‹ La seconde jeunesse: comédie en quatre actes et en proseChapitre 20 sur 88 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ROBERT

Sérieux l Comme tu tombes 1 tu me prends par mon fort... le sérieux, c'est mon triomphe.... Essaie. ^

DUPRAT

Eh bienl tant mieux! je venais justement pour cela... pour essayer.

ROBERT

Parle. Au fait, c'est vrai ; ta cravate a quelque chose de solennel ; tu es intimidant comme un papier timbré, mon cher; tu es recueilli comme un officier ministériel qui voudrait fonctionner... Veux-tu que nous fassions mon testament... pour nous amuser ?

DUPRAT

Non; écoute-moi seulement— Tu crois à ma vieille amitié, U'est-ce pas ?

ROBERT

Gh ! cela... c'est sérieux. Oui, j'y crois.

DUPRAT

Tu connais mon dévouement pour monsieur de Lirmay. C'est grâce à sa famille que j'ai pu acquérir ma charge...

ROBERT

Oui, et tu es de ceux qui portent fièrement leur reconnaissance.

DUPRAT

Eh bien ! mon cher, monsieur de Lirmay est en ce moment menacé d'un grand danger... et je dois t'avertir, dans son intérêt même.

ROBERT

Allons I encore un duel, je parie... Mais non... je l'aurais su... c'est moi qui lui sers d'a^ni dans ces cas-là... je no

dis pas de conseil^ car... mon beau-père... Ah 1 j'ai le plus étonnant des beaux-pères I

DUPRAT

Non, ce n'est pas un duel... c'est plus grave pour lui... Je sais qu'un coup d'épée lui importe peu...

ROBERT

Très-peu... d'autant moins que c'est ordinairement lui qui ne le reçoit pas... au contraire I... Il a toujours vingt ans ce diable d'homme ! Il n'y a que les femmes et lui pour ne pas vieillir 1 — Tu connais ses fredaines aussi bien quemoi...

DUPRAT

Oui^ oui 1 Ah ! c'est un vert-galant 1

ROBERT

Trop vert... et trop galant I C'est-à-dire qu'il y a des moments... où je me demande s'il n'est pas mon gendre !... II est étonnant 1 Alors, je devine... Tu viens m'apprendre qu'il est un peu ruiné, n'est-ce pas ?

Hum!... un peu... beaucoup.

ROBERT

Aïe 1 n'allons pas à passionnément !... Malheureux, jette ta marguerite !... Enfin... que lui reste-t-il ?

DUPRAT

De sa fortune... rien. Sur la fortune de sa femme, il a déjà engagé cinquante mille francs.

ROBERT

Diable! Tu as le mérite d'être clair et concis, toi!... Comment, il en est là ?

DUPRAT

Oui;

ACTK I 37

ROfiERT.

En es-lu bien sûr?

DUPRAT

Je suis son notaire. Sa fortune était en biens-fonds^ j'ai dû faire les actes^ et tu aurais appris (out cela^ si tu avais lu ce que tu as signée il y a trois jours^ chez moi^ avec ta femme.

ROBERT

Ouf !... Est-ce tout ce que tu as d'agréable à m'annoncer ?

Pas tout à fait... Il reste la chose qui m'amène.

ROBERT

Encore ?

DUPRAT

As-tu Vingt-cinq mille francs ?

ROBERT

Vingt-cinq mille francs !... Est-ce que je sais, moi !... Tu ^s des demandes qui vous cassent bras et jambes. Le diable m'emporte I... tu me ferais perdre la tête !... Je suis tranquille comme un lac... très-occupé... mais tranquille... tu bouscules mon bonheur, tu m'éclabousses de nouvelles sinistres... Vingt-cinq mille francs I... Pour quoi faire, vingtcinq mille francs ?

DUPRAT

Un certain huissier de ma connaissance m'a prévenu qu'il va poursuivre monsieur de Lirmay pour un billet de celte somme, qu'il a souscrit en règlement d'un mémoire de tapissier, pour des meubles fournis à mademoiselle Renée de Nareuil. Ton beau-père a fixé le payement du billet chez elle... Il n'a pas payé. J'ai lieu de croire qu'il ne trou-

vera pas l'argent, et j'ai vou'u l'avertir^ afin d'éviter un scandale fâcheux.

ROBERT

Je lui ferai prêter par mon oncle. (Timidemeiii.) Est-ce tout?

Oui.

ROBERT

Ah!

UUPRAT.

Seulement, j'ajouterai que lu devrais causer sérieusement avec monsieur de Lirmay, et lui donner des avis... qu'il ne recevrait pas de son notaire.

ROBERT

Moi! — Me prends-tu pour la fin d'une fable de La Fontaine?... Faire de la morale, moi! y songes-tu?... Rien ne m'agace les nerfs comme les rôles de moraliste... ^Pouah! de la morale! Je n'en ferai pas même à mes enfants... je leur en achèterai de toute faite... je louerai un raisonneur!... mais, moi?... jamais!

DUPRAT

Ah! tel est ton sentiment? Alors, très-bien! Seulement, du trâiii dont y va ton beau-père, sa femme n'aura plus rien dans deux oii trois ans, et je doute qu'elle accepte aussi philosophiquement qtie toi la ruine de ses enfants. Maintenant, je te laisse.

ROBERT, avec une fureur comique.

Mais que diable veux- tu que je lui dise?... Il netti'écoutêra pas! — La seconde jeunesse est côtnme la jeunesse, il n'y a qu'un remède pour en guérir!... le temps, mon cher,c'est la seule morale qu'écoutera... mon étonnant beati-père.

DUPRAT

Mais enfin...

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