‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 47 sur 111 · HANS HENDRIK · texte numérisé non relu

HANS HENDRIK

Sonntag, qui avait pris pjirt également à rexpédition de Kane. D'après la relation de Hayes, Hans paraît «avoir beaucoup souffert dans CCS parages. « Un séjour de six ans parmi les naturels de cette côte désolée l'avait abaissé au niveau de leur laideur répulsive. » Sa tente était assez grande pour abriter toute sa famille, qui comprenait, outre sa femme et son enfant, son beau-frère et sa bellemère, (c Yeux-tu nous accompagner? demandai-je à Hans, raconte Hayes. — Oui, me répondit-il. — Désires-tu venir avec ta femme et tes enfants? — Oui. — Veux-tu venir sans eux? — Oui*. » Hans, sa femme et son enfant accompagnèrent Hayes, tandis que sa belkvmère et son jeune beau-frère étaient, malgré leurs supplications*, laissés aux soins des autres indigènes; à bord du navire il n'y avait pas de place pour eux. Dans l'automne de 1861 Hayes débarqua Hans à Upernivik'. Pendant dix ans Hans mena ensuite une existence paisible. En août 1871 Hall lui proj)osade l'emmener à bord du Polaris avec sa femme et ses trois enfants. Ce nouveau voyage fut beaucoup plus périlleux que les autres. Le Polaris hiverna par 81°o6'; le 8 novembre 1871, Hall mourut. Le 12 août 1872, le navire abandonna le port d'hivernage pour faire roule au sud; ce jour-là, la femme de Hans mit au monde un (ils, qui fut appelé (Iharles Polaris. Jusqu'alors aucun être humain n'avait vu le jour à une latitude aussi septentrionale. Le 15 octobre, devant le cap Alexandre (détroit de Smith), le navire subit une forte pression des glaces; immédiatement des approvisionnements furent portés sur un glaçon; tout à coup ce champ se met en mouvement et entraîne vers le sud dix-neuf personnes, parmi lesquelles se trouvaient Hans et sa famille, sans que

\, J.-J. Hayes, La mer libre du Pôle, p. 05.

2. Hans Uendrik raconte celte entrevue en termes quelque peu difiÏMents. « Lorsque Hayes et Sonntag eurent débarqué, écnt-il, ils me témoignèrent le désir que je les accompagnasse, mais ils ne se souciaient guère que ma femme vînt avec moi. Je leur dis au contraire que je tenais à Temmener. « Il vaudrait mieux laisser ta femme ici, me ropon- « dirent-ils ; l'hiver prochain tu pourras revenir la chercher. — Je n*ai guère envie de (( rabandonner, répliquai-je : il pourrait arriver malheur soil h elle, soit h Tenfant. — « Très bien, me dirent-ils. — J 'emporterai en outi*e ma tente, et laisserai la seconde h (( mes autres parents. »

3. Hans Hendrik, en racontant ù Nordenskiôld qu'il était resté neuf hivers sur le cap York (voir p. 98), faisait sans doute entrer en ligne de compte le temps qu'il avait passé au nord de la baie de Melville avec les expéditions auxquelles il avait pris part. En réalité il a vécu dix ans dans ces parages.

r.ii i.A sKcoMiK ^;M•^:IMTlll^ ai; fitioNLASH.

I(*s autres inornliivs de l'i^xiiéililion qui ôtiiiciit à lionl du Polarit piisseiil leur porti'i' siTiiurs, Lu champ sur loquel se trouvaient les ttaufiiigés dôi-iva peiidiint tout l'hiver du 77" Ô5' de latituile nord iiu 55'r>5'; linalcnient, a|)ivs un séjour de six mois et demi sur la fîlarc, ces mallifHreux fuiiînt recueillis, le 50 avril 1873, par liî va- ]MMir amérieain Tùjress. Oe navire les transporta àTeri'c-Neuve, d'oii ils parltitnil [mur Washinifton. Les nanfrapés devaient leur salut à

lliins llfiitlrik Pti 18.M.

|ll'n|ir.'-' un i^iitriit •unK'mi riaii' l'oiivrui'i- t'Iini/i Knit KaNi-'i Arelif Erphralioiu. Itiiladflph., 1106.;

llmis Ilendrik et à rKskimn Joe; sans les ours, les renards et les [)hoi|nes «pie ees doux hommes réussirent à tuer, tous seraient morts de l'itim.

Après ce périlleux voyafre, Ilans Ilendrik reprit encon; une fois le chemin du détroit de Smith. Kii IS7.'i Nares, le (^hel de l'expédilion polaire an^']ats<\ alla relâcher à Pn'iven', où habitait Hans, pour le détei'uiiner à raccomjiafrner. Après un cmn't coneiliahule avec sa femme, Ilans accepta la proposition de Nines. Sa femme et s<;s enfants reslèrent au lo^ris pendant hi duive de l'exploration. « C'est nu chasseur très adroit el un excellenl eoiuhicteur de ehions », é^'rit Nai'es. l'Aleii. c<iminandé pur Naies, hiverna par 82' 2G' de lat. .\. dans le Floelierf>: lleach ; l'autre navire de la mission, la Dhco- I. lÀilonÎP silrwf mi sid il'l'iioiiïiïik.

