‹ La SeineChapitre 33 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Terrains de transport diluviens. — Graviers et boues des hautes terrasses et des plateaux de la Normandie. — Vers la fin du phénomène diluvien, les grandes vallées étaient en partie remplies des débris des roches détruites. — Les petites vallées étaient presque complètement vidées. — Boue diluvienne des plateaux.

\ù. Les hautes terrasses traversées par l'aqueduc de la Dlmis sont couvertes Dépôu «indiens de débris, peu roulés et mêlés de limon, de diverses roches. Ces dépôts sont d'an- Sl ciens restes de lits éphémères du torrent diluvien qui creusait la vallée. Ils sont très différents des graviers des basses terrasses et du fond de la vallée, qui alternent avec des zones de sable de rivière.

La première terrasse se trouve à la sortie de la vallée du Surmelin, entre les villages de Crézancy et de Fossoy; la tranchée de l'aqueduc a été ouverte dans un mélange de boue diluvienne, de débris anguleux de meulières et de cailloux roulés; de nombreux et énormes blocs de grès de Beauchamp sont accumulés de chaque côté, dans les anses de Crézancy et de Fossoy. Je regrette de ne pouvoir donner ici la coupe, beaucoup trop longue, de la tranchée.

La seconde terrasse traversée par l'aqueduc est située suc la rive droite du Grand-Morin , près du village de Voisins. Comme à Crézancy, la tranchée de l'aqueduc a été ouverte dans un mélange de limon et de débris de roches peu roulés.

Enfin une troisième terrasse est coupée par le tracé, au-dessus du village de Dampmard, près de Lagny; elle est également recouverte de déjections diluviennes, peu roulées et mélangées de limon. On ne voit pas de gros blocs aux abords des terrasses de Voisins et de Dampmard.

La terrasse de Crézancy s'élève à 60 mètres, celle de Voisins et de Dampmard à 75 mètres, au-dessus du niveau actuel de la Marne.

Sur le plateau de Bicètre, à proximité du chemin qui conduit du fort à Chevilly, on trouve les débris d'un ancien lit, situé presque à la même altitude (pic les terrasses élevées de la vallée de la Marne (à peu près à 1 i5 mètres au-dessus de la mer); il est, comme elles, tapissé de cailloux de petites dimensions, dont la masse est imprégnée de limon rouge. Ces dépôts de terrasses élevées paraissent donc contemporains.

Or celui de Bicètre est fort ancien, puisqu'il est plus élevé que les plateaux traversés par le tracé de l'aqueduc delà Vanne, entre la foret de Fontainebleau el Arcueil.

Le lit du courant diluvien dont le dépôt caillouteux de Bicêtre faisait partie était nécessairement moins élevé que les plateaux qui alors s'étendaient de chaque côté de la vallée; par conséquent, ces plateaux n'étaient point encore afîouillés jusqu'à leur niveau actuel. C'est une nouvelle preuve que le cataclysme qui creusait les vallées était le même que celui qui rasait les plateaux. En même temps que les plateaux s'abaissaient par allouillement, les thalwegs éphémères des vallées s'abaissaient de la même manière.

On trouve à Paris un dépôt du même genre, encore plus caractéristique, au sommet du mamelon du télégraphe de Belleville et de Roinainville; il est désigné par Brongniart et Cuvier dans la description géologique des environs de Paris. 11 couronne le lambeau de sable de Fontainebleau sur lequel a été construit le réservoir de Belleville. On n'en voit malheureusement plus que quelques restes, qui disparaîtront bientôt; mais les amateurs de ces sortes de choses peuvent en^ core voir un dernier débris de ce dépôt diluvien, le plus ancien de Paris, dans la rue de Charonne, à gauche en montant, entre les rues de Saint-Fargeau et de la Dhuis. Il se compose de limon rouge, de débris de meulières de Satory non roulés, et de petits cailloux très roulés. Ce dépôt est à l'altitude de 126 mètres environ. Isolé de toutes parts, il est évidemment contemporain du phénomène de destruction.

Les grands dépôts caillouteux du pays de Caux et du Vexin normand nie paraissent avoir, pour la plupart, la même origine. J'ai dit qu'une grande vallée tendait à se creuser suivant la direction de la vallée de Montmorency, qui se prolonge si visiblement du sud-est au nord-ouest, sur le plateau du Vexin français, vers Marines; c'est par ce sillon éphémère que s'est d'abord opérée la débâcle des graviers, et quelle a été jetée sur les plateaux normands. Puis, sur la fin du phénomène, lorsque les courants ont perdu leur vitesse, les limons en suspension dans l'eau se sont déposés et ont pénétré, par infiltration, dans la masse caillouteuse.

J'ai signalé, dans un premier mémoire publié dans le Bulletin de la Société géologique de France, l'existence de dépôts analogues sur les plateaux des bords de \\ onne.

Ils ne peuvent être confondus avec les terrains de transport, qu'on remarque au fond ou à peu de hauteur au-dessus du fond des vallées. Ces derniers se composent de zones alternantes de cailloux et de sable; ils ont évidemment été remaniés par des cours d'eau permanents.

Les dépôts des hautes terrasses se composent d'un mélange confus de débris solides, peu roulés, et de boue; les entrepreneurs de l'aqueduc de la Dhuis n'y

ont pas trouve un mètre cube de sable; ils étaient obligés d'en remonter, à grands frais, du fond de la vallée de la .Marne.

Ces terrasses sont donc des restes d'anciens lits, que le courant diluvien, dans son capricieux travail de creusement des vallées, abandonnait, en y laissant une partie des débris entraînés par lui.

