CHAPITRE VI
Orographie du bassin de la Seine après le cataclysme diluvien. 18. Pour se faire une idée nette de l'état du bassin de notre fleuve à l'époque Orographie
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ou je suis arrive, cest-a-dire a la un du grand phénomène de destruction, il laut admettre que le relief du sol était, à bien peu près, ce qu'il est aujourd'hui. Les '' ' grandes dénudations de l'Auxois, du Ghâtillonnais, de la Champagne, du Valois, existaient déjà; les plateaux du Gâtinais, de la Brie, de la Normandie, étaient rasés, et le réseau des vallées était au moins ébauché.
Les modifications produites depuis par les agents atmosphériques ont été peu considérables, et n'ont pas changé sensiblement le modelé du terrain; les pentes argileuses ou sablonneuses se sont adoucies; les roches solides, creusées en cavernes, se sont effondrées dans beaucoup de localités; les cours d'eau ont abaissé le niveau de leur lit; mais ces petites modifications superficielles n'ont pas changé notablement l'aspect du pays, et l'action diluvienne est visible encore partout, comme on l'a vu ci-dessus.
Les dispositions orographiques du sol étaient donc sensiblement les mêmes qu'aujourd'hui, et, pour simplifier, je conserverai aux diverses localités leurs noms modernes. (Planche n° î.)
Le Morvan, qui s'est toujours élevé en grande partie au-dessus des mers secondaires et tertiaires, et qui formait une île dans ces temps reculés, s'étend encore du sud au nord comme un grand cap , et domine ton I le bassin. Ses points les pins élevés dépassent, vers les sources de l'Yonne, l'altitude de 900 mètres; le reste du faite de partage, entre le Morvan et les Ardeunes, est occupé par les montagnes oolithiques de la Bourgogne, dont l'altitude ne dépasse pas (i 1 0 mètres (le Gharmoy, près Blaisy-IIaut, Côte -d'Or).
On vient de voir que non seulement les courants diluviens onl creusé toutes
La Seire. 1
les vallées et rasé tous les plateaux, mais qu'ils ont encore ouvert cinq larges fosses ou plaines basses, dont la disposition n'a aucune relation avec la direction générale des vallées.
Ces excavations ont été décrites ci-dessus, et je ne reviendrai pas sur leurs dispositions. Le Morvan s'élève au milieu de la première, comme une gigantesque forteresse au milieu de son fossé, dont le fond est occupé par les riches plaines de l'Auxois et de Corbigny. Ces plaines sont de 5 à Goo mètres en contre-bas des sommets les plus élevés du Morvan, et à 2 ou 3oo mètres au-dessous des points culminants de la chaîne oolithique de la Côtc-d'Or.
Les plaines kellowiennes, à minerai de fer, du Châtillonnais et de la Haute- Marne, qui forment la deuxième fosse, descendent en pente douce jusqu'à l'escarpement de marnes oxfordiennes qui les limite au nord-ouest, en s'élevant à une centaine de mètres au-dessus (altitude des sommets des Jumeaux, 307 et 32 1, diagramme n° 9).
La troisième et la quatrième fosse forment la Champagne humide et la Champagne sèche décrites ci-dessus (diagrammes nos 10 et 1 1).
Les calcaires jurassiques descendent en pente douce jusqu'au fond de ce fossé, dont ils forment le revers oriental; les terrains de Brie couronnent les falaises à pente rapide qui forment le revers opposé.
Enfin la dernière fosse, celle de la plaine Saint-Denis et du Valois, est limitée, du côté du nord-ouest, par les plaines plus élevées du Vexin français, et, du côté du sud-est, par la vallée de la Marne. Les points les plus élevés de ces plaines, les seuils qui séparent les eaux de l'Oise et celles de la Marne, sont généralement à une altitude comprise entre 1 1 0 et 120 mètres; mais au-dessus s'élèvent les restes des terrains détruits, qui dépassent ces altitudes d'une centaine de mètres.
Si l'on fait abstraction de ces grandes érosions et des vallées, on trouve que le bassin de la Seine, à partir du Morvan et de l'arête de la chaîne de la Côte-d'Or, est formé, dans sa partie supérieure, d'une longue bande de terrains arides, les calcaires oolithiques, qui s'abaissent, en pente peu rapide, de l'altitude 610 à l'altitude 180 à 200, à laquelle ils plongent sous les terrains de la craie inférieure.
Les hautes falaises qui limitent la Champagne, du côté de la Brie, sont surmontées par des plateaux tertiaires beaucoup plus élevés que les plaines dont il vient d'être question (diagramme n" 1 1). Abstraction faite des vallées profondes, mais étroites, qui les sillonnent, ces plateaux s'étendent, presque sans interruption, depuis la Champagne jusqu'à la mer.
