La Vallée Verte. (N. du trad
3. De ces trente-deux espèces, trois seulement avaient été signalées auparavant au Grônland : le Capiella, le Rumex et VUrtica,
oU LA SECONDE EXPÉDITION AU GRÔNLAND.
travers le skàrgârd vers Julianehaab, où elle arriva le même jour dans la soirée. En roule nous croisâmes le Hvalfisky brick de la Compagnie de commerce, sur lequel j'avais fait mon premier voyage au Gronland, en 1870. De Copenhague à Godhavn, la traversée à bord de ce bâtiment ne dura pas moins de huit semaines. Cette année-ci, ce navire avait été ])res de (juatre mois en route entre le Danemark et le Grônland. Le Hcalfiak n'est donc pas un bon marcheur, mais il date de [)rès d'un sic^cle. Du temps de Nelson, c'est-à-dire vers 1800, il avait été armé en course par la Compagnie de commerce; et à cette épo^iue c'était déjà un vieux bâtiment. Le long service de ce brick dans les mers du Grônland [)rouve non seulement rhabileté des capitaines et des équipages qui Font monté, mais encore que ces j)arages ne sont pas aussi dangereux (jue beaucoup de j)ersonnes le croient.
Je m'arrêtai à Julianehaab j»our me procurer de la viande fraîche et un interprète. Lors de notre première relâche dans cette colonie, le directeur, M. Cari LiUzen, m'avait promis de me livrer au retour jdusieurs bœufs (»t d'engager un indigène qui nous suivrait sur la côte orientale en qualité d'interprète. Malheureusement le catéchiste que M. Lùtzen avait en vue fut empiHîhé de nous accompagner. Le directeur eut l'obligeance de venir dans un canot au-devant de la Sofia pour nous piloter dans le port au milieu de l'obscurité. Dès (|u'il fut arrivé à boni, il m'informa de rinsuccès de ses négociations et mit à notre disposition tout ce dont nous pouvions avoir besoin, soit en vivres, soit en charbon. J'acceptai sa proposition de prendre du charbon pour remplacer celui que nous avions brûlé en venant d'ivigtut et celui que nous devions consumer pendant une excursion (jue nous projetions dans le fjord d'igîiliko. Au fond de ce fjord seraient situées, de l'avis de beaucoup de savants, les ruines de Brattahlid, le (jârd^ d'Éric le Rouge.
Le 24 août, de bon matin, la Sofia se dirigea vers le fond du fjord, emmenant à son bord plusieurs habitants de la colonie et quelques indigènes qui devaient servir de pilotes. Plusieurs heures après, elle arriva, par un temps magnifique, à Igaliko, localité qui a donné son nom à tout le Ijord.
i . ilahitation. (iV. du trad.)
\r,Kl KO. 511,
La baie est entourée de pelouses vei'dojanlesqiii, aux yeiix ries indigènes, sont trijs étendues. Au milieu de ces prairies apparaissent do nomlireuses fondations en pierres, provenant d'ancien nés habitations.
Ruines nordiques sur hs bord» ilu Ijcird cl'îgaliko.
(Grature «éciiiOc d'ai)!^^ une ]iliulogra|>ltiG ]>riae |wr SI. Kjnllili'fiin.l
Lenomd'igalikoesl du reste signiiîcatif, il peut se traduire soit par les mois « cuisson delà nourriture», soit par « endroit où l'on cuit' ».
1. D'aprùs Riuk. Ci-anz donne ii celle looalilL' le nom d'Ig.ilak ■ petite rtinéire ». Tliorhallesen l'appelle au contraire Iggalik. Peiit-étiv ce nom a-l-il élu Miodifié av^e lu teinp». Le mot Igalak indi<]uerail c|ue dans eetto localiti' «e tivuve un portable bas et élroit, enloinv de hautes montagnes, raisani commun iquei' le fjord de Tunugdliurfik avec celui qui se trouTe au nord.
326 LA SECONDK KXPÉniTION Alî (;nuNLAM).
Los ruines situées sur les bords de ce Ijord, les plus considérables du Grônlan<l, sont beaucoup moins import<nntes que je ne l'avais supposé. A en juger par le mur de soubassement, le prétendu* gârd d'Éric le Rouge aurait été plus petit que la maison d'un pauvre fermier suédois. Je ne ferai pas une description détaillée de ces ruines; hs personnes qui s'intéressent à ce sujet pourront consulter les Grônlands Imloruke Mindesinxrker (vol. III, p. 810), les Meddelelser om Grôntand (vol. VI, p. 111) et les vues reproduites ici. Mais je crois utile de résumer les recherches archéologiques les plus importantes qui ont été faites sur ces ruines, et de présenter quelques crili<jues sur les conclusions douteuses auxquelles elles ont donné lieu.
Hans Egede atlira, le premier, l'attention' sur les ruines d'habitations des anciens colons Scandinaves, que Ton trouve en différents points de la cùte occi<lentale du (ironland, notamment à l'extrémité supérieure des grands fjords qui dcVoupent le littoral sud-ouest. Son journal contient, à la <late du 20 octobre 1722, le passage suivant'' :
.lus(|u'ici nous n'avions pas entendu parler de rexislence, dans les environs, de ruines d'habitations des Scandinaves établis ja<lis dans ce pays. Le '2i, trois jeunes Grônlandais du voisinage vinrent nous ti*ouver; le mauvais temps les ayant obligés de passer la nuit ici, ils nous racontèrent, entre autres choses, (\ui\ trois jours de là, à Test, sur les bords du Baals- Uevier, se trouvaient les ruines d'une grande maison en pierres qui, au dire de leurs pères, aurait été construite au temps jadis par les Kablunak (sous ce nom les indigentes désignent les Danois et les étrangers). Les honunes (|ui avaient élevé ces constructions étaient morts depuis longtemps, et il nVxistait plus (|ue les cMuplaceuients de lem*s habitations et ([uehpies hutles en terre éboulées. La saison était tro|v avancée pour (pie je pusse contrôler la véracité de ce renseigneuïcnt.
