‹ La seconde jeunesse: comédie en quatre actes et en proseChapitre 29 sur 88 · ACTE II ;>o · texte numérisé non relu

ACTE II ;>o

RENÉE ^ avec Irislesse.

N'insistez pas; si vous étiez libre... mais si vous étiez libre, nous n'aurions pas besoin de mystère.

L IRMA Y, lui prenant les mains.

Renée ! . . . encore cette idée ?

RENÉE

Toujours !... vous savez que c/est mon seul chagrin.

LIRMAY.

Ne parlons pas de cela; ou plutôt .. si, parlons-en, pour vous justifler à vos yeux. — Vous, esprit si indépendant mais si juste, vous savez bien qu'en dehors de ces grands devoirs qu'on voudrait toujours respecter, il y a des aspirations qu'on s'efforcerait en vain d'étouffer. Pendant six mois, vous m'avez vu ici, près de vous, luttant contre mon cœur... Je vous voyais chaque jour; que pouvait la raison?... Il fallait bien vous aimer.. . Mais enûn, cet amour si profond, si sincère que vous en avez eu pitié, il a été mon salut ; vous saviez qu'il m'arracherait à cette vie de désordres qui m'entraînait à ma perte... N'ayez donc pas de remords, car vous m'avez sauvé.

Bien vrai?

LIRMAY.

Oui, je vous le jure, et je courais un grand danger ! Je m'égarais dans ces faiblesses indignes qui avilissent le cœur; j'étais emporté par ce désir de vivre qui nous saisit parfois, nous autres hommes, au déclin de notre jeunesse. L'heure où nous voyons apparaître le premier cheveu blanc est une heure fatale l On ne quitte pas sans regrets l'amour ni le printemps, on se rattache aux derniers beaux jours ; on voudrait épuiser ces joies auxquelles il faut, dire adieu ; rage est là qui vous presse, on n'a plus le temps d'aimer.

5i LA SECONDE JEUNESSE

on ramasse les plaisirs là où ils s'achètent; ou si^ par malheur, votre cœur n'est pas mort, c'est pour souffrir dans ces tristes amours des vieillards où Arnolphe est toujours berné par Horace... à moins qu'il ne rencontre une Agnès comme vous, qui lui rend la jeunesse dans ce qu'elle a de plus précieux... le bonheur d'être aimé,

RENÉE

Mon ami...

LIRMAY.

Allons, enfant, laissez. ces scrupules... Est ce notre faute, si le monde est mal fait, et si les affections les plus vraies sont parfois condamnées? Croyez-moi, l'amour élève et pufifle tout... laissez-vous vivre heureuse.

RENÉE, avec un soupir.

Enfin!... j*y tâcherai...

LIRMAV.

Rien ne nous séparerait, n'est-ce pas?

flENÉE.

Pourquoi cette idée?... Voyons, vous avez quelque peine que vous voulez me cacher.

LIRMAY.

Eh bien, oui, j'ai une vague inquiétude.— Depuis quelque temps... je vous vois triste de ne pas recevoir de nouvelles... de Julien...

RENÉE

C'est cela qui vous trouble, mon ami ? pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt?... Vous savez que je n'avais jamais os^é avouer à Julien... la vérité sur ma vie; mais il m'a annoncé son retour comme possible cette année, et... dans ma dernière lettre... il m'a fallu le courage de tout lui dire... sauf voire^ncun, que je n'oserais lui révéler. — Voilà pourquoi j'attends une lettre avec anxiété.

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