III .,.,.. fanes
>arras, et nous ne rencontrons plus de monuments aussi précis. L homme , v
étail à l'état sauvage dans la plus grande étendue de ce pays, et l'âge de la
pierre s"\ prolongeait encore à l'arrivée des Européens, notamment sur les
bords du Mississipi el de ses grands affluents. Lorsque les colons français el
anglais s'établirenl dans le pays, ils le trouvèrenl occupé par des forêts non
(.•couvertes faites
lxxxviii LA SEINE.
interrompues, dans lesquelles chassaient des sauvages à peau rouge. On a appris, par les travaux de MM. Squier, Davis et Lubrock, qu'antérieurement ces plaines fertiles avaient été cultivées par une nation d'origine inconnue, peut-être de race mexicaine, bien plus avancée en civilisation, qui a couvert le pays de ses monuments. On trouve, dans la vallée de l'Ohio et de ses affluents, des centaines de tumulus immenses. Quelques-uns de ces ouvrages comprennent des surfaces de ao à ko hectares, et cubent plus de 5ooooo mètres. On en a tiré des poteries, des ornements sculptés et divers objets en argent et en cuivre, des armes de pierre, dont plusieurs faites de silex cornes non polis, et dune forme fort analogue à celle des anciens instruments trouvés près d'Amiens et en d'autres points de l'Europe. (Sir Gh. Lyell.)
Cette nation, arrivée à l'âge de cuivre, faisait encore usage de silex taillés, quoique l'époque où elle peuplait le nord de l'Amérique soit relativement récente, si on la rapproche de l'époque du mammouth en Europe. Sir Ch. Lyell , qui a visité le pays en 18^2, dit que les savants américains font remonter à plusieurs milliers d'années l'existence des tumulus des bords de l'Ohio.
M. Lubrock (1) a décrit les curieuses exploitations de cuivre natif dont cette nation faisait usage dans la fabrication de ses armes et ustensiles. C'est autour du lac Supérieur et au nord de ce lac que ces minières étaient exploitées. M. Knapp découvrit, en 18^7, un grand nombre d'excavations, ou minières de cuivre natif, qui s'étendaient sur plusieurs kilomètres de largeur et sur 160 à 2/10 kilomètres de longueur. On a tiré dune seule de ces excavations dix charretées àoutils en silex, et d une autre une masse isolée de cuivre natif pesant plus de 6000 kilogrammes. Ces Indiens de l'âge de cuivre étaient de très habiles potiers, quoiqu'ils ne connussent ni le tour ni le vernis. On trouve, dans leurs tumulus, des vases dune grande élégance, comparables à ceux des Péruviens. Leurs pipes en terre cuite sont ornées de figures d animaux vivant encore aujourd'hui. M. Squier, dans le congrès d'anthropologie réuni à Paris en 1857, a comparé ces monuments des bords de l'Ohio, en gros blocs non taillés et en terre, à nos dolmens de l'Europe.
" Revue archéologique, septembre 1 865. Archéo- lant. Voir également un mémoire de M. Bourguignal, logie de l'Amérique du Nord, traduction de M. Asso- intitulé : Monuments symboliques de l'Algérie.
INTRODUCTION. lxxxix
Mais, dans la même région, on a découvert des traces beaucoup plus anciennes de l'existence de l'homme. Le mammouth a habité les Etats-Unis du Nord et le Canada; dans la partie sud des Etats-Unis, et même le long des cours d'eau des grands lacs, il est remplacé par le maslodon giganteum de Cuvier (sir Ch. Lyell). On a découvert des squelettes entiers de ce grand proboscidien enfouis dans la vase.
Dans le bassin du Mississipi, M. Dickeson de Natchez a recueilli un os pelvien humain (os innominatum), provenant d'une ancienne couche de limon du fleuve, qui s'élève aujourd'hui à 60 mètres au-dessus de l'alluvion moderne, et dans laquelle on trouve habituellement des ossements de mastodonte, de mégalonyx, de bœuf, de cheval , etc. Sir Ch. Lyell, qui visita les lieux en 18/16, convient qu'alors il avait une grande tendance à révoquer en doute l'ensevelissement simultané des ossements de Xhomme et du mastodonte; mais, depuis, il a complètement changé d'opinion, et, de plus, il ne pense pas que ces limons à mastodonte et à mégalonyx soient plus anciens que les graviers à mammouth des vallées de la Seine et de la Somme.
