‹ La SeineChapitre 46 sur 96 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Graviers des hauts niveaux. — La Seine, à Paris, a coule' à l'altitude de 63 mètres, à 3-j mètres au-dessus de son niveau actuel. — Les lits des hauts niveaux de la Seine, de la Marne et de l'Oise sont presque sans pente dans la traversée des terrains tertiaires et de la craie normande. — Marais de la plaine Saint-Denis.

25. Les cours d'eau qui succédèrent immédiatement au cataclysme diluvien \„ncn lui, i, > ,-, n'avaient point de lit régulier et couvraient tout le fond des vallées, resserrés dans les terrains durs, étendus en grands marécages dans les terrains mous.

Ils ont peu à peu modifié cet état primitif, en remaniant les détritus accumulés

'■[ de la Marne

dans la traversée

des terrains tertiaires

en amont tle Paris.

Graviers

au fond des vallées, en abaissant leur niveau et en y creusant des lits réguliers. hauts niveaux. Mais, dans ce travail de remaniement, il y a eu une partie de ce lit primitif qui n'a pas dû changer sensiblement : c'est la ligne d'intersection du plan de la surface de l'eau avec le terrain de chaque coté des vallées,

Si donc, dans une localité donnée, on connaissait un point de cette ligne d'intersection, on pourrait, en traçant sur une carte une ligne de niveau longeant les deux flancs de la vallée, à l'altitude de ce point, reconstituer, pour cette localité, les limites de l'ancien lit, et, en faisant le même travail de distance en distance, le long d'une vallée, on aurait le plan presque exact du terrain recouvert par les crues les plus élevées.

Il est difficile d'avoir exactement la position des points d'affleurement de l'eau; niais on peut, sans erreur bien sensible, les remplacer parle point le plus élevé de la couche de gravier de l'ancien lit. C'est ainsi que j'ai tracé, sur la carte du Bureau de la Guerre, les anciens lits de la Seine et de la Marne en amont de Paris, dans la traversée des terrains tertiaires.

Lorsqu'on étudie la disposition des lits successifs de la Seine dans Paris, on trouve que le plus ancien et le plus élevé a laissé sa trace sur les hauteurs de la plaine de Monfreuil, à l'altitude de 55 mètres, de la terrasse d'Ivry, de l'ancienne barrière d'Italie et de l'ancienne barrière de Vaugirard, à l'altitude de 6o el même de 03 mètres : le niveau d'étiage actuel est à l'altitude de aGm,25, ce qui donne une différence de niveau d'environ 29 à 87 mètres entre les lits les plus élevés et le plus bas.

C'est donc à l'altitude de Go mètres que j'ai tracé les deux limites du lit primitif de la Seine et de la Marne, et j'ai poussé ces lignes de niveau en amonl de

Paris jusqu'à la Ferté-sous-Jouarre , dans la vallée de la Marne, et dans celle de la Seine, jusqu'à Gorbeil. En aval, elles s'arrêtent vers Meulan.

J'ai été conduit à adopter ce tracé, parce que toutes les sablières de la vallée de la Marne, entre la Ferté-sous-Jouarre et Paris, sont situées au-dessous de l'altitude de (io mètres; c'est ce qu'on peut reconnaître en examinant la planche n° h, où la position des sablières à niveau élevé est indiquée. Je n'ai pas l'ait un travail aussi complet pour la Seine; mais je profiterai de l'exécution des travaux de l'aqueduc de la Vanne pour le terminer.

Je donne aux lambeaux de graviers qu'on trouve à ces limites supérieures le nom de graviers des hauts niveaux, adopté par M. Prestwich.

C'est un simple essai, bien informe encore; mais il me paraît indispensable, pour bien étudier les terrains de transport remaniés par les anciens cours d'eau, de tracer ainsi leurs limites supérieures.

On détermine ainsi, non pas la pente exacte, mais une limite approchée de la pente du cours d'eau, la forme des anses ou échancrures des rives, de la rive convexe des tournants où les corps flottants se déposaient, où le courant perdail sa vitesse, et, par conséquent, où les mollusques fluviatiles ont pu vivre et leurs délicates coquilles se conserver. On obtient aussi de cette manière les contours des anciens marais qui, après le cataclysme diluvien, ont dû se former au fond des larges vallées des terrains mous, et les limites des eaux refoulées dans les vallées secondaires.

Les courbes de niveau de la carte au , „ ' „ „ du Bureau de la Guerre m'ont

donné un moyen simple et pratique de tracer les limites des graviers des hauts niveaux. (Planche n° k.)

