])as être confondue avec la flore glaciaire que découvrit le D'Berggren, mon compagnon de voyage en 1870, et qu'a fait connaître le professeur Wiltrock dans un intéressant IravaiP.

\. Voir A.-E. Noriienskioltl. Sludicr och forskningar fôranledda af mina resor i hôga norden, p. 65-124.

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i6i LA SKCONDK KXPLORATION AU GliÔNLAM).

lorsque nous vonhiiiies les ca|)lui'er, elles se réfugièrent sous les pierres. D'après la délerininalion du candidat W. Soreusen, ce sont deux femelles. Tune adulte et Tautre jeune, (jui devaient prochainement muer. Elles apparlieiment sans doute au genre des Lycosa (sensu stricto. Thorell.), et doivent se rapportera une espèce nouvelle. Si elles ont le nunatak pour habitat, elles y trouvent sans doute quehpie nourriture; nous n'y découvrîmes toutefois ni moustique, ni |)odure, ni autres |)etits animaux. Pendant notre séjour sur le nunatak le mauvais leuq)s persistant entrava nos recherches. Si tant est (pie ce roiher abrite d'autres aninuuix, Touragan dut les empêcher de sortir de leurs retraites.

La flore que décrit M. Kornerup no doit ])as être confondue avec la flore glaciaire que diîcouvrit le D' Berggren, mon compagnon de voyage en 1870, et qu'a fait connaître le ])rofesseur Witlroek dans un intéressant travail.

1. Voir A.-E. Nordonskiôld, Sludicr och fovskningar fôranledda af mina resor i hôga norderif p. 63-124.

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