‹ La seconde jeunesse: comédie en quatre actes et en proseChapitre 27 sur 88 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

RENÉE

Non...

LiRMAY.

Ah!

RENÉE

Pourquoi me faites vous celte question?... vous semhlez inquiet.

LIRMAY.

C'est votre préoccupation qui m'inquiète.

RENÉE

J'ai beaucoup travaillé !

LIRMAY, avec solHcilude.

Vous VOUS fatiguez trop.

RENÉE

Ne craignez rien. Oh! je suis forte. Et puis c'est si bon le travail ! on s'y oublie si bien ! J'ai lu presque jusqu'au matin le Wilhem Meister de Goethe et je suis encore sous le charme.

LIRMAY.

Ah ! tête romanesque vous recevez les impressions comme une sensitive^ elle^^ vous exaltent ou vous accablent tout à coup; vous vivez d'enthousiasme, un beau livre, un beau tableau vous transportent.

RENÉE

Je suis passionnée dans mes admirations, c'est vrai; mais, mon ami, ce travail assidu qui me fait vivre et auquel j'ai appliqué ma pensée, c'est presque de l'art ; les idées de ces grands poètes que je traduis, ne traversent pas mon esprit sans y laisser des traces lumineuses de leur passage. Oui, j'aime tout ce qui est beau., je m'émeus à la vue d'un chefd'œuvre...

LIRMAY.

Heureuse exîiltalion I Prenez garde, ma chère, de laisser la vie pour le rêve.

RENÉE

Ne iiiO raillez pas, il est si doux de vivre renfermé dans sa pensée. Moije m'imagine que les grands génies ne sont pas des êtres comme les autres, et qu'ils ne sentent plus les misères humaines, ils planent au-dessus. Vous savez mon ami, ce vers d'un grand poète sur le vieux Corneille, pauvre, allant par les rues à peine couvert d'un manteau troué, mais...

Lu lète dans le del el les pieds dans la fange!...

Quel beau vers !

LIRMAY.

Sublime 1 oui, mais, avec tout cela, mon ange... il faudrait pourtant déjeuner.

RENÉE

Déjeuner I liens, c'est vrai I Au fait, j'ai très-grand appétit, je l'oubliais... depuis quelques jours, j'oublie tout.

LIRMAY.

Oui, tout, môme moi... Ah I j'ai dans l'art un rival dangereux.

RENEE.

Au moins^ vous savez que c'est le seul.

LIRMAY.

Il n'en est pas moins inquiétant. Il est des femmes qui n'aiment qu'a\eclcur imagination, ma chère... je crois que NOUS êtes un i)eu du nombre, et parfois je me demande si c'est moi que vous aimez... ou bien vos rêveSi

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