Sir Ch. Lyell cite encore un squelette humain de la race des Peaux- Rouges découvert à la Nouvelle-Orléans, à 5 mètres de profondeur, sous quatre forêts ensevelies et superposées l'une à l'autre. Le docteur Dowler «'value à cinquante mille ans l'âge de ce squelette; mais sir Ch. Lyell ne se porte nullement garant de l'exactitude de ce calcul.
Une découverte plus importante, si elle se confirmait, est celle qui a été annoncée par M. Marcou, d'après un journal de Boston, sous la date du 1 U juin 186G: on a trouvé près de la Nouvelle-Orléans, dans la vallée du Mississipi, à 10 mètres au-dessous du sol, une immense couche de sel gemme; dans les déblais, à 6 ou 7 mètres de profondeur, on a recueilli des ossements d'éléphant (de mastodonte sans doute), et, au-dessous, des paniers fabriqués en roseaux.
Un squelette humain a été découvert en Californie, dans une coulée de lave basaltique, avec des ossements de mastodonte et des pierres polies.
Il est donc certain que Yhomme a vécu en Amérique, avec {'éléphant et le mastodonte, bien avant l'époque des dolmens dont j'ai parlé ci-dessus, et qui correspond à celle des dolmens européens ou de la pierre polie. Il
La Seine. i.
LA SEINE, n'échappera à personne que tous ces grands animaux ont abandonné depuis longtemps le sol américain comme celui de l'Europe.
Mais il y a cette différence dans le développement de l'homme de l'Europe et de l'homme de l'Amérique, c'est que celui-ci, après s'être élevé à un assez haut degré de civilisation, comme l'Européen des dolmens, n'a jamais pu monter au-dessus de ce niveau, et même est retombé à l'état sauvage dans une grande partie du pays, dans les vallées du Mississipi et de ses affluents, par exemple.
La rareté des découvertes en Amérique tient, on le comprend sans peine, au peu de densité des populations modernes, à l'immense largeur des dépôts, presque toujours limoneux, qui renferment ces richesses paléontologiques, et au développement relativement insignifiant des fouilles ouvertes dans ces terrains de transport.
En Europe, c'est dans le voisinage des grandes villes, où la moindre sablière est une richesse, que les plus grandes découvertes ont été faites. En Amérique, en Asie et en Afrique, lorsqu'il n'y a pas de cavernes à explorer, il faut attendre qu'un hasard heureux, comme à Natchez, qu'un ravinement mette à découvert quelques précieux restes de ces temps anciens.
Ces observations s'appliquent encore mieux à l'Amérique du Sud, où la population d'origine européenne est moins dense que dans l'Amérique du Nord. Les grands proboscidiens, le mammouth, le mastodonte, n'ont pas été découverts jusqu'ici au nord ni au centre de ce continent; il parait même que, dans l'immense plaine de limon qui forme la plus grande partie des bassins de l'Amazone et de l'Orénoque, on n'a trouvé les restes d'aucun être organisé de l'époque quaternaire.
Mais, sur les bords des grands affluents de la Plata, les ravinements de limons anciens mettent souvent à nu des ossements d'animaux non moins étranges que ceux de l'âge de pierre de notre Europe. Ils appartiennent à la famille desédentés, des tatous, des paresseux, etc., qui habitent encore le pays; mais ils sont de taille gigantesque. On a pu voir, à l'Exposition de 1867, les restes monstrueux des mammifères recueillis par M. Séguin, notamment du mégathérium, du mylodon du clyptodon (tatou gigantesque), etc. M. le docteur Sénéchal a pu remonter un squelette complet de clyptodon qui
INTRODUCTION. xci
appartient à notre Muséum, où l'on voit, en outre, de curieux fragments de son énorme carapace. Ces mammifères vivaient peut-être à l'époque de notre âge de la pierre taillée.