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very, commandée par le capitaine Slephenson, par 81°45' de lat. N., dans le Discovery Harbour. Hans, qui était embarqué sur co dernier navire, prit part, au printemps de 1876, à l'exploralion de la baie de Lady Franklin, et accompagna plus lai-d le D' Coppinger dans sa reconnaissance du ijord de Pelermann et de la rive grôniandaise du bassin de Hall. Par son habileté comme chasseur el comme conducteur de chiens il contribua dans une large mesure au sauvetage de la caravane du lieutenant Beaumont, qui revint de la câte septentrionale du Grôniand décimée par le scorbut. Au reloiir de i'expé-

llans Hendrik en 18X3.

(Graiiuro nirciilrir .l'apn'S iiiii: pholoicraphiF pri!» |>ar H, Ki^lbUMni 'n 1883.)

dition anglaise, Hans Hendrik fut débarqué le 25 septembre 1876 ;i Godhavn.

Rensselacr Harbour, où Kane hiverna, est situé par 78" 58' de lat. N. De là, soit à pied, soit en traîneau, Hans a suivi la cdle jusqu'au cap York. D'autre part, il a accompagné Morton dans son excursion au cap Constitution (80°5-i' de lat. N.), d'où cet explorateur crut apercevoir la mer libre. Pendant les expéditions de Hall et do Narcs il a exécuté en outre dilTérents voyages; Hans Hendrik a donc parcouru presque toute la côLc du Grôntand au nord de la baie de Melville, entre le cap York (76° de lat. N.) et le Repulw! Harbour (82' 6' de lat. N.). Personne ne connaît donc mieux que lui ces parages, car les Ëskimos qui se trouvent dans cette région ne poussent jamais aussi loin vers le nonl.

Notre traversée jusqu'à Ujaragsugsuk fut assez longue. Nous avions

quitté Godhavn le 28 à cinq heures du soir, et le 29, à quatre heures du matin seulement, nous arrivâmes à destination, notre entrevue avec Hans Ilendrik nous ayant fait perdre un certain temps.

Ujaragsugsuk est un petit village eskimo où réside un mai*chand subalterne, un utliggare, comme on dit au Grônland. Ce marchand, de race mélisse, parlait assez mal le danois. Son habitation était, cela va sans dire, la plus belle maison du hameau; elle ressemblait à une barîiquc de paysan islandais; kcôté se trouvait un magasin construit dans le même style.

Autour étaient groupées quelques huiles d'Eskimos. A la fin de notre séjour, nous reconniimes qu'un de ces laudis était une église; une simple croix placée sur le toit la distinguait des autres huttes. Un catéchiste résidait à Ujaragsugsuk. 11 parlait le danois plus mal encore (|ue le marchand. Nous ne pûmes visiter l'église, l'indigène qui avait la garde de la clef étant alors absent, du moins autant que nous comprîmes les explications qui nous furent données. Le village était construit sur une pointe protégée contre le ressac par une ligne de gros blocs épars le long du rivage. Ujaragsugsuk signifierait en (»skimo « localité où se trouve une grande quantité de j>ierres 3>, à ce (jue nous dit un Islandais, employé de la Compagnie de commerce.

Au moment de l'arrivée de la Sofia devant Ujaragsugsuk, tous les habitants étaient profondément endormis, et personne ne bougea lorsquiî l(î capitaine (il vibrer le sifflet. Le fângstbàt fut mis à la mer, les jM'ovisions embarquées; ])uis, après un chaleureux adieu que nous adressa Nord(înskiôld, nous nous dirigeâmes vers la c^te, pendant (jue la Sofia virait pour fiiire route vers Egedesminde. Entre-temps, les gens d'Ujaragsugsuk s'étaient éveillés, et lorsque nous abordâmes, le marchand vint à notre rencontre nous souhaiter la bienvenue.

Immédiatement nous débarquâmes les bagages et installâmes le campement sur la rive gazonnée d'un ruisseau qui débouche au nord-ou(îSt du village. Nous avions une tente militaire, sans traverses s'appuyant sur le piquet central. Une tente de ce modèle n'est point pratique dans une région exposée à tous les vents comme bîs rives du Waigat, où les bourrasques subites sont fréquentes et