On n'y remarque que deux dépressions considérables, le Valois et la plaine Saint-Denis, le pays de Bray.
Ces plateaux sont aujourd'hui de riches et fertiles contrées, dont les limites géographiques séparent autant de formations géologiques dillérentes.
La plaine élevée comprise entre l'Yonne et le bassin de la Loire, et coupée par le Loing, forme l'ancien Gâtinais.
Les argiles tertiaires qui la recouvrent sont d'une origine géologique encore un peu incertaine, probablement miocène.
La Brie est occupée par les argiles à meulières qui recouvrent les marnes vertes de Montmartre. Les sables des terrains tertiaires inférieurs et le calcaire grossier couvrent les plateaux du Soissonnais; les sables moyens et les calcaires de Saint- Ouen forment les riches contrées du Tardenois, de l'Ile de France, du Valois, du Vexin français; la Beauce et le pays de Hurepois sont occupés par les sables de Fontainebleau et les calcaires de Beauce.
Sur la rive gauche de l'Eure s'étendent ces vastes plaines couvertes d'argiles à silex que les géologues s'accordent aujourd'hui à classer dans le terrain tertiaire inférieur.
Enfin les plateaux du Vexin normand et du pays de Gaux sont recouverts d'un limon caillouteux qui, en grande partie, paraît diluvien.
Ces plateaux sont remarquables par l'uniformité de leur altitude; les plus bas. l'extrémité de la Brie, qui passe sur la rive gauche de la Seine vers Corbeil, sont à l'altitude de 75 mètres; les plus élevés atteignent jusqu'à la montagne de Beims, et leur altitude ne dépasse pas 280 mètres; c'est une différence maximum d'altitude de 2o5 mètres sur une étendue de plus de 3 00 kilomètres. On trouverait peut-être difficilement une pareille uniformité dans le reste de la France, si ce n'est dans l'Artois, la Flandre et la Picardie.
Le centre de figure de ce grand plateau est peu éloigné de Paris. C'est là aussi que se trouve la partie la plus basse, car toutes les lignes rayonnantes que l'on trace sur la carte, à partir de ce centre, vont toujours en montant, soit qu'on les dirige vers l'amont du bassin, soit qu'on se l'approche de l'Océan.
Tels sont les principaux traits de l'orographie du bassin de la Seine.
Si les roches dures, les granits et les calcaires ont conservé, dans leurs escarpements et dans leur irrégularité de (orme, des traces, pour ainsi dire visibles encore, du passage des courants diluviens, la surface des terrains argileux, au contraire, a subi, depuis ces temps reculés, sous l'influence des agents atmosphériques, des modifications qui l'ont ramenée à des formes presque régulières. Mais, comme les causes qui ont modifié ainsi la surface du sol persistent encore aujourd'hui cl sont la conséquence de certaines propriétés hydrologiques du sol, je reviendrai [dus loin sur cette question.
Tous ces plateaux, si riches aujourd'hui, présentaient, à l'époque ancienne donl nous nous occupons, l'aspect le plus désolé. Non seulement tout être vivant, mais encore toute végétation avaient disparu. Un limon rouge, absolument stérile, couvrait toutes les parties plates du sol; les pentes, profondément ravinées, n'étaientpas moins impropres à la vie végétale. 11 a fallu de longs siècles, sans doute,
ili - cours d'eau
pour produire un peu d'humus et faire renaître les plantes indispensables à la vie des animaux; cette longue période de stérilité pourrait donc s'appeler l'ère azoïque de cette époque ancienne.
Disposition [[). Trois cours d'eau principaux, le Cousin, la Cure et l'Yonne, sillonnent la
partie granitique du bassin, c'est-à-dire le Morvan, et cela sensiblement, du sudest au nord-ouesl; leurs affluents sont presque innombrables. Leur pente est rapide; la plupart des vallées dans lesquelles ils coulent sont fortement contournées et souvent si étroites, qu'il ne reste pas, à côté du torrent, la place nécessaire pour y établir un chemin. Sous ce rapport, le Morvan ressemble à tons les pays demontagnes.
Les plaines argileuses du large fossé qui entoure le Morvan, l'Auxoiset le bassin de Corbigny, sont coupées par quatre rivières : à l'ouest du Morvan, par l'Yonne; à l'est, par le Serein, l'Armançon et la Brenne. Les affluents de ces rivières sont très nombreux en temps de pluie; mais, dans les saisons sèches, ils se réduisent à un assez petit nombre. Ces quatre cours d'eau coulent aussi à peu près du sùdesl au nord-ouest.
