‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 44 sur 111 · g yj es · texte numérisé non relu

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La question de la vitesse que l'on peut atteindre a\(H* des stki étant très importante pour les futures expéditions polaires, je reproduis ici l(i rapport qui m'a été adressé sur cette course par le président de la commission.

Ri'lation de la course de patineurs courue les 5 et \ avril 1884

à Jokkmokk.

La veille do la course, les concurrents arrivèrent h l'église de Jokkmokk. venant de dilTérentes directions. Quelques-uns, partis dePeuraur. d'Aklsik, de Snavva, dl'ltivitscli et du Stora Lule tràsk, avaient, pendant la nuit, parcouru une distance de 60 h 90 kilomètres. Peu de temps avant le départ, Apnuil Anderson Arrhnian (de Peuraur) et Anima Ammasson Lândta (d'Aktsik) arrivèrent d'Arjeploug, à 160 ou 180 kilomètres de Jokkmokk, où ils étaient allés emprunter des ski en bois de pin, pour le cas où le temps deviendrait mauvais pendant la course. La sudation des matières résineuses qui se produit sur ce bois lubrifie la surface des ski et empêche la neige d'y adhérer; suivant l'expression des Lapons, les pîitins en bois de pin produisent la graisse nécessaire au glissement.

Les patineurs partirent tous en même temps, suivant le désir qu'ils nous avaient exprimé, et prirent leur couisc à travers les lacs dans la direction indiquée au progranmie. Sur le Randejaur, les concurrents étaient divisés en deux groupes : en tète marchaient les Lapons, en arrière les colonr suédois. C(»s derniers avaient donc l'avantage de trouver la piste déjà frayée par les Lapons. Un commissaire s'était rendu d'avance en traîneau sur les bords du Parkijaur. Les patineurs saluèrent de hourras les curieux réunis sur le Parkijaur et continuèrent sans s'arrêter jusqu'il Granudde, situé à 50 kilomètres environ de Jokkmokk. Le commissaire quitta le Parkijaur en même temps que les patineurs; le cheval attelé h son traîneau, qui passe pour le plus rapide du district, avait eu le temps de se reposer avant de partir : néanmoins les patineurs arrivèrent un quart d'heure avant lui à Granudde. Autour d'un brasier établi sur la glace, toute la population des environs était occupée à préparer du café. Lorsque les patineurs débouchèrent à dix heures et demie du soir, elle les salua de cris joyeux »t leur offrit de se réconforter; les cafetières furent vidées plusieurs fois, et, après une halte d'une demi-heure, les coureurs se remirent en marche.

De là les patineurs continuèrent leur route vers Qvikkjokk, mais ils étaient maintenant réduits au nombre de onze. Les autres, reconnaissant la supériorité de leurs concurrents, qui ne leur laissait aucun espoir de gagner le prix, avaient jugé inutile de continuer.

COURSE DE PATINEURS A JOKKMOKK. î2^21

A Qvikkjokk, le point extrême de la course à Taller, un membre du comité et deux commissaires avaient pris des dispositions pour recevoir les coureurs. Sur la glace, au-dessous du presbytère, une tente avait été dressée et un feu allumé, autour duquel deux commissaires préparaient du café pendant que le troisième dormait. Tout à coup ils entendirent un bruissement dans la neige, et, à quatre heures dix minutes du matin, quatre patineurs arrivèrent au but marqué sui; la glace. Aucun d'eux n'avait de vivres; s'ils avaient du attendre la cuisson du bouillon et de la viande de renne préparés en vue du dîner de l'après-midi, moment auquel on pensait que les coureurs arriveraient, leur départ aurait été trop relardé. Aussi prirent-ils simplement du café et fumèrent-ils quelques pipes pour apaiser leur faim, puis ils repartirent après s'être reposés un instant.

Pawa Lars Tuorda et Pehr Olof Làndta étaient arrivés les premiers à Qvikkjokk. Tous deux avaient concerté d'effectuer ensemble le retour; mais, pendant que Tuorda allait voir un ami dans le village, Làndta se mit en route. Tuorda apprit le départ de son camarade seize minutes après; immédiatement il met ses patins, lile connue une flèche sur le Saggatjaur, rejoint bientôt Làndta et même le devance. Pendant tout le reste du trajet, Tuorda conserva une forte avance sur son camarade.

