‹ La Sedimentation Globulaire Du Premier Quart D'Heure Au Cours De La Maladie De BouillaudChapitre 7 sur 21 · VITESSE DE SEDIMENTATION AU PREMIER QUART D'HEURE · texte numérisé non relu

VITESSE DE SEDIMENTATION AU PREMIER QUART D'HEURE

C’est le mérite du Professeur JOSSERAND d’avoir voulu préciser ce que d’autres auteurs avant lui n’avaient fait qu’entrevoir. CABANIS disait déjà en 1926 : « On peut dans la première demi-heure et même en 20 minutes avoir une idée précise sur la sédimentation globulaire ». Mais le Docteur BARBIER écrivait encore en 1942 : « On voit qu’en général, la chute globulaire est très lente au début et qu’elle ne se déclenche qu’au bout de 30 à 35 minutes, pour ne s’accélérer qu’au voisinage du terme de la première heure ». Or en 1945, le Professeur JOSSERAND remarquait qu’au cours d’injections intra-veineuses faites à des cancéreux, le sang sédimentait très vite dans la seringue. Des recherches qu’il a faites, ou inspirées depuis, il ressort, que, pour un résultat horaire identique, la colonne sanguine tombe plus ou moïns vite à l’intérieur du tube. Telle sédimentation, arrivée à 15 millimètres au premier quart d'heure se retrouve à 50 au terme horaire, alors que sa voisine a respectivement des chiffres de 30 et 50 millimètres. DREVON, dans sa thèse et sur des malades du même service, a rapporté des observations de semblables sédimentations, en appelant sédimentation de type lent celle où le chiffre du premier quart d’heure est inférieur à la moitié du chiffre horaire, et sédimentation de type rapide celle où le premier chiffre dépasse la moitié du deuxième. Ce qui ressortait de ces observations, prises

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chez des pulmonaires, c'était que la tuberculose pulmonaire chronique donnait plutôt une sédimentation de type lent, alors que les pneumopathies aiguës, pneumonie ou abcès du poumon, par exemple, relevaient du type rapide. Mais il suffisait d’une poussée de surinfection, bronchite ou congestion banale, pour faire passer, chez un tuberculeux chronique, la sédimentation du type lent au type rapide, l'accélération portant sur le premier chiffre, le chiffre horaire restant souvent inchangé. La conclusion qui s’imposait d'elle-même était que la sédimentation du premier quart d’heure était, d’une façon beaucoup plus sensible que la sédimentation horaire, un test d'infection. En 1949 d’ailleurs, le Professeur JOSSERAND a donné un support matériel à cette constatation empirique par la concordance quasi constante qu’il a observée entre Vitesse de sédimentation et taux de fibrinogène sanguin, chez 40 malades de son service. Une vitesse de sédimentation de type rapide s’accompagne d’une augmentation du fibrinogène sanguin au-delà de 5 gr. 50 par litre, alors qu’au type lent correspond un taux se rapprochant davantage du type physiologique. Et ce parallélisme, vérifié dans 87 % des cas, est beaucoup moins net si l’on ne tient compte que de la sédimentation horaire. On pourrait du reste rapprocher ce résultat de ceux de la formolgélification : « La prise en masse du plasma est constante et rapide dès que le taux du fibrinogène dépasse 5 gr. 60, c’està-dire lorsque la vitesse de sédimentation est de type rapide. Sans vouloir tirer de ce fait des conclusions quant au mécanisme de ce phénomène, bornons-nous à voir là une vérification de l’hypothèse qu’émettait en 1933 déjà le Professeur Paul COURMONT, par la plume de PARVANOFF : « Nous sommes portés à admettre que les valeurs les plus justes sont celles faites au bout de la première demi-

heure, car ce sont elles qui expriment le mieux le degré de déséquilibre plasmatique dans un organisme malade ».

Plus grande sensibilité, mettant mieux en évidence le degré d'infection que le chiffre horaire, ce sera là ce que nous demanderons à la sédimentation du premier quart d'heure. Si une vitesse de sédimentation, quelle qu’elle soit, est rarement capable de « faire » un diagnostic, son intérêt pronostique n’en est pas moins immense. Elle incitera à la méfiance, évidemment, un médecin qui la trouve mauvaise alors qu’il l’escomptait bonne; elle est malgré tout un peu stérile, si on ne l’envisage qu’en valeur absolue. Là où elle prend tout son sens, c’est, comme le dit encore le Docteur BARBIER, en tant qu'indication de pente. Si elle est de pratique courante, aujourd’hui, dans tous les sanatoriums, c’est qu’elle renseigne parfois mieux que la meilleure radiographie, où l’on ne voit si souvent qu’une image fibreuse et opaque, derrière laquelle on n’a que la ressource de se demander ce qui se passe.

Nous avons, au service du Professeur JOSSERAND, un recul de près de 10 ans pour avoir pu juger que le chiffre du premier quart d'heure est le premier à diminuer, en rapport avec une amélioration que la clinique a souvent peine à déceler, de même qu’il sera le premier à remonter, en cas de surinfection, de complication ou d’aggravation. Intérêt pronostique, intérêt thérapeutique. On hésite si souvent à continuer, à renforcer ou à interrompre un traitement. Dans les maladies où on lui reconnaît une valeur, c’est la sédimentation globulaire qui sera juge de ces hésitations.

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