‹ La seconde jeunesse: comédie en quatre actes et en proseChapitre 48 sur 88 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

RENÉE, LIRMAY.

LIRMAY.

iih 1 c'est ainsi... Eh bien, soit I si c'est une lutte, je lut- ^^rai... Renée.

RENÉE

Qu'avez- vous?

LIRMAY, dans le plus grand trouble.

Répondez^moi, je veux tout savoir.

Calmez-vous.

LIRMAY, de même.

Mais vous voyez bien que je sais tout ; vous voyez bien que j'avais tout pressenti... Il vous a demandé de me quitter...

RENÉE

Il m'a éclairée sur le mal que je fais, il m'a appris*., que d'autres souffrent par moi.

LIRMAY.

Ehl que m'importent les autres?

RENÉE

Oh! taisez-vous I

LIRMAY, éperdu.

Ah ! dis-moi que tu ne m'abandonneras pas^ car^ vois-tu^ c'est me tuer 1... Tu es ma dernière espérance de bonheur^ tues ma jeunesse!... Sans toi^ je n'existe plus^ toute flamme s'éteint^ ma vie est finie... je suis vieux! je suis vieux!... Tu ne réponds pas?... quoi... pour un mot qu'il t'a dit?...

RENÉE

Mais ce mot... m'a fait descendre au rang d'une misé* rable !

LIRMAY.

Il t'a insultée ?

Non^non^il m'a parlé comme un homme d'honneur; mais j'ai compris^ quel que soit le nom dont je colore ma situation, qu'on a le droit de dire que vous vous ruinez pour moi^ que je vis aux dépens de votre famille !..•

LIRMAY.

Hais ce que tu dis est insensé !... mon amour...

RENÉE ^ amèrement.

Votre amour ! je le vole à votre femme... et elle pleure.

LIRMAY.

Mais jusqu'à ce jour...

RENÉE

Jusqu'à ce jour j'ai été folle... Par ces lâches compromis de conscience qui vous conduisent peu à peu jusqu'au vice, j'en suis venue à une position honteuse où l'amour se mêle à de hideux intérêts... Oui, nous nous trompions tous deux : l'amour, si grand qu'il soit, n'est jamais pur quand on peut dire qu'il se fait acheter.

ACTEn II 83

LIRMAY.

Ohl tais-toi ! tais-toi !... tu m'épouvantes !

RENÉE

J'ai été bien plus épouvantée que vous, moi, tout à l'heure, quand tout à coup j'ai vu surgir devant moi ces droits que mon orgueil méconnaissait! Je me^uis trouvée bien petite, quand on a opposé à mon amour coupable^ l'amour sacré d'une épouse. J'ai senti mon néant, car sa cause s'appelle la famille!... La mienne... la mienne n'a qu'un nom... que je n'ose pas dire.

Renée ! tu te calomnies.

RENÉE

Trouvez-moi donc un nom que je puisse répondre pour me justifier?

LIRMAY.

Oh ! l'imprudent payera cher les larmes qu*il te fait verser !...

RENÉE

Je ne le veux pas !... Par grâce!. . n'ajoutez pss à mes torts.

LIRMAY.

Alors ne parlons plus de séparation.

RENÉE, avec une sombre détermination.

Il le faut.

LIRMAY.

Comment, tu consentirais à m'abandonner ?

RENEE*

Je le dois.

LIRMAY.

Mais c'est impossible t . . . Réfléchis donc 1 . . .

Oh ! j'ai réfléchi^ je ne saurais plus vivre ainsi.

LIRMAY^ d'un ton tmer.

En vérité^ Renée^ vous semblez chercher un prétexte. Ces scrupules sont tardifs, ma chère^ qui vous arrivent le jour où Ton vous apprend ma ruine...

RENÉE

Comment ?

LIRMAY.

Oui^ je peux tout croire I les avertissements de Robert ne vous ont trouvée que trop bien préparée à une rupture; qui sait si vous ne la désiriez pas au fond du cœur ?

RENÉE^ atterrée.

Vous m'insultez !... Oh!... vous !... vous 1...

LIRMAY9 éperdu.

Pardon^ Renée^ pardon> mais à la pensée de te perdre> je deviens fou... pardonne moi...

RENÉE

Ah ! je suis descendue bien bas I et je ne puis plus me faire d'illusion, quand, vous-même , vous avez le droit de me traiter ainsi !

LIRMAY, rimplorant; ;

Renée 1 Renée ! ,

Page 1