RELATIONS DES NORMANDS AVEC LES ESKIMOS DU GRÔNLAND
Les échanges terminés, les deux parties se quittèrent en bons termes. Mais, pour se mettre à l'abri d'une surprise, Thorlinn fit élever une barrière autour de son habitation. Au commencement de rhiver les indigènes revinrent en beaucouj) plus grand nombre et continuèrent à commercer paisiblement avec les Scandinaves jusqu'au jour où l'un d'eux fut tué par un domestique de Thorfinn. Un combat s'engagea alors, et de nombreux Skràllng furent tués'.
Les premières relations que les Normands eurent avec les Eskimos duGrônland datent à peu près de la même époque. En 998, sur l'invitation d'Eric le Rouge, un des hommes les plus puissants de l'Islande, Thorgils Orrabeinsfostri, alla s'établir au Grônland*. La tempête et les vents contraires ayant poussé son navire le long de la côte orientale très loin vers le nord, il dut hiverner dans cette région. Après avoir couru de grands dangers et jierdu la plus grande partie de son équipage, il n'arriva (|u'en 1002 à TEriksfjord. Pendant ce voyage il rencontra à différentes reprises des indigènes et eut avec eux des relations qui n'étaient rien moins qu'amicales. Chaque fois que les Normands trouvaient des Eskimos, ils les massacraient impitoyablement, comme à plaisir, semble-t-il. A en juger par les récits des sagas, les Scandinaves en Islande et au Grônland faisaient souvent preuve de plus de braverie que de véritable courage, et dans maintes circonstances les vikings, réputés si courageux, ont montré une grande poltronnerie. Un jour, par exemple, les gens de Thorfinn Karlsefne faillirent se trouver mal en entendant le bruit produit par le battement des vessies attachées aux harpons des indigènes contre les tiges de ces armes. Un matin Thorgils rencontra pour la première fois des Skràling autour d'un énorme cétacé échoué au-dessus d'un trou béant dans la glace. Il y avait là deux femmes occupées à recueillir de la viande de l'animal. Thorgils courut sur elles l'épée haute, et, frappant l'une au moment oii elle élevait son fardeau, lui coupa la main. La charge tomba, mais la
\ . Je i*aiMmlo cos^ événoincnl«< d'.ipns lo» sajças d'Éric h Roiigo ot de ThorHon Karlsefne, écrites on grande partie en Islande et an Griinland pendant \v donzième siècle, et qne des inannscriis islandais ont sauvées de l'oubli.
2. Le voyage de Thorgils forme un épisode de lu biographie de ce viking, contenue dan la Floamannasagaj ctnn|M>sée antérieurement à \2\o {Grônlands hiêlorishc Mindeimœrker H, p. 1 à 2-21).
femme réussit à se snuver. Cette rencontre des Normands avec les Eskimos du Grônland, la première en date que nous connaissions, remonte à Tan mille. Plusieurs fois en suivant la côte nord-est du Grônland vers le sud, Thorgils s'est trouvé, semble-t-il, en présence d'Eskimos; la saga, tout au moins, rapporte que deux femmes ramenèrent aux naufragés leur unique canot, qui avait été entraîné par la mer. Après ce malheur, le courage éprouvé de Thorgils avait commencé à faiblir.
Les sagas ne contiennent pas d'autres renseignements intéressants sur les indigènes du Grônland; mais dans les annales islandaises composées au moyen âge on trouve le récit d'une attîique dirigée en 1579 par les Eskimos contre les Scandinaves. Dans cette lutte ceux-ci perdiient dix-huit hommes, et deux de leurs enfants furent faits prisonniers et emmenés en esclavage.
Un des fragments de la relation des voyages de Bjôrn Einarson parvenus jusqu'à nous rapporte qu'en 1585 ce personnage fut jeté par la tempête avec sa femme et ses enfants sur la côte du Grônland. 11 revenait alors de son troisième voyage, au cours duquel il avait visité la Terre-Sainte. Comme il souffrait de la faim, Bjôrn débarqua pour chercher à capturer quelque animal. Trouvant un ours luttant avec un morse — lorsqu'ils se rencontrent, ces deux animaux se combattent toujours jusqu'à la dernière extrémité, — il réussit à s'emparer de tous les deux. Les colons Scandinaves confièrent à Bjôrn la souveraineté de l'Eriksfjord pendant le temps qu'il habita cette région. Au printemps, les habitants lui offrirent un tribut de cent trente poitrines de moutons(probablement de rennes). Plus tard il eut la chance de trouver échouée une énorme baleine qui avait été blessée par un harpon appartenant à l'Islandais Olof Isfiitling. Le sauvetage de deux femmes indigènes que la marée montante allait surprendre sur un rocher contribua à rehausser le prestige de Bjôrn. Ces femmes lui jurèrent le dévouement le plus absolu, et à partir de ce moment les indigènes, qui étaient d'habiles chasseurs, lui fournirent tous les animaux qu'il désirait et dont il avait besoin. L'une d'elles considéra comme une très grande faveur de soigner un enfant nouveau-né de Bjôrn. Elle voulut porter une coiffure comme celle de la femme de sou maître et s'en fabriqua une