On est fort étonné, en examinant les sablières des hauts niveaux de la vallée de la Maine, entre Paris et la Ferté-sous-Jouarre, qu'elles soient toutes au-dessous de l'altitude de Go mètres, c'est-à-dire plus basses que celles de Paris, qui s'élèvent jusqu'à l'altitude de 63 mètres, vers le magasin à fourrages, à Vaugirard. Il a été établi (23) que le niveau supérieur des sablières correspondait, non pas à la hauteur de l'eau ni au fond du lit, mais à la crête des berges du fleuve, dont la hauteur est constamment variable, comme chacun sait; l'anomalie signalée n'est donc qu'apparente.

Les limites du lit, tracées sur la planche n° à, donnent les contours des anses, fosses et marais, que le fleuve de l'âge de pierre devait recouvrir dans l'origine. Ainsi cette planche fait voir, dans la vallée de la Marne, la grande fosse de Jablines que le courant diluvien de la vallée du Grand-Morin a creusée, lorsqu'il a été arrêté dans son action destructive par le massif calcaire de l'Ile de France et du Valois.

Les anses de Brou, Chelles, Villemomble, Rosny, Nogent, Montreuil, où les corps flottants, et notamment les cadavres des animaux noyés, venaient tour-

noyer et atterrir, sont aussi très nettement indiquées. On voit, depuis Ghelles jusqu'à l'Oise, la direction sud-est nord-ouest du courant qui creusait la vallée de Montmorency, marquée par la coupure de Villemombie , les limites du marais de la plaine Saint-Denis, etc.

Les eaux des vallées secondaires de l'Ecolle, de l'Essonne, de l'Orge, de l'Yères, de la Bièvre, de l'Ourcq, du Grand-Morin, de la Beuvronne, etc., étaient, refoulées à de grandes distances par les eaux de la Marne et de la Seine; ces rivières devaient donc être presque entièrement dépourvues de vitesse, ce qui explique les épais dépôts limoneux qu'on trouve, à flanc de coteau et au-dessous de l'altitude de 60 mètres, à leur débouché, notamment au débouché des vallées de l'Orge et de la Bièvre. Les limons, tenus en suspension en temps de crue, devaient nécessairement se déposer, lorsque la vitesse d'écoulement tombait au-dessous de om, 1 5 par seconde.

Il est quelques-unes de ces vallées, notamment celle de l'Essonne, où je n'ai pas vu de dépôt limoneux. Si elle en est réellement dépourvue, cela prouverait que les eaux de cette rivière étaient, dans les temps de l'âge de pierre, à peu près constamment limpides, comme elles le sont encore aujourd'hui; mais c'est un fait à vérifier.

La courbe horizontale tracée sur la planche n° A, à l'altitude de 60 mètres, traverse la vallée delà Marne, entre la Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry, vers Ghezy-1' Abbaye : entre Paris et ce point, toutes les sablières sont renfermées entre les deux lignes tracées à droite et à gauche de la rivière moderne.

Je puis citer notamment, en descendant, à partir de Château-Thierry, les sablières d'Azy, Charly, Drachy, Méry, Luzancy, Courtaron, Ussy, Changy, Islesles-Meldeuses, Villers-les-Rigaults, Congis, Varrèdes, Poincy, Meaux, du canal de l'Ourcq en face de Mareuil, de Charmentray, Précy, Dampmard, du bois de la Fontaine, de Brou, du Ghenay, de Nogent-sur-Marne, Joinville-lc-Pont, Montreuil, qui sont marquées sur ma planche.

11 paraît certain qu'il en est de même dans la vallée de la Seine, entre Paris elMoret; mais je n'ai pu faire encore la vérification complète.

Dans la vallée de l'Oise, les limites des hauts niveaux, tracées à l'altitude de 60 mètres, passent par les sablières de Viry-Noureuil, entre la Fère et Chauny.

En amont de ces trois points, les hauts et les bas niveaux sont confondus, dans tout le reste de la traversée des terrains tertiaires, jusqu'à la craie blanche de la Champagne.

On retrouve les hauts niveaux dans la traversée de la craie de la Champagne et des terrains jurassiques de la Bourgogne, ainsi que je le montrerai plus loin. II n'est pas possible de tracer leurs limites à l'aval de Meulan, parce que la vallée devient trop large dans la traversée de la craie normande. Il est probable, néanmoins, qu'elles se maintenaient à l'altitude de 60 mètres, car on trouve des limons

et des graviers fluviatiles à celte altitude de 60 mètres, à Manles-la-Ville (limons); à l'altitude de 58 mètres au-dessus du contrefort de Venables, près du tracé du souterrain du chemin de fer de Rouen (graviers et sables), et à l'altitude de àS mètres au-dessus du contrefort de Tourville, entre le souterrain du chemin de fer et Ëlheuf (graviers et sables).

