‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 66 sur 111 · LA SOFIA SORT DU TASIUSARSOAK · texte numérisé non relu

LA SOFIA SORT DU TASIUSARSOAK

(les tourbillons qu'y déterminent les mouvements de la marée. Pour arriver dans le chenal juste à ce moment, je fis lever Tancre a sept heures du soir. Bientôt nous fûmes au milieu de la glace; en marchant à vitesse réduite, je réussis à me fi'ayer un passage à travers les petits glaçons entassés entre les isbergs; mais plus loin la ban- (juise était si compacte que Ton dut donner toute la force de la machine pour pouvoir avancer. Pas la moindre ouverture n'était visible. Je marchai néanmoins en avant, espérant que la glace serait moins épaisse dans le voisinage de la passe. La Sofia put encore avancer, puis finalement dut s'arrêter à peu de distance du chenal. Dans cette position, je redouUus que des pressions ne se lissent sentir lorsque le flot serait dans toute sa force. 11 était donc nécessaire de continuer en avant. Nous réussîmes à nous frayer un passage, en faisant tantôt machine en avant, tantôt machine en arrière, et en repoussant les glaçons avec des leviers. Les petits glaçons étaient maintenant moins compacts; mais, par suite de l'arrêt que nous avions dû faire, nous arrivâmes trop tnitl pour profiter de l'étalé. L'eau se précipitait déjà avec une vitesse énorme dans le Tasiusarsoak, entraînant vers nous de gros isbergs et des champs de glace. Tout d'abord je i)us m'en garer, mais la glace tourne autour de nous en masses de plus en plus épaisses. Tout à coup un large champ nous barre la roule. La Sopaj bien que marchant à toute vapeur, ne pouvait le disloquer et le traverser. Cette masse de glace poussant le bâtiment vers la côte, je dus marcher tantôt en arrière, tantôt en avant, pour me garer à la fois delà terre et des glaces. Bientôt un gros isberg donne en tourbillonnant contre le champ, qui nous barre la route. En un clin d'œil risberg pousse cet amas de glace devant lui, en débarrasse notre route, et l'entraîne dans le courant. La Sofia y maintenant dégagée, se fraye facilement un passage à travers les blocs que le flot entraîne. Bientôt les glaces deviennent moins épaisses, et à une heure de l'apres-midi nous arrivons dans des eaux libres, où le courant avait une allure plus régulière, voyant disparaître avec joie le Tasiusarsoak. Désormais le navire ne trouva plus que quel- ({ues glaçons isolés. »

Aucun autre incident ne signala la navigation de la Sofia jus-

qu'au Waigal. Lo 13 elle arriva à Kangailsiak, où elle débarqua M. Ilôrring et sa suite. Dans ee mouillage, le navire fui soigneusement examine. Sa coque était simplement bossuéc en quelques endroits, et une branche de rhélice légèrement endommagée. Tout Técjuipage, notamment les Eskimos qui étaient à boixl, gaitleni longtemps le souvenir de cette périlleuse navigation dans le Tasîusarsoak. Je ne suis pas éloigné de croire que le récit de cette aventure se transmettra de bouche en bouche parmi les indigènes des environs; j)eut-étre même un article d«î VÀtuagayliuiit fera-l-il connaître cet événement aux habitants des autres parties du Grônland; peut-être un jour Timagination populaire transformera-t-elle ce récit en une légende (jue Ton racontera comme le naufrage de ïoumiak survenu dans ces mêmes tourbillons.

A (iodhavn, où bi Sofia mouilbi pour prendre à bord Hans Heiidrik, se trouvait alors l'expédition américaine, commandée par le lieutenant Garlington, envoyée au secours de Greely. Elle étîiil embarquée sur le baleinier à vaj)eur Proteus^ capitaine Reclide Pike, qui escortait la corvette IW/iéic, . commandée par Frank Wildes. Le 25 juillet, le Proteus, pressé par les glaces, coula dans le détroit de Smith; l'expédition ne put, par suite, atteindre le but qui lui avait été assigné.