Depuis longtemps on avait trouvé dans les mêmes limons, avec les édentés, des ossements de mastodonte, de cheval, et même quelques os humains. M. Pelegrino Strobel a présenté au congrès d'anthropologie, en 1867, divers objets en pierre taillée, haches du type de Saint-Acheul, bouts de flèches sans pédoncules, découverts dans des lagunes, à l'ouest de Buenos- Ayres. Suivant lui, les haches en pierre polie, communes au Brésil, n'ont point encore été découvertes dans la république Argentine. Ces objets sontils contemporains du mégalhérium et des grands édentés de race éteinte? Il serait peut-être téméraire de l'affirmer : nous sommes trop rapprochés de l'époque où l'homme vivait encore à l'état sauvage sur les bords de ces grands fleuves.
En Sibérie, on trouve, en très grand nombre, le mammouth et le rhinocéros à narines cloisonnées, surtout dans les nombreuses presqu'îles de la côte et dans l'île de Taimyr; on sait que le commerce de l'ivoire fossile a pris un grand développement dans cette contrée; quelquefois ces grands animaux sont conservés dans la glace avec leur peau et leur chair. M. Ch. de Baer signale la découverte d'un mammouth entier, faite en i8G4 par un Samoyède dans la baie du Tas, bras oriental du golfe de l'Obi. En février 1 866, un peu tardivement peut-être, on a envoyé sur les lieux un naturaliste distingué, M. Sehmidt, afin de sauver le corps de cet animal. On espérai! néanmoins arriver à temps pour constater la nature des aliments contenus dans l'estomac (l).
Il semble démontré, par tout ce qui précède, que l'homme a vécu dans toutes les parties du globe terrestre où des recherches suffisantes ont pu être laites, et cela à une époque qui parait, dans chaque localité, correspondre au développement maximum des vertébrés à sang chaud, à l'époque du mammouth dans la France, l'Angleterre, la Belgique, l'Europe centrale et la Sibérie, de I éléphant «iiti<iue sur les bords européens de la Méditerranée,
Comptes voulus de l'Académie des sciences, sénuce du 16 avril 18GO.
xcn LA SEINE.
du mammouth et du mastodonte clans l'Amérique du Nord, du mégathérium
peut-être et du mastodonte dans l'Amérique du Sud.
Aucune tradition écrite des peuples civilisés ne fait mention de cette époque singulière, dont l'histoire semble l'œuvre d'une imagination en délire. Glaciers immenses couvrant toutes les montagnes du monde et poussant leurs ramifications jusque dans les plaines, fleuves énormes remplaçant nos petites rivières, monstrueux mammifères vivant sous ce ciel inclément, dans un incompréhensible mélange des espèces du nord et du midi; au milieu de tout cela, Yhomme à l'état sauvage, combattant ses redoutables voisins avec quelques armes en silex : tels sont les faits incontestablement établis aujourd'hui.
État de rhomme Ce n'est guère qu'en Europe, et surtout en France, qu'il a été possible de
pendant l'âge de pierrr.
réunir des documents assez nombreux pour donner une idée de l'homme à cette époque; on a vu, dans ce qui précède, qu'il était alors a l'état sauvage, n'ayant d'autres armes que des éclats de silex grossièrement tailles. Nous voyons, par les sculptures et les dessins au trait trouvés dans les cavernes, qu'il avait une certaine aptitude pour les arts. Les savants qui s'occupent d'anthropologie ne se sont pas contentés de ces faits; ils oni cherché à reconnaître si l'homme, dès son origine, était constitué comme aujourd'hui, et notamment si le développement de son cerveau était le même que celui de l'homme moderne. Malheureusement les découvertes sont encore peu nombreuses, et l'on en a tiré d'abord des conséquences qu'il faut modifier tous les jours.
