CHAPITRE VI
llîiiis ll(Mi(irik. — Arrivée* :i rjar.i;;sii^Mik. — Noliv caiii|N'iiioiU à L-]aragsii^suk. — Iii*s chinis «'skiinos. - .M:i;;nirH|iirs paysajirs du \Vai;r.it. — |{ech(M*cli(;s {)alronlolu^riqm>s.
— iK'TiMivrrlc ilc soiiclirs (rarhrr> à pain, dr hilipici's, de iiiapiolias, clc. — Cliiiial.
— Ku'iii'sion à Alaiickrrdliik. — hinicuitrs pour Itoumm' un caiii|MMiionl convonablo.
— l/VHS. — Historique des reclKMclirs «•é(do;:i(|iies laites à Atanekenlluk. — Florr erétaeée (>l tertiaire dWtanekerdlnk. — iSeclierclirs dans la pi\^s(|u*ile dWtunekenUuk.
— Knihaliage des ndleetinns. — Klude du i"a\in dWtanekenlluk. — Découvei'le de onze nouvelles eouehes fossilifères. — Teni|M*'t«*. — Arri\é(î de la Sofia. — Inshiictions du pmfesseur .N'ordenskiold. — La Sofia se raxitaille en eliariHm à la houillère do Ititenhenk. — .Nouvelles reelierclies à Atanekenlluk. — l)é|>art jiour Ifiernivik. — Os^ald Ileer: sa vie <*l son ceuvre.
Dans ra|)ivs-mi(li du ^S juin, en nous dirigeant de Godhavn vers l(» Waigal, j'aperçus j>our la prt^mière lois les falaises de Disko, si ricli(»s en piaules fossiles, ([uc j'avais entrevues souvent dans l(»s rèv(»s de rimaginalion. Kmhar(|ué à hord de la Sofia spîcial(»ment pour étudier c(»s formations, il me tardait de commencer mes r(îclu»rclH»s d(» paléonlolojiie, ln(»n ([uc, jRMidanl tout le mois qu'avait déjà duré le voya<re, j'eusse^ toujours eu occasion de faiix> d'intén^ssantes (d)servations. Tout d'abord nous ne vîmes que les falaises de basalte de Disko; plus loin, à Puilasok, nous a|)er- (;ùmes U\s couches de \iivs charbonneux qui, à partir de là, rcmj)lacent bî loiiji: de la col(» les basalliîs. Nordenskiôld, ayant en 1870 recueilli dans ct^s localités uiu* (juantité de |dantes fossiles, avait appelé mon attention sur ces couches: s'il en avait eu le temps, il aurait volontitîrs poursuivi ses premières recherches, m*enviant, disait-il, de j)ouvoir me consacrer à uikî étude aussi intéressante. De mon côté, je regrettais d(» ne pouvoir me joindre h la caravane qui allait explorer Vinlaïukin, quoique dans ce cas j'eusse été obligé
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de renoncer à mes travaux {géologiques. Personne n'est jamais content de son sort! Donc, avec Hamherg et deux Eskimos engagés a CfOdhavn je débarquai à Ujaragsugsuk, pour vivre désormais sous la tente, exposé aux vicissitudes de la vie nomade. Heureusement un beau soleil brillait au ciel et le temps étiiit très calme. Durant notre traversée de Godhavn îi Ujaragsugsuk, ce ne fut pas une petite besogne que de préparer nos bagages et nos vivres. Nordcnskiôld eut l'obligeance de revoir la liste de nos provisions et y lit même ajouter différentes choses que nous avions oubliées.
