ACTE III
MADAME DE LIRMAY^ avec simplicilé.
Oh 1 je suis un prodige de dévouement 1... Hais je suis si lieureuse de t'avoir eu à déjeuner en tête à tête.
LIRMAY.
C'est un plaisir que je te donne bien rarement^ n'est-ce pas?
MADAME DE LIRMAY.
Ne te reproche rien. Ne sais-je pas qu'un esprit comme le tien ne peut se plier à la simplicité de ma vie? Il y a en toi un besoin d'activité que je comprends^ il faut à ton intelligence le mouvement du monde et des affaires. . . Je ne veux pas t'emprisonner dans un ménage ni te faire une chaîne de ma tendresse?
LIRMAY^ avec un soupir.
Oui Je te laisse souvent seule!... Tu mérites pourtant bien qu'on t'adore I
MADAME DE LIRMAY.
J'y fais ce que je peux I — Vois- tu, ma conduite est le résultat d'une dissimulation profonde : notre empire, à nous autres femmes, est bien plus grand quand nous savons le cacher... AiQsi, toi, si tu penses à ta femme lorsque tù es loin d'elle, c'est pour la regretter, j'en suis sûre; car tu ne crains pas ses plaintes, son souvenir est toujours doux pour toi. — Vois comme c'est habile I
LIRMAY.
Oui... pour me donner des remords.
MADAME DE LIRMAY.
Va, ne te préoccupe pas de quelques tristesses. Tu vis libre, heureux au milieu du monde... je n'en suis pas ja-
louse. A tes mauvaises heures tu reviens à moi. Alors je règne en souveraine^ je dissipe tes chagrins.
LIRMAY.
Oui... et comme un ingrat je repars quand tu m'as consolé.
MADAME DE LIRMAY.
C'est réternelle fable des deux pigeons... l'un d'eux s'ennuyait au logis.
L[RMAY.
Que notre âme est faite d'étrange façon !. . . Le bonheur est là... je le tiens dans ma main...
MADAME DE LIRMAY^ mettanl sa main dans celle de Lirmay.
Eh bien... ferme-la pour qu'il ne s'échappe pas!... Voyons, tu as aujourd'hui quelque souci, dis-le-moi... Qui sait si je ne te donnerai pas un bon conseil?
LIRMAY.
Hais je n'ai rien^ chère. '
MADAME DE LIRMAY.
Oh ! je ne m'y trompe pas, va. J'ai un sens intime qui me guide : quand tu as un chagrin... je le vois.
LIRMAY, lui prenant les mains.
Eh bien! oui, en te voyant si dévouée... je songe à l'isolement dans lequel je te laisse... Tiens, j'ai été un fou et un ingrat, mais je veux réparer mes torts, et dès aujourd'hui... Tu souris, parce que dix fois je t'ai fait la même promesse et que dix fois j'y ai manqué... mais je te jure...
Ne jure pas!... donne-moi plutôt un gage de ta résolution... Le veux-tu?
Oui^ ordonne.