En 1857, dans la vallée de la Dùssel, près de Dùsseldorf, un squelette humain fut découvert dans la caverne de Néanderthal. Sir Gh. Lyell visita cette caverne en 1860, justement au moment où l'on y trouvait une canine de grand ours, dans la couche où le cadavre humain avait été enterré.
Lorsqu'on présenta le crâne pour la première fois, en 1867, à une assemblée de savants allemands réunis à Bonn, plusieurs exprimèrent l'opinion qu'il pouvait bien ne pas appartenir à un squelette humain; on trouvait que l'énorme épaisseur des arcades orbitaires, la dépression inusitée du front,
INTRODUCTION. xcm
l'aplatissement de la tête et beaucoup d'autres caractères le rapprochaient de celui du singe. La mâchoire de la Naulette, trouvée par M. Dupont, se rapproche aussi beaucoup de celle du singe.
On s'est peut-être trop presse' de conclure de là que Yliomme de l'âge de pierre n'était pas constitué comme Miomme de nos jours, qu'il était d'une race inférieure, et que, par certains caractères, il se rapprochait du singe. Au congrès d'anthropologie qui se réunit à Paris dans les derniers jours d'août 1867, une discussion s'engagea sur cette question. Plusieurs des savants qui assistaient à cette réunion déclarèrent qu'ils admettaient un lien de parenté entre le singe et Miomme; c'est ce que prouvaient, suivant eux, les caractères d'infériorité constatés dans les ossements humains de la caverne de Néanderthal et dans la mâchoire de la Naulette. Les savants français, et notamment M. de Quatrefages, protestèrent contre cette opinion.
Il y avait cependant, dès l'origine des discussions qui s'établirent sur ce sujet, une première objection à faire : un des crânes découverts par Schmerling dans la caverne d'Engis était de forme normale. Depuis, des ossements non moins remarquables ont été recueillis dans les circonstances suivantes.
En exécutant des travaux de chemin de fer aux Eyzies, commune de Tayac (Dordogne), on mit à découvert, au lieu dit le. Cro-Magnon, une sépulture contenant huit squelettes humains, dont cinq furent détruits. M. Louis Lartet fut envoyé sur les lieux par le Ministre de l'instruction publique, pour recueillir les objets découverts. Les squelettes étaient enfouis dans le sol (1 une sorte de grotte complètement remplie de limon. Autour d'eux, dans la même sépulture, étaient épars des colliers en coquille, des amulettes en >voin\ des armes et des outils en bois de renne et en silex (aille, du même genre que ceux recueillis dans les cavernes du voisinage par MM. Ed. Lartet, Ghristy et M. le marquis de Vibraye; on y trouva, en outre, un fragment de défense d'éléphant, des ossements de quatorze ou quinze espèces (h1 mammifères H d'un oiseau. La sépulture du Cro-Magnon remontait donc à l'âge de pierre, M. Louis Lartet rendit compte de sa mission à la réunion des Sociélés savantes, présidée par le Ministre le 1 '\ avril 1868; il présenta notamment les trois francs sauvés de la destruction. L'un d'eux, celui d'un
xciv LA SEINE.
vieillard, est parfaitement normal; le développement cérébral est considérable. Un autre, celui d'une femme, est, on le comprend, de taille plus petite; il porte au front une entaille profonde à laquelle s'adapte une arme en silex de la même provenance W. Suivant M. le docteur Broca, les ossements indiquent des individus de grande taille; les crânes sont volumineux et à parois minces; leur forme est dolichocéphale; l'angle facial est très ouvert; tout annonce une race parfaitement organisée. Les signes d'infériorité sont peu importants; c'est surtout un léger prognathisme des mâchoires. On voit aussi dans les os longs quelques dispositions particulières aux races inférieures.
Les anthropologistes n'hésitent plus à reconnaître, dans ces restes encore peu nombreux de Yhomme quaternaire, les types de plusieurs races, de Celtes, de Mongols, d'Esthoniens , etc. Ainsi ces races, et à plus forte raison l'espèce humaine, étaient parfaitement fixées à cette époque; quand même les hommes et les simiens appartiendraient à deux branches divergentes partant d'un tronc commun, il est donc déjà prouvé que ces deux branches étaient aussi éloignées l'une de l'autre à l'époque quaternaire qu'aujourd'hui.