Nordenskiold a raconté plus haut (p. 98) notre renconlre avec Hans Ilendrik à Skandsen. Comme le nom de Hans Ilendrik reviendra souvent sous ma plume dans le récit de notre excursion au cap York, il me jiaraît intéressant de donner une courte biogi'aphie de cet Eskimo célèbre. La relation du voyage de Kane en 1855-1855 dans le détroit d(î Smith mentionne pour la première fois le nom de Hans. Agé alors de 19 ans, il avait été engagé par ce voyageur dans la colonie de Fiskernàs en (jualité de chasseur et de conducteur de chiens. Dans cette exploration il déploya une grande énergie, et c'est à lui que l'expédition de Kane doit de lUî pas avoir été plus éprouvée. En 1855 Kane, qui avait hiverné à Rensselaer Harbour, envoya Hans au village eskimo d'Etah pour aider les indigènes, décimés alors par la disette, h capturer des morses, mission dont il s'acquitta à la satisfaction générale. Durant son séjour à Etah, notre homme tomba malade et fut soigné avec le plus grand dévouement par les habitants, ce Une lîlle de Shanghu se constitua sa gardemalade; ses bons soins et son caractère enjoué firent sur lui une excellente impression, dont aurait certainement pris ombrage certaine jeune femme qui demeurait près d'Upernivik. » Kane ne se trompait pas. Sous prétexte d'aller chercher de la j)eau de morse pour ses mocassins, Ilans demanda, peu de temps après son retour à bord, la permission de se rendre au villagcî eskimo de Peteravik, où Shanghu habitait alors avec sa jolie lîlle, Merkut. Quelques semaines plus tard on le vit, dit-on, se diriger en traîneau, avec une femme assise à côté de lui, vers le sud, dans la direction de Uwarro>vsug-suk, dans le Murchison Sound. Kîine ne revit plus Hans*-
1 . Dans son autobiographie (Memoirs of Hans Hendrik, ihe arclic Iraveller, Writlen by
!2-28 LA SECONDE EXPÉDITION AU (iRÔNLAND.
Au mois de juin 1858, lorsque Mac Clintock doubla le cap York au cours du célèbre voyaçi^e |MMulant l(H|uel il recueillit les premiers renseif(iuîmenls certains (|u'on ail eus sur le sort de Texpédition de Franklin, j>lusieurs indi<i:èn(;s viiu'cnl à boni. Hans, racontèrent-ils, élail marié et habitait alors dans le Whale Sound; il désirait vivenuMit, ajcnitaient-ils, trouver roccasion de revenir dans les établissements danois. Uans, ne possédant plus aucun chien, ne pouvait entrepnîiulre seul pareil voyajj^tî; duiant une famine, il avait été réduit à manjçei* la j)eau de pho(pi(» de son kayak. Pelersen, le voyageur danois qui avait accompagné Kane et qui suivait Mac Clintock dans ciîtlc nouvelle expédition, pria les indigènes de dire à Hans d'aller s'établir au cap York. Lîi, vraiseml)lableni(».nl, il pourrait être recueilli par des baleiniers et transporté ensuite dans l(»s établissements danois. Hans paraît avoir suivi ce cons(»il, mais il fut ramené dans les colonies du sud d'une tout autre manière ([ue ne l'avait pensé Peters(Mi. Deux ans plus laid, en se dirigeant vers le détroit de Smith, Hayes rangea de très près la cote du cap York, supposant que Hans s'était établi dans ces parages j)our pouvoir être recueilli par un bâtiment. (Ilayes paraissait ignorer h», l'enseignement donné par Mac Clintock.) La côte étant libre — on était alors à la lin d'août (1860), — le navinî s'approcha de terre à une jmrtée d(» fusil. Tout à coup Hayes aperçoit un groupe d'iiuligènes »qui font des signaux pour attirer l'attention dc^ récjuijiage : immédiatement il débarque et trouve Hans sur le rivage. Hans le leconnut aussitôt, ainsi que l'astronome
himsclf; translated from the eskimo languagc h\j D' Uennj Rink. I^ondres, 1878), Hans Ilondrik raronlc d'iino iiiuriirrc différonlc son avenliire unionreuso. « J'entretins Shangfau, ùcril-il, ptMidant (jii(>l([ue temps des produits de ma chasse et, après avoir passé plusieurs IiivfM's ('lie/, les indigènes, je songeai à prendre l'enune parmi eux, bien qu*ils ne fussent pas baptisés. Jr pensai d*aI)ord à une jeune tille dont les bonnes manières me plaisaient, mais raffaire ne réussit pas, son |»êrc ayant vouluque j'éj)0usasse sji so'ur, une veuve qui n*avait pas une tivs bonne réputation. Tlus tard je me tianç^ii à une jeune fille que je résolus de ne jamais abandonner et de conduire dans les établissements danois. Quelques anoccs apivs, ma femme fut baptisée et reçut la conununion. J'étais très heureux d avoir ramené une païenne dans les colonies danoises. » Celte femme doit être la belle Merkut dont je viens de parler. Bessels raconte, du moins, que la fenune de Hans portait ce nom. Les indigènes (Phitah dirent à ce voyageur que dans un village voisin habitait une autre femme de Hans avec deux enfants. Cette fenune était probablement la veuve dont il parle et à laquelle il a peut-être été marié: à ce sujet, Hans s'exprime en termes ambigus. Chez les indigkies établis au nord de la baie de Melville, les unions se dissolvent souvent par consentement mutuel.