RELATIONS DES NORMANDS AVEC LES ESKIMOS DU GRÔNLAND
avec des intestins de baleine. Plus tard les deux sœurs, n'ayant pas obtenu la permission de suivre Bjôrn Bonde en Islande, se précipitèrent dans la mer du haut d'un rocher. Dans cette historictle, plusieurs traits du caractère des Eskimos, notamment Tamour de la jeune fille pour l'enfant, sont très exactement indiqués : par suite on ne peut douter que l'anecdote n'ait un fond de vérité. Cette saga prouve que les Islandais comprenaient la langue des Eskimos; les deux populations. avaient donc parfois tout au moins des rapports amicaux.
Une suite manuscrite de la chronique islandaise Hungur" vaka, écrite par l'Islandais Jon Egilson, contient le passage suivant, relatif au naufrage de Bjôrn Thorleifson et de sa femme Olôf Loptsdotter, survenu sur la côte du Grônland au milieu du quinzième siècle.
Ils entreprirent souvent des voyages sur mer ; une fois, ayant perdu leur route, ils firent naufrage sur les cotes du Grônland. Tout Téquipage fut noyé, à rexception de Bjôrn Thorleifson et d Olôf Loptsdotter. Ces survivants rencontrèrent deux indigènes, un homme et une femme. Olof noua trois aunes d'étoffe sur la tète de cette dernière et deux de drap sur la tète du premier. Ces indigènes placèrent les naufragés dans de grands paniers qu'ils portaient sur leurs épaules ; Thomme se chargea de Bjôrn, et la femme d'Olôf ; ils les conduisirent ainsi h Gardar, qui avait été autrefois le siège d'un évêché. Après avoir passé là l'hiver, les naufragés revinrent en Islande l'année suivante*.
Suivant toute vraisemblance ce récit signifie que les naufragés furent sauvés par les Eskimos et conduits par eux à Gardar.
Les documents reproduits plus haut sont les principaux que contiennent les sagas islandaises sur les relations des Scandinaves avec les Eskimos au Grônland. Ils indiquent bien que plusieurs fois des luttes ont éclate entre les deux populations, mais je ne comprends pas comment on a pu conclure de ces récits qu'il y ait eu entre elles une guerre d'extermination. Dans sa description du Grônland, Ivar Baardsôn dit, il est vrai, avoir été envoyé dans ce pays pour chasser du Vesterbyfjd les indigènes qui l'occupaient alors entièrement. A
i. Grônland» historiskc Mindesnuerket\ HI, p. 468.
son arrivée au fîronland, ii n'y trouva Ame qui vive; il n'y rcnconirn que (les vaehes et des moulons devenus sauvages. Quand on connaîl le caractère des Eskimos, il est permis de douter qu'ils aient attaque et massacré les Scandinaves (ce que ne dit pas, du reste, Ivar Baardsôn), et Ton peut être certain que, si cet événement s'était produit, ils n'auraient pas laissé en vie un seul animal domestique. Si cette partie de la relation de Baardsm est exacte, ce qui n'est pas probable, la présence de ces animaux abandonnés dans le Vesterbygd indiquerait, à mon avis, (|ue les Normands auraient succombé à quelque épidémie ou qu'ils seraient partis pour une expédition au Vinland dont ils ne seraient pas revenus. Il est plus vraisemblable de penser que, lors de l'arrivée de Baardsôn, les Scandinaves avaient abandonné avec toute leur famille leurs huttes d'hiver pour aller chasser et pécher sur les bords des fjords dans l'intérieur du pays, comme les indigènes ont encore aujourd'hui coutume de le faire. Dans ce cas il a pu arriver que Baardsôn ait pris à distance pour des moutons et autres animaux domestiques les chiens laissés dans les habitations.
Il n'existe aucune preuve que la population Scandinave de VOster^ byfjdii'ii été détruite par les Eskimos, ainsi qu'on le dit. Nous savons aujourd'hui par expérience que des Européens se fusionnent î'apidement avec des races inférieures comme les Eskimos, et après quelques générations leurs descendants adoptent complètement leur langue et leur genre de vie; nous savons, d'autre part, qu'un grand nombre d'indigènes de la côte orientale ont un type scandin.nve très accusé. Je pense, par suite, que les Normands se sont complètement fondus avec les Eskimos, peu de temps après que les relations eurent cessé entre le (îrônland et la mère patrie. Cette supposition est confirmée par le document reproduit ci-après, qui est un exti*ait fait par Finn Magnusen d'un manuscrit latin écrit en Islande dans la première moitié du dix-septième siècle par l'évéque (lissle Oddsôn de Skalholt, sur des documents détruits dans un incendie (1050).
En 15i*2 les habitants du Grônland abandonnèrent le christianisme et, oubliant tout sonliiiient d'honneur, adoptèrent la religion des peuples