Celle orientation est également celle des quinze cours d'eau principaux qui descendent des pentes oolithiques de la Côte-d'Or et du Nivernais : le Beuvron. l'Yonne, la Cure, le Serein, l'Armançon, la Seine, l'Ource, l'Aube, l'Aujon, la Biaise, la Marne, le Rognon, la Saulx, l'Ornain et l'Aire. Mais leurs affluents sont Jiien moins nombreux; les terrains arides de la formation oolitbique sont couverts de vallées qui restent sècbes en toutes saisons, pour la plupart; les plus profondes seulement donnent naissance à de belles sources qui alimentent de limpides ruisseaux.
Les cours d'eau delà large bande de craie inférieure qui traverse tout le bassin sont disposés tout autrement. Comme l'ont très bien lait remarquer les auteurs de la carte géologique de la France, ces cours d'eau sont dirigés presque perpendiculairement à la direction générale des rivières principales : tels sont le ru de Baulche, le Saint-Vrain, lArmance, l'Hozain , la Baise, la Voire, la Cliée et l'Aisne. En somme, ces cours d'eau suivent le fond de ce fossé que j'ai appelé la Champagne humide. Les rivières extrêmes, l'Oise et la Serre au nord, le Loing et son affluent principal, l'Ouanne, au sud-ouest, font seules exception et sont sensiblement dirigées: les premières de l'est à l'ouest, et les dernières du sud-est au nordouest. Les affluents de ces rivières sont très nombreux.
Les plaines arides de la Champagne sèche (craie blanche) sont, au contraire, lies pauvres en coins d'eau. En faisant abstraction des rivières principales déjà nommées, l'Yonne, la Seine, l'Aube, la Maine, l'Aisne et l'Oise, voici la nomenclature presque complète des ruisseaux de la Champagne: le Tholon, la Vanne. l'Oreuse, l'Orvin, l'Ardusson, la Barbuisse, les \uges, ITluitrelle, le Puits, la
Somme-Soude, la Cooie, laMoivre, la Vesle, la Suippe,la Retourne, la Souche, le Noirieux , la Serre. Les affluents de ces ruisseaux sont en très petit nombre.
Les plateaux argileux du Gâtinais donnent naissance à une multitude de coins d'eau dont les principaux sont: l'Ouanne, le Loing, la Bez, le Biez, le Lunain, l'Orvanne, la rivière des Doigts et ses cinq ramifications, le Fusain, etc. Cette partie du bassin est très plate, et, l'hiver, les eaux pluviales séjournaient autrefois à la surface du sol. On donnait le nom de Gâtines à ces larges flaques d'eau sans profondeur.
Les plateaux argileux de la Brie ont la plus grande analogie avec ceux du Gâtinais. Avant les travaux d'assainissement très anciens qui y ont été exécutés, les eaux pluviales s'y écoulaient difficilement. Cependant les cours d'eau y sonl nombreux et très ramifiés; les principaux sont : la Youlzie. l'Yères, le Grand-Morin et son affluent, l'Aubetin, le Petit-Morin et le Surmelin.
L'Ourcq doit être considéré comme une rivière mixte, ayant son origine, partie dans les terrains à meulières, partie dans les terrains éocènes inférieurs et moyens.
Dans le reste du bassin, les cours d'eau deviennent rares. On n'en compte que huit sur les plateaux ondulés occupés par les sables de Fontainebleau et les calcaires de Beauce, entre Nemours et Chartres: l'Ecolle, l'Essonne et son affluent, la Juine, l'Orge et ses affluents, la Renarde, la Rimarde et deux affluents de l'Eure, la \ oése et la Vègre; ces rivières sont sans ramification.
Le plateau peu étendu des argiles à meulières de Satory est sillonné par quatre cours d'eau, l'Yvette, la Bièvre, la Mauldre et la Vaucouleurs, qui sont assez ramifiés.
L'Eure et ses affluents de la rive gauche, la Biaise, l'Avre et l'Iton, sont un peu ramifiés dans leur partie supérieure, dont les versants sont argileux; mais, dans la partie moyenne et inférieure, la craie exerce une action de drainage si énergique, que les affluents manquent complètement.
L'Oise et l'Aisne sont les deux rivières principales des plateaux tertiaires de la rive droite de la Seine entre Paris et Rouen. En amont de Compiègne, dans le Soissonnais, l'argile plastique soutient des sources importantes , qui alimentent de nombreux cours d'eau, dont le principal est la Lette.
En aval, jusqu'à Saint-Denis, les cours d'eau deviennent très rares. Les principaux, on pourrait dire les seuls, sont f Autonne, laNonette, la Thève. le ruisseau d'Enghien et la Crould,qui passe à Saint-Denis.