Le 15 juillet, la Sofia airiva à Atanekeidluk, où le D' Nathorsl prit le commandement de rex|KMlition. I^e chapitre préxîédent contient la relation du voyage au cap York et les études paléontologiques poursuivies pai' ce naturaliste.

La Sofia était n;veiiue a Egedesminde chargée d(î riches collections de la région (jue le D*" Nathorst et ses compagnons avaient visitée. L'équipagci était en parfaite santé et le navire en hon étîit; dans sa croisière il avait simplement |)ei'du une ancre avec une chaîne de quarante bipasses et reçu (juelques chocs sur li^ bordé en fer. Des difficultés inattendues avaient empoché l'expédition d'atteindre les blocs de fer de Sovalik^ mais cet insuccès était largement compensé par les collections ({u'elle rapportait des rives du Waigat.

1. Dans la relatiun du voyage M. Nordeiiskiohl (krit Uintôt Suvulik, luotôt Sowallik. (S, du irad.)

RELACHE A ECEDESMINDE. 321

D'après les nouvelles que l'on me donna à mon arrivée à Egcdesminde sur l'état des glaces, In navigation dans la linie de finflln avait été, cette année, heaucoup plus didicile (|ue je ne l'avais pensé lorsque je rédigeai le plan de voyage. Aussi étais-je très inquiet du sort de la Sofia. Généralement la traversée de celle baie est assez facile; mais cet été, outre la Sofia, un seul navire, le Proteus, put pousser jusqu'au cap York. Uans ces parages, ce bâtiment, qui était

L'i!'j(lïs(! (l'EgeJcsiiiindp.

(Gnturï eircuiée il'piiri't une |>licilo^a|>hie yrifc jiar H. KjsIlsirBni.)

très solide, fut brisé par les pressions des glaces, et à grand'peine l'équipage parvint à se sauver. D'autre part, à bord de la Sofia on avait été préoccupé de l'issue de l'expédition partie sur l'inlandsis. Notre relàcbe de quelques heures à Egedesmindc fut employée à embarquer les bagages de ma caravane et à nous procurer une nouvelle ancre en remplacement de celle abandonnée à Nugsuak. Pendant ces préparatifs, les explorateurs du cap York et ceux de Vinlandsis se souhaitèrent mutuellement la bienvenue dans une petite fête Intime; puis nous donnâmes h bord un dîner pour prendre congé de nos aimables hôtes. A son arrivée à Egedesminde, la Sofia était prête à prendre la mer, et le même jour, à cinq heures du soir, elle leva l'ancre à destination d'ivigtut. Gomme je l'ai déjà

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dil, des aj)[)rovisi()niieiueiils de charhon cl do vivres deslinés au ravilailhîineiil de Texpédilion avaient été dé|H)sés dans ee port, el c'est là (|ue nous devions lairi; nos derniers [»réparalifs pour la croisière que nous voulions enlreprendre sur la cole orientale du Grônland.

Les frlaces (ishergs et dri/is) et les brunies retardèrent notre marche ; le lîl aoùl seulenieni, soixante-dix heures a|uvs avoir quitté E^edesminde, la Sofia mouilla à Ivi^tut. Trois autres navires éUiiènt ancrés dans ce junt : le Fox, navire célMue depuis le voyafire de Mac Clintock, de 1857 à ISM), et deux voiliiîrs danois destinés au transport de la cryolithe. Lu de ces dcîrniers, (|ui avait éprouvé au printemps de sérieuses avaries au milieu d«»s dri/iSy était maintenant en réparation. Postérieurement à ISÔÎ), le Fox. sous le commandement de sir Allen Young, avait fait uni^ campa^^ne hydrofji^raphique dans rAtlanti(|ue nord |K)ur reconnaître la possibilité d'établir un cable sous-marin entre les Fiiro, l'Islande el le Grônland*. (]c navire, qui appartient maintenant à la com|)a^nie minière, entretient des communications entrer le Danemark et Ivigtut.