Il avait été décidé à Qvikkjokk que les patineurs déjeuneraient à Niavvi, à '25 kilomètres de là. Depuis leur départ les coureurs n'avaient encore pris aucun repas solide. A Niavvi on n'avait préparé que des pommes de terre et du lait caillé. Les Lapons, esthnant cette nourriture peu réconfortante après une pareille course, résolurent de ne manger qu'une fois arrivés à destination. Ils s'arrêtèrent 15 minutes à Niavvi et autant à Granudde.

Sur le Skalkajaur, un des patineurs qui, malgré les avertissements des Lapons, avait absorbé une certaine quantité de lait caillé, fut indisposé. Le lendemain, néanmoins, il assistait à la fête qui termina la course, et y lit preuve d'un fort bel appétit.

Pendant les vingt derniers kilomètres, les patineurs accélérèrent leur marche; l'elTort qu'ils purent produire pour arriver au but avec une vitesse véritablement surprenante prouve une fois de plus leur force de résistance.

Le vendredi 4 avril, à trois heures douze minutes de l'après-midi, deux patineurs furent signalés à l'extrémité occidentale du Purkijaur. En dix minutes, Pawa Lars Tuorda et Pehr Olof Làndta parcoururent le lac, long de 2600 mètres, Lars arrivant premier à trois heures vingt-deux minutes, devançant Pehr Olof de cinq seconde»» Le médecin qui assistait à la course leur ordonna immédiatement Une boisson rafraîchissante; plus tard les vainqueurs furent solidement réconfortés par un bon repas.

)in LA SECONDE EXPÉDITION Al GRÔNLAND.

A chaque instant, un coureur arrivait; c'étaient alors d'interminables causeries pleines d'entrain sur les différents épisodes de la course. Aucun ne paraissait fatigué, et tous manifestaient la plus entière satisfaction de leur voyage, dont la durée avait été inférieure à leurs prévisions.

Lândta, qui reconnaissait loyalement la supériorité de Tuorda, racontait que, durant les vingt derniers kilomètres, il avait, à différentes reprises, essayé de dépasser son concurrent; mais, gagnait-il un peu de terrain, Tuorda augmentait immédiatement sa vitesse sans le moindre effort, et le laissait de trois i) cinq cents mètres en arrière. « 11 nVst point fatigué, disait Làndta en parlant de Tuorda, et il pourrait encore patiner bien des milles. » Le vainqueur du troisième prix, Apmut Andersson Arrhman, qui avait des ski en bois de pin, se plaignit que son patin de droite fût plus lounl que celui de gauche, ha ski de droite avait en effet un défaut qui devait retarder la marche. Juste sous la place du pied, le bois présentait une cavité longue de onze millimètres, large de trois et profonde d'un demi-millimètre, dans laquelle la neige adhérait. Si Ton tient compte de ce désavantage et si Ton se rappelle qu'Apmut avait fait, deux jours auparavant, une excursion jusqu'à Arjeploug, on reconnaîtra que ce patineur a fait preuve d'une grande force de résistance, car il atteignit le but sans paraître le moins du monde fatigué.

Nils Pctter JSilsson Tuorda, le frère cadet de Pawa Lars, arriva en quatrième ligne. Il aurait pu disputei- la victoire à son frère, si un étourdissement ne l'avait obligé à se reposer quarante minutes sur le Skalkajaur. Comme il avait eu plusieurs fois des accidents de ce genre, ses camarades l'avaient détourné de prendre part à la course.

La notable différence entre les heures d'arrivée des six premiers concurrents et les autres provient de ce que ces derniers, voyant qu'ils ne pourraient gagner les premiers prix, ne se hâtèrent pas au retour; ils prirent deux ou trois heures de repos en différentes stations.

Les Lapons étaient habillés de chemises de laine, de pantalons et de tuni(|ues en vadmel, et portaient des mocassins en cuir de renne. Les chaussettes étaient remplacées par du Carex vesicaria, suivant l'habitude du pays.

Les colons Scandinaves étaient, comme les Lapons, vêtus de laine et de vadmel, mais, en place d'une tunique, ils portaient une vest€. Pendant la course ils enlevèrent cette jaquette; les Lapons se débarrassèrent également de leur tunique.

Le soir, les patineurs se couchèrent à neuf heures sur le plancher de la cuisine du presbytère.

Le lendemain, ils partirent tous, frais et dispos, pour Jokkmokk.

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