1. IMds loin je iiioiih'cnil (fur crllr idriililicaiioii n>|H)S(' sur des doiini^^s de |)0U do Vidoiir.
t2. Le travail de (llirisliaii l.iiiid intilul/' Clirislian Lunds Jndbe^'eining iil Kong Fridcrich denT}-. djc af^H Marlii IHCii, rclalifau voyage dr David Dauell au Grônland en 1652 et 1055. inciiliuriiie, v\\ passant, les ruines irhabilatiuns normandes. \ o\v lohn Erichsen, Vdlog afClir. Lundx Indbcrctnimj, (]o|M'nliajfU(\ 1787, p. iO.
5. Omsta'ndelig og udforlig Relation angaaetidc den Grônlandske Mi$sioni BegyndeUe, etc., af llans Ej^ede, (]o|HMiha<<[U(% 1758,1». (»8.
hc 18 avi'il '1723, jimir la [in^muTe fois, Kppilo vil des ruines nordiques dans l'Amci'aliktjoitl ; plus lard, nu i-ours de ses nombreux voyaj;es, il en visiU) beauroup d'aulres. l*arlout les Eskimos lui afiirmèrent que ees iiiines étaienl les vesliges des habitations des Kabhnak, el (|iie ni eux ni leurs pî-res no les avaient jamais
Kuinc DiM>liqu<- sue iiiti' Jli' du (joiil il'Igaliku.
vues oi^cupées. Les indigènes lui lircnt remarquer en outre que des pelouses bien fournies s'étendaient autour des ruines. Kgede en conclut que les emplacements de ces abris avaient été choisis à dessein pour que les habitants pussent se livrer à l'agriculture et à l'élevage du bét;)il. 11 élail persuadé que les premiers occupants avaient vfeule l'élevage du bétail, el il n'a pas réfléchi que la belle venue des pàluruges dans le voisinage des maisons pouvait pi-ovenir de ta fumure du sol par les dé(^hets d'animaux el de poissons i-ejetés hors des babitations. Primilivemenl, les fïronlandais se servaient du nom de Kablnmtk comme d'une expression collective pour désigner
les étrangers ; ils remployaient dans le sens donné à « Barbares » par les Cirées et les Romains, à t< Francs » par les Orientaux, et à ce Fan-k>vei )> par les Chinois. Si le vocable Kablunak dérive du mot Kablunarpok, ce nom n'est guère flatteur pour des étrangers.
Après Ege<le, des voyageurs envoyés par le gouvernement danois ou par les sociétés savantes du Danemark, de nombreux fonctionnaires de la Compagnie de commerce et presque tous les explorateurs qui ont visité le Grôniand ont étudié les ruines des habitations nordiques. On est ainsi redevable de travaux plus ou moins importants sur ce sujet à : Peder Olsen Wallôe, E. Thorhallesen, A. Olsen, A. Arctander, A. Bruhn ej. au D*" C. Pingel. Peder Olsen Wallôe* parcourut, de 1751 à 1755, le district de Julianehaab; Thorhallesen et Olsen découvrirent les ruines du district de Godthaab et des environs de Julianehaah' ; de 1777 à 1779, Arctander et Bruhn visitèrent onze des Qords de la côte du sud-ouest, les plus riches en ruines". En 18!28 et 1829 Pingel fut chargé par le gouvernement danois de faire des rechei*ches archéologiques dans le Grôniand sud-occidental*. Un compte rendu détaillé de tous ces travaux est contenu dans deux rapports extraits de la troisième partie des Grônlands historiske Mindesmœrker. Ils portent les titres de Àntiquarhk Chorographie af Grônlandy en kortfatlet Udsigt over de der hidtil forefundne Mindesm^rker om de garnie hlxndere og Nord-
1. Samkren, vol. [, Copenhague, 1787, h** 7 et suivants (d'après les Grônlamls hiiloriske Mindesmœrker) ,
2. Eftetrclning om Rudera eller Levninger afde (jamic Nordnuvndsog lilœnderes Byggninger pan Gronlands Vester-Side. Ce travail, paru à Copenhague en 1776, fut réimprimé dans les Samlinger iil Kundskab om Grôniand de Niels Christian Osl, Copenhague,
5. Un exti"ait du journal d'Aretander a été puhlié par von Eggers dans le Samleren^ vol. VI, p. 1105 à 1242. Arctander fut envoyé au Grôniand pour reconnaître les localités où des travaux d'agriculture et l'élevage du bétail pouvaient être entrepris avec succès. Il pensa accomplir plus sûrement sa mission en cherchant l'emplacement des anciennes habitations des Normands.
4. Nordisk Tidsskrifl for Oldkyndighety 1, 1832, p. 94 à 108. Dans plusieurs des fascicules suivants de ce recueil et dans les Annaler for nordisk Oldkyndighed, le D' Pingel a publié, en outre, un travail intitulé Antiquariske Eflenetninger fra Grôniand, Ce trayail est en quelque sorte un rapport annuel sur les recherches entreprises de 1830 à 1841 par les missionnaires et par les employés de la compagnie, écrit à la demande de la Nordûke Oldikriflselskab.