A Ivigtut nous ne n»stames que le temps nécessaire à embarquer différents approvisionnements. Nous prîmes au dépôt établi h notre intention autant de charbon (jue le navire put en contenir. Pour avoir de la place à bord, j'emban|uai sur un navire de la compagnie la partie d(i notre équipement dont nous n'avions plus besoin, el la plu[)arl de nos collections, auxcjuelles s'ajoutèrent plusieurs magniliques exemplaires des curieuses roches d'iviglul, dont nous fil présent Tobligeant directeur de Texploitation, M. Ilaureberg.

En quittant Ivigtut, la Sofia contenait une provision de charbon suffisante pour alimenter les fourneaux pendant onze jours ; par un beau temps, cette quantité de combustible nous permettrait de parcourir une disUmce de 2000 milles. Les soûles renfermaient, en outre, des vivres pour douze mois. Pendant noire relâche à Ivigtul, des sondages et <les dragages furent exécutés dans le profond fjord qui s'étend devant la colonie; en même temps, des recherches géologiques, zoologiques et botaniques étaient poursui-

1. Une relation pillorcsqnc de ce voyagr a élé publiée à Copenhague en 1861, par M. Th. Zeilau, sous le titre de Fox-Erpedilionen i Aarel I8()0.

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vies à lorre dans difréreiiles direclioiis. Nous visilnriies nolamineul une vallée voisine, baptisée du nom de Gromie<lal\ prohahltiinenl à cause de la belle véjjélalion (|ui s'y épanouil, et rArsukfjord, où débouche une branche de Vinlamhis. M. Kollhoff i'a|>poiia du (ironnedal plusieurs papillons ran^s et différents aulres insecles. Parmi les plantes (jui furent recueillies au cours <le ces excursions, je citerai le Linnxa horealh, trèsabondanf dans les taillis de saules touffus voisins de la colonie. Jusque-là li» Linnxa borealh n'avait pas élé signalé au Grônland ; depuis, l'expédition danoise de la Fylla Ta trouvé même jusqu'au G?' degré de latitude nord. Les botanistes étudièrent, en outre, des plantes moins belles, mais très intéressantes; c'étaient des herbes vulgaires (jui, a[q)ortées d'Europe, soit avec des semences, soil avec le lest des navires, s'étaient rapidement développées. Je reproduis ici la liste de ces ])lantes, (jue m'a communiquée le 1)' Berlin, pensant qu'elle offre de l'intérêt pour l'étude de la dispersion des végétaux.

Herbes vulgaires observées à Ivigtut :

Chelidonium niajus L.

Brassica Napus !..

Sinapi» arvenm L.

Cochlearia officinalis L.

Thldspi arvense L.

Capsella bursa pastoris (L.), Med.

Spergiila arvensis L.

Erodium cicutarium (L.\, L'Her.

Medicago lupulina L. .

Trlfolium repens L.

Ervum hirsutum L.

Rubus idœus L.

Galium Aparine L.

Senecio vulgaris L.

Anthémis arvensis L.

Matricaria inodora L.

Arlemisia vulgaris L.

Lappa tomentosa (Mill.), L^m.

Cirsium arvense (L.), Scop.

Centaurea Jacea L.

Sonchus oleraceus L.

Lycopsis arvensis L.

Verbascum Thapsus L.

Lamium purpureum L.

)) amplexicaulc L.

Plantago major L.

Chenopodium album L.

Rumex domesticus Un.

Polygonum Convolvulus L.

)) lapathifolium Ait,

Vrtica urens L.

Cannabis saliva L.'.

Le 23 août, de bon matin, la Sofia quitta Ivigtut, se dirigeant à

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