En remontant beaucoup plus loin dans les temps géologiques, nous retrouvons toujours l'abîme qui sépare l'homme de l'animal, l'acte intentionnel de l'acte instinctif. M. l'abbé Bourgeois établit que l'homme vivait à 1 époque où se déposaient les calcaires de Beauce, en faisant voir que certains cailloux, découverts par lui dans ces terrains, sont taillés intentionnellement en perçoirs, en grattoirs, etc. Dès que ce fait est démontré, il ne vient à l'idée de personne que ce travail soit l'œuvre d'un singe ou d'un autre animal; il ne peut être attribué qu à l'homme.
Ceux qui veulent établir un lien de parenté entre l'homme et le singe devraient donc chercher plus loin encore la souche commune. Mais, au delà des calcaires de Beauce, nous perdons les traces de l'homme et des anthropomorphes. On peut conclure de là qu'on était loin du but à l'époque quaternaire, si toutefois ce but existe.
Il faut bien dire que ce système est basé purement et simplement sur
M. Louis Lartet fait remarquer que cetle profonde blessure n'a pas donné immédiatement la mort, l'os s"est réparé intérieurement.
INTRODUCTION. xcv
des raisonnements; jusqu'ici, tous les faits connus semblent prouver la fixité parfaite des espèces correspondant à chaque terrain, non-seulement dans les animaux de l'ordre le plus élevé, mais encore dans les verte'brés à sang froid, et même dans les mollusques. Ce dernier fait est d'autant plus important que les mollusques, suivant l'heureuse expression de sir Ch. Lyell, offrent la série la plus continue de médailles géologiques. Si, dans les magnifiques collections qu'on possède aujourd'hui à Londres et à Paris, on n'a pas pu encore trouver une série d'espèces établissant un passage entre deux genres de mollusques, je crois qu'on ne peut raisonnablement conserver l'espoir d'en trouver une entre le singe et l'homme.
Je vais plus loin : rien, dans les documents scientifiques que nous possédons, ne peut nous donner une idée du développement de l'intelligence de l'homme au moment où il a paru sur la terre. L'homme et la femme les mieux organisés, arrivés à l'état le plus parfait de la civilisation, ayant les notions les plus élevées des beaux-arts, des lettres, de la poésie, doués des sentiments les plus nobles, s'ils étaient abandonnés à eux-mêmes sur une terre déserte, verraient, dès la première génération, leurs enfants vêtus de peaux de bêtes, heureux de trouver une arme en silex pour se défendre ou pour frapper leur proie, oubliant bien vite les notions les plus élémentaires de la civilisation pour s'occuper des plus pressantes nécessités de la vie; en un mot, à l'état sauvage. Tout cataclysme terrestre qui détruirait la race humaine, à l'exception de quelques individus, conduirait nécessairement au même résultat.
La science ne nous indique donc pas dans quel état l'homme est sorti des mains du Créateur.
Mais un grand pas a été fait. Les découvertes modernes ont comblé une immense lacune, qui existe aussi bien dans les livres sacrés des Hébreux (pic dans les traditions des anciens peuples civilisés, des Egyptiens, des Grecs, des Assyriens et des Indous. La plupart de ces documents font mention de la création de l'homme, d'un déluge dont la plus grande partie de la race humaine aurait été victime; aucun ne donne la moindre notion sur l'état sauvage dans lequel l'homme a dû nécessairement vivre après ces deux actes du Créateur. Les textes correspondant à ces deux époques sont complè-
Divisioi
<le cet ouvr
xcvi LA SEINE.
tement obscurs, et cela n'a rien d'étonnant, car l'homme à l'état sauvage ne laisse point de traditions. Mais on comprend qu'il ait conservé un vague souvenir des grandes époques de la création, de la terreur produite par un cataclysme comme le déluge, de même que nos paysans illettrés ne gardaient autrefois dans leur mémoire d'autres dates que celles des années de grande abondance et de grande disette.