Sur la rive droite de l'Oise, quoique les plateaux soient arides, les cours d'eau assez rares (railleurs, soul ramifiés par les nombreuses sources de l'argile plastique ; les principaux sont: la Brèche, le Thérain, le Méru, le Sausseron ei la \ iosne.
Enfin, à l'aval du confluent de l'Oise, les cours d'eau sont bien pins rares encore; un seul . I Epie, qui provient delà fosse argileuse du pays de Bray, a quelque
importance; les autres, si Ton fait abstraction de l'Eure, sont des ruisseaux qui ne méritent guère qu'on s'en occupe; le plus considérable est l'Andelle, qui est alimenté par les sources de la craie.
Eut de ces cours d'eau 20. Ces rivières ont toutes commencé à couler après le cataclysme diluvien,
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On vient de voir que, dans certaines contrées, les cours d'eau sont nombreux
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1-iV':;, <i,. p,,.,, (l| ti*ès ramifiés. Cela tient à ce que ces terrains sont imperméables, et que les eaux pluviales ruissellent à leur surface. En pareil cas, les crues sont violentes, de courte durée, et de plus très habituellement limoneuses.
Dans d'autres régions, au contraire, les cours d'eau sont rares et peu ramifiés; la surface du sol est perméable, et les eaux pluviales passent par les sources avant d'arriver aux thalwegs. On comprend immédiatement que, dans ces conditions, les crues soient de longue durée et relativement peu violentes. Souvent le fond des vallées de ces cours d'eau tranquilles est envahi par la tourbe.
Je démontrerai que les cours d'eau anciens étaient beaucoup plus considérables que ceux qui coulent aujourd'hui sous nos yeux. C'est dans leurs graviers, comme dans les cavernes, qu'on trouve les traces les plus certaines du travail des premiers hommes, les armes et ustensiles en silex taillé et non poli.
Ces premiers travaux de l'homme ont fait donner à cette époque de l'histoire de la terre le nom iïàge de la pierre taillée. J'ai donc pu donner aux cours d'eau qui existaient alors le nom de cours d'eau de l'âge de la pierre. J'aurais dû ajouter l'adjectif taillée; mais cet allongement de nom m'a paru inutile : les cours d'eau de l'âge de la pierre polie et du bronze ayant identiquement le même régime que nos rivières modernes, il n'est pas nécessaire de leur donner un nom particulier.
Je réserve donc cette dénomination , cours d'eau de fâge de la pierre, pour désigner les cours d'eau qui existaient à l'époque où l'homme ne savait pas encore polir les instruments en silex dont il faisait usage. Cette époque de l'histoire de la terre est encore caractérisée par les animaux étranges qui habitaient alors notre Europe, et dont les ossements se trouvent, avec les silex taillés, dans les graviers des rivières et dans les cavernes.
Ces restes du travail des premiers hommes et de cette faune ancienne donnent une grande importance à l'élude des graviers et du régime des cours d'eau de cette époque. Comme aujourd'hui, ce régime devait être très différent suivant que le sol était perméable ou imperméable. Les cours d'eau des terrains granitiques du Morvan, des argiles basiques de l'Auxois, des argiles et des sables argileux de la craie inférieure (Champagne humide, pays de Bray), terrains imperméables, éprouvaient des crues qui contrastaient certainement, par leur violence, avec celles des terrains perméables de i'oolithe de la Côle-d'Or, de la craie blanche de Champagne , des sables et des calcaires du Soissonnais et du Vexin, des sables de
Fontainebleau et des calcaires de Beauce, des argiles à silex drainées par la craie de la vallée de l'Eure.
Néanmoins, même dans ces derniers terrains, les crues des cours d'eau étaient bien plus violentes qu'aujourd'hui; elles étaient limoneuses dans les terrains les plus perméables, comme la craie, ce qui prouve que, même dans ces terrains perméables, les eaux pluviales ruisselaient à la surface du sol ; jamais le fond des vallées n'était envahi par la tourbe. C'est un premier trait qui distingue de notre époque moderne ces premiers temps de l'histoire de l'homme. L'ère des grands cours d'eau de l'âge de la pierre est nettement séparée de l'ère des cours d'eau tourbeux.
C'est à partir de ce changement de régime des eaux que les instruments en silex se polissent, que commence la domestication des animaux, et, à proprement parler, la civilisation.
Je dois faire connaître encore d'autres lois fort simples, mais qui jouent un rôle capital dans le dépôt des terrains de transport ; c'est parce qu'on n'a pas tenu compte de ces lois, que l'histoire de ces terrains est encore aujourd'hui si complètement embrouillée.