ACTE II
LIRMAY.
A moins de supposer que^ cette nuit> une émotion très violente t'a mis dans cet état.
ROLAND
. On m'a indiqué une eau qui rend aux cheveux leur couleur naturelle.
LIRMAY.
Et même au delà... tu n'étais que blond.
ROLAND
Mauvais plaisant!... Puisque cette eau est incolon^ donc... Au reste, c'est pour faireplaisir à... une personne... car pour moi...
LIRMAY.
Mais... c'était rompu?
ROLAND
C'est renoué. Ah ! mon cher, j'étais un imbécile, un triple niais, une brute... Ah! les femmes!... figure-toi... Je te conterai cela... plus tard...
RENÉE, se levant.
Contez, contez ! je vous laisse.
Oh ! je vous en prie.
RENÉE
Ne faites pas le galant. .. Je vais ranger mes fleurs. — Allons, épanchez-vous, dites du mal des femmes, je n'entendrai pas.
RO L A N D, la reconduisant.
Ah 1 aujourd'huije suissijoyeuxl... D'ailleurs, VQUs, VOUS êtes une exception.
58 LA SECONDE JEUNESÎ^E
RENÉE ^ avec une révérence.
MâPCi. (EUo entre dans la serre et reste en vue.)
ROLAND
C'est vrai qu'elle est une exception! — Mais, mon ami, tu es un homme de bon conseil^ tu vas me dire comment je dois m'y prendre pour rentrer en grâce... car j'ai fait hier à Coralie... une scène révoltante.
LIUMAY,
Es-tu si criminel ?
ROLAND
Oh!... juge un peu... — Figure-toi qu'hier, je reveiiaisde Ville-d'Avray; j'avais donné ofdrè à mon cocher de passer par le bois. Nous roulions lentement sur le s-Mq des allées, autour du lac; j'étais un peu assoupi, comme un homme amoureux... qui digère, quand j'entends, dans une voiture rasant la mienne, deux voix joyeuses, puis le bruit d'un baiser... Je tends l'oreille... l'une de ces deux voix était la voix de Coralie !
LIRMAY.
Ah ! mon Dieu !
Tu conçois mon indignation !... tu connais ma tête chaude... Je ne fais ni une ni deux, nos voitures se touchaient, on allait au pas, je passe à mi-corps par ma portière^ j'entre ma tête dans leur voiture, je les foudroie du regard et, proférant le mot drôlcsse, sans explication aucune, je rentre dans mon coupé, et... fouette cocher!
LIRMAY.
C'est palpitant... Après?
ROLAND
Je reviens à Paris .. furibond, enfin la juste colère.,.
ACTK 11 ;ji)
LIRMAY.
D'un mouton qui binsurge.
ROLAND
Oui... el qui n'en est que plus terrible ! — Résolu à ne plus même saluer Coralie... j'allai chez elle pour le lui dire, déterminé à forcer sa porte s'il le fallait. — Elle me reçoit... et, d'un air digne, peiné, me dit, avant que j'aie ouvert la bouche : « Monsieur, je me croyais au-dessus d'injurieux soupçons; ce à quoi je tiens... plus qu'à ma vie, c'est à la considération qui m'est due, et de tous mes amants, vous êtes le seul qui Y ait manqué... » Je voulus répliquer, mais elle me confondit en m'expliquant tout.
LIRMAY.
Ah ! elle t'a tout expliqué?... Tu avais tort!...
ROLAND
Ah f mon cher, et quel tori!... Je ne sais pas où j'avais la tête ! — Tu sais que Coralie a la passion du théâtre, elle doit débuter depuis deux ans.
LIRMAY.
Oui, eh bien?
ROLAND
Ëh bien!., vois comme c'est simple... C'était un auteur, qui lui a promis un rôle... et qui le lui faisait répéter au bois.
LIRAI A Y, riant»
Ha ! ha!... Et... le baisrr?
ROLAND, riant Irùs-forl.
Ha ! ha !... était... dans... la... pièce... ha 1 ha !
LIRMAY, rianlé
Ha ! ha ! ils répétaient... avec les gestes.;.
ROLAND^ riant toujours.
Oui,, ha ! ha I... Et j'avais cru... (n s'arrête de rire tout à coup.
— Avec conviction.) On est quelque fois bien bête 1
LIRMAY^ riant toujours.
Ha f ha î l'histoire est impossible !
ROLAND
Mais vois comme les apparences peuvent vous égarer.
LIRMAY.
Ha! ha! ha!
Si je ne l'avais pas revue, enfin ?... On a bien raison de (lire... qu'un rien peut compromettre une femme.
LIRMAY, riant toujours.
Roland, tu mérites un temple !
ROLAND, sérieux.
Ah çà ! mais... tu as l'air de croire...
LIRMAY, riant plus fort.
Non, non, au contraire... je ne crois pas !... Innocent!
ROLAND, se Tâchant.
Ah ! mon cher, tu es trop facilement injuste pour Goralie... je suis aussi malin que toi, on ne m'en fait pas accroire... et je ne tourne pas comme un toton... Quel intérêt auraitelle?
L'intérêt.
L'intérêt?...
N'en doute pas.
LIRMAY.
LIRMAY.