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OÙ les inégalités du sol empêchent de tendre la toile également de tous côtés. Notre abri nous causa mille soucis. Bien meilleures sont les tentes dites d'officiers; les traverses qui s'appuient sur le piquet central donnent à la toile une grande résistance contre le vent et ont l'avantage de servir de portemanteaux pour faire sécher les vêtements. Pendant mes deux campagnes au Spitzberg j'avais une tente de ce modèle; Nordenskiôld en emporta également une dans son exploration sur Vinlandsis. Une fois les bagages à terre, il fallut les mettre à l'abri des chiens affamés qui rôdaient dans Ujaragsugsuk, comme dans tous les villages du Gronland septentrional. Dès que nous débarquâmes, ces chiens se jetèrent furieux sur nous, mais ils n'étaient pas aussi dangereux qu'ils le paraissaient, et pour les mettre en fuite il suffisait de faire mine; de ramasser une pierre. Souvent, lorsqu'ils se battaient, ils recevaient une grêle de ces projectiles, puis le marchand sautait au milieu des combattants, en distribuant à droite et à gauche des volées de coups de fouet. Ces chiens ressemblent tout h la fois au loup et à l'hyène; la nuit, ils font grand bruit. Pour tenir fraîche notre provision de bière, nous Tavions placée, avec des boîtes de conserves, dans un trou que nous avions recouvertde blocs de glace. Les chiens n'ayant pas touché à notre magasin pendant quelques jours, nous crûmes pouvoir y déposer le beurre, que la chaleur gâtait dans la tente. Dès la première nuit qu'il fut là, ces animaux le découvrirent, et si Hamberg n'avait été réveillé par le bruit que faisaient les chiens en déplaçant les blocs, et n'était accouru immédiatement les chasser, c'en était fait de notre beurre. Le lendemain ils s'attaquèrent à nos boîtes de conserves, mais sans succès. Cette tentative d'effraction ne fut pas sans dommage pour eux, comme l'indiquaient les traces de sang éparses sur le sol; ils avaient également roulé par terre une bouteille de bière, sans toutefois la casser. Par contre, ces affamés réussirent a s'emparer de trois eiders que nous avions cachés sous un oumiak retourné la quille en l'air et placé à une certaine hauteur au-dessus du sol. Jamais nous n'avons pu nous expliquer comment ils avaient pu atteindre ces oiseaux. Durant nos absences, les chiens n'osèrent jamais pénétrer dans la tente, dont la porte était simplement fermée par des courroies : ils craignaient sans doute que quelqu'un de nous ne s'y trouvât.

L<i phnjriî n'élant pas prologéts il était nécessaire apivs chaque excursion de haler à tern» le fân^/sthât. La manœuvre était assez péniMe, surtout à basse mer, alors qu'il fallait le traîner sur une bonne longueur. Les indigènes nous aidaient dans ce travail, et pour les récompens(»r d(» huir bonne volonté, nous leur donnions du tabac et ([uelques petits verres. Ils étaient fort satisfaits de ces gratifications, du moins le soin avec l(M|uel ils surveillaient nos allées et venues pour être toujours pi'êls à v(;nir à notre secours me le fait supposer.

Le joni' de» notn» arrivén; à Ujaragsugsuk, nous fîmes simplement aux (»nvirons des reconnaissanc(»s. Dans cette région les terrains sédimentaires ont une puissance d(î 500 mètres environ ; au-dessus s'étendent les basaltes, qui, en certains points, atteignent de grandes altitudes. L'Igdlorsuausak, situé au sud dTJjaragsugsuk, dépasse 700 mètres (d'aj)rès StecMistruj) et Hammer), et au noixl-ouest un pic sVlèv(» à 1316 mètres. Par un temps clair, les sommets de ces montagnes offi'ent un magniC(|ue panorama sur le Waigat, la presqu'île de Xugsuak (»l le continent, où apparaissaient plusieurs lambeaux do Vinlandsis. Lorsque? la mer était calme et que le glacier (1(» Torsukatak avait récemment vêlé, le Waigat était pi*esque entièrement r(^m|>li iVkbergs. Trempant dans une lu*lle eau bleue, et éclairées par un vif soleil, ces montagn(»s de glace formaient le plus magnifique spectacle qui» Ton ])rtt rêver. Au delà ih ces glaçons rciyonnants de lumièn^ apparaissaient l(»s montagnes neigeuses de la presqu'île de Nugsuak, et au milieu de ce paysage extrîiordinaire s'ébattaient souvent d(?s troupes de baleines. Plusieurs isbergs de dimensions colossales restèrent échoués près d'Ujaragsugsuk jx^ndant tout notice séjour dans ces parages. Lorsqu\îii j)renant h» large je gouvernais pour nous approcher de ces énormes montagnes de glace, les Eskimos manif(»stai(Mit la j)lus vive» crainte; tout de suite leur entrain tombait, (»t ils ramaient vigoureusement pour s'éloigner de l'isberg. Le plaisir causé par la vue de» ce beau paysage était gâté par les souffrances que nous iniligeaient les moustiques. Dans ce bas mond(? le bonheur nVst jamais parfait! Dès le premier jour, l'emploi (h; la moustiquaire et d(^s gants fut nécessaire pour nous proléger contre c(»s insect(^s, et lorsque le soIcmI était vif, œs diptères devenaieni insupportables. Les moustiques me gênaient peu, et leui*s

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