Nous savons aujourd'hui que, très probablement, l'homme a vu la submersion produite par les derniers soulèvements des Alpes, que bien certainement il a vécu à l'état sauvage après cet événement, dans toute l'Europe, sur les bords de la Méditerranée, en Amérique, etc.
Découvertes La plupart des découvertes dont j'ai parlé jusqu'ici ont été faites dans
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lesterrainsdetransport. des cavernes ou des sépultures. D'après M. Ed. Lartet, les cavernes se divisent
■":ons
ïra^ en trois classes. Les plus anciennement habitées contiennent toute la faune quaternaire; viennent ensuite celles où les restes du renne dominent. On ne trouve plus dans la dernière classe que les animaux actuels, et notamment les races domestiques. Les cavernes des deux premières classes ont été habitées pendant l'époque quaternaire; celles de la troisième pendant l'époque de la pierre polie. (Congrès d'anthropologie, 1867.)
Il ne faudrait pas conclure de là, comme l'ont fait beaucoup de géologues, que le mammouth et la plupart des autres animaux de l'époque quaternaire eussent disparu à l'époque du renne. Il est certain, au contraire, que le mammouth et le renne ont vécu ensemble jusqu'à la fin de cette époque de l'histoire de la terre; c'est l'opinion que j'ai toujours entendu exprimer par M. Ed. Lartet. Les découvertes faites dans les graviers des anciencours d'eau ne laissent aucun cloute sur ce point; on y reconnaît que la faune quaternaire est presque identique, lorsqu'on l'étudié soit clans les plus anciens graviers, soit clans les terrains de transport qui se relient, presque sans solution de continuité, à ceux des cours d'eau plus modernes de I âge de la pierre polie.
L'étude des terrains de transport conduit donc à des résultats plus nets que celle des cavernes; mais elle est bien plus pénible et plus difficile.
INTRODUCTION. xcvn
L'explorateur des cavernes fait pratiquer sous ses yeux des fouilles dans les terrains renfermant les ossements et les silex taillés; il a la satisfaction d'assister à la découverte de ces restes du travail de l'homme et de recueillir les débris des animaux contemporains. L'explorateur des terrains de transport n'est pas aussi heureux. Il ne peut indiquer a priori le point précis où il faut fouiller pour trouver quelque chose. Il doit attendre patiemment que l'exploitation des sablières lui révèle les richesses qu'elles renferment : il est rare qu'il soit témoin de la découverte d'un objet intéressant, et, dans la plupart des cas, il s'en rapporte à la probité des ouvriers. Il faut donc qu'il ait assez de tact pour ne pas être trompé grossièrement par eux, et qu'il soit assez vigilant pour ne pas laisser jeter aux décharges publiques les débris les plus précieux. Mais, s'il a la patience nécessaire, il peut arriver aux résultats les plus intéressants.
Je démontrerai, dans cet ouvrage, qu'on établit avec certitude l'âge relatif des divers terrains de transport d'une contrée d'après l'altitude des sablières, les plus hautes étant toujours les plus anciennes. On peut donc en conclure 1 âge des richesses paléontologiques qu'ils renferment. L'étude des cavernes ne donne pas la même certitude. Ainsi ces deux genres de gisements se complètent l'un par l'autre. Les cavernes donnent des faits plus nombreux; les terrains de transport, des dates relatives plus précises.
Les plus riches graviers qui aient été explorés en France sont ceux des bassins de la Somme et de la Seine, rr C'est dans le banc de silex roulés de « Saint-Acheul (près d'Amiens), de la porte Marcadé et de Moulin-Quignon r(près de la baie de la Somme), dit M. Buteux, qu'ont été trouvés les silex -travaillés qui ontfait le sujet des publications de M. Boucher de Perlhes(l). ■»
Voici, (I après le même géologue, 1 état des restes les plus remarquables des hommes et des animaux de l'âge de pierre trouvés dans les graviers de la Somme.