15. Ainsi, pendant la période de destruction rapide, les débris de roebes so- Us grandes vaii&*, lides étaient jetés dans les vallées et transportés à de grandes distances ; et, comme jei,.,»,,,, ,M,m,n,, il en provenait sans cesse des parties supérieures et latérales, on peut concevoir que toujours et sur tous les points des vallées principales très longues, il y avait des débris des roches

1 J L ' l O J détruites;

des terrains de transport en mouvement. les petites vaiiéei

Qu'on se figure une vallée d'une largeur de î kilomètre au fond, de i kilo- au \2ù ', „■■ mètres au niveau des plateaux, de îoo mètres de profondeur, entièrement remplie p|-<,si|i(,co",r|'''1"1"'

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d'eau jusqu'au niveau de ces plateaux; même avec une pente très faible, comme celle de la Seine au-dessous de Paris (î o centimètres par kilomètre), la vitesse de l'eau serait de 5 mètres par seconde. Les plus gros blocs de grès et de meulière que nous trouvons dans les graviers de nos vallées seraient entraînés par un courant d'eau aussi violent. On comprend donc comment les vallées secondaires ont été entièrement vidées, et comment les blocs volumineux ont pu être emportés à de grandes distances dans les vallées principales.

Mais le courant perdit peu à peu de sa violence par l'abaissement des eaux; les débris entraînés ralentirent eux-mêmes leur mouvement, et finirent par rester en place. Le fond des grandes vallées devait alors être recouvert, sur une hauteur plus ou moins grande, de dépots formés des détritus des roches détruites. Ce sont ces détritus qui, remaniés par les cours d'eau, ont produit la plus grande partie des graviers des basses terrasses et du fond des vallées.

Cette opinion est contraire à celle des géologues qui regardent les graviers comme fluviatiles; ils admettent généralement que les graviers ont été et sont encore détachés des terrains en place par les agents atmosphériques et les petits cours d'eau, et transportés par ces derniers jusqu'aux grandes vallées.

Cela est vrai dans tous les pays de montagnes; dans le bassin de la Seine, les cours d'eau du Morvan détachent encore et entraînent des débris de roche granitique. Mais je ne pense pas qu'il en soit de même, généralement, dans les autres parties de ce bassin. Cela est même évident et n'exige aucune démonstration poulies cours d'eau des terrains oolithiques et de la craie blanche; les eaux pluviales n'y ruissellent jamais dans le plus grand nombre des vallées; les cours d'eau qu'on trouve dans les plus profondes sont alimentés par des sources, et leur marche est si tranquille, qu'ils ne peuvent remanier des graviers.

Il est vrai que leur puissance de transport était beaucoup plus grande pendant l'âge de la pierre qui suivit le cataclysme diluvien.

/jO la seine.

Dans les terrains tertiaires eux-mêmes, il est probable que la plus grande partie des graviers a été déposée originairement par le fleuve diluvien.

Examinons, par exemple, les graviers remaniés par les eaux dans la vallée de la Seine, à Paris, dans l'avenue Daùmesnil et dans la rue du Chevaleret; nous verrons que ces graviers sont composés, en grande partie, de silex de la craie et de débris de meulières, ou de silex tertiaires. Ils proviennent donc de la craie de la Champagne et des terrains de la Brie. Cela s'explique tout naturellement dans notre hypothèse. Si, au contraire, ces silex et ces meulières avaient été et étaient encore amenés par les coins d'eau dans la vallée de la Marne et de la Seine, tous les fonds de vallées des petites rivières fie la Champagne devraient être tapissés de silex de la craie, et les petites vallées de la Brie de débris de meulières, de silex ménilites, etc.

Or il n'en est rien : on trouve rarement des silex dans les cours d'eau de la Champagne, affluents de la Seine et de la Marne, et très peu de débris de roches tertiaires dans la plupart des petites vallées de la Brie. Dans ces dernières, cependant, il existe de nombreux rus qui entraînent des débris de roches de toute sorte; ces détritus forment, au débouché des rus, des cônes de déjections qui ne s'étendent jamais loin, et, en général, les petites vallées de la Brie ne renferment pas de graviers.

A la vérité, les affluents de l'Yonne qui coulent dans la craie, la Vanne, le ru de Saint-Ange, etc., ont coulé autrefois sur un lit de gravier formé de silex de la craie; mais on voit, par l' examen même de ces graviers, que ces cours d'eau n'ont jamais eu la puissance nécessaire pour déplacer les volumineux silex de la craie que nous trouvons dans les grandes vallées à de grandes distances de la Champagne, à Paris, par exemple.

D'ailleurs, dans cette hypothèse, comment expliquer la présence de ces énormes blocs de grès et de meulière, entremêlés en si grand nombre, dans les terrains de transport du fond des vallées?

J(). Ceux qui se sont occupés de l'étude des eaux courantes savent très bien que ces eaux, lorsqu'elles sont limoneuses, laissent toujours, dans leur retrait, un dépôt de boue plus ou moins épais sur les plaines qu'elles ont momentanément ' 'i'i -| submergées. Si donc le courant diluvien a recouvert les plateaux du bassin de la Seine, il a dû laisser derrière lui un manteau de limon. C'est un fait qui a été constaté par tous les géologues.

J'ai pu étudier ce dépôt sur le tracé de l'aqueduc de la Vanne.

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut se rappeler une loi très simple qui peut être formulée ainsi :

Tant que la vitesse d'une eau courante dépasse om, i5,les matières limoneuses s'y tiennent en suspension;

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