H est donc probable que le niveau du continent était alors bien moins élevé au-dessus de la mer qu'aujourd'hui, et que la Seine, la Marne et l'Oise, avaient une pente extrêmement faible, de quelques centimètres à peine par kilomètre, entre Montereau , Chezy-l'Abbaye, Viry-Noureuil et la mer.

L'emplacement actuel de Paris était presque entièrement sous l'eau, à l'exception des buttes Chaumont, du plateau de Montrouge, de quelques îlots qui surgissaient à Montmartre, à Passy et à l'ancienne barrière d'Italie.

Ljmolls i. Sevran. 26. Au-dessous de Paris, la ligne de niveau de la rive droite contourne presque toute la plaine Saint-Denis. La Seine traversait ce grand marais, qui, dans sa plus grande largeur, n'avait pas moins de 3o kilomètres et touchait, vers Sevran, à un point très intéressant. M. l'ingénieur Girard, en creusant le canal de l'Ourcq, y a trouvé de nombreux ossements d'éléphant et d'autres animaux de race éteinte, qui ont été décrits par Cuvier et sont déposés au Muséum. Ces ossements étaient enfouis dans une sorte de limon noirâtre durci, qu'on supposait avoir formé le fond d'un petit lac.

Voici ce qu'en disent Cuvier et Brongniart, dans la description géologique des environs de Paris :

ce H ne paraît pas possible d'attribuer cet atterrissement aux eaux qui coulaient ce dans la vallée de la Seine; cette vallée est beaucoup trop éloignée de ce lieu et <r beaucoup trop basse par rapport à lui; il est probablement beaucoup plus ancien ce que ceux des vallées, et semble plutôt avoir été déposé au fond de lacs, de v marais ou d'autres cavités de même espèce qui existaient alors dans le terrain replat, mais élevé, qui constitue actuellement la plaine Saint-Denis, etc. -n

J'ai recherché sur place la localité où les ossements avaient été recueillis. C'est \\\\ défilé long et plat compris entre les coteaux gypsifères de Livry et le plateau de Blanc-Mesnil, qui relie la plaine Saint-Denis à la vallée de la Marne, vers Claye, et au fond duquel le canal de l'Ourcq a été creusé.

J'ai trouvé quelques ouvriers qui avaient travaillé au canal, et qui se souvenaient très bien d'y avoir trouvé des ossements; au moyen de leurs indications, j'ai pu déterminer le point précis où la découverte avait été faite. Ce point est à [jeu près à mi-chemin entre les bornes kilométriques nos 17 et 18 du canal, un peu plus près de la borne n° 18, à 5 ou 10 mètres en amont de la gare d'eau des bois de Saint-Denis, près du pont de Villepinte. (B, planche n° 6.)

Lu recherchant cet emplacement sur le nivellement du canal de l'Ourcq, dressé

par Girard, on trouve qu'il est précisément au point de partage des eaux de la Maine et delà Seine, dans le défilé, et que son altitude est 6Qm,9G.

L'altitude de Go mètres correspond, on l'a dit, à une sorte de moyenne de l'altitude de la crête des berges. A Paris, cette crête s'élève jusqu'à 63 mètres; par conséquent, l'eau, dans les crues, s'élevait au-dessus du niveau du dépôt de Sevran. 11 y avait donc communication de la Marne à la Seine par le défilé, et il n'est pas étonnant qu'en temps de crue surtout les cadavres flottants s'y soient engagés et aient atterri au point haut où les ossements ont été trouvés, puisque la couche où ils ont été découverts est à 6 mètres au-dessous du sol, et, par conséquent, à l'altitude de 56^,96.

Cette localité était donc un marais, comme l'ont très bien vu Brongniart et Cuvier; mais, contrairement à l'opinion de nos deux illustres géologues, l'altitude des lieux prouve que la Marne et la Seine, dans ces temps anciens, se rejoignaient par le défilé de Sevran.

D'après le nivellement de Girard, la coupe de Brongniart ne correspond pas à un creux; au contraire, comme je viens de le dire, c'était le point le plus élevé du défilé, où le marais de la plaine Saint-Denis se rattachait à la vallée de la Marne.

L'eau du fleuve était absolument sans vitesse dans cette large expansion du lit qui correspond à la plaine Saint-Denis, et n'y pouvait déposer que des limons. En effet, la tranchée du siphon de Villemonble (aqueduc de la Dhuis) n'a rencontré, dans la traversée de cet ancien marais, que le sable noirâtre de la coupe de Brongniart. Il en est de même dans toute la plaine Saint-Denis, ou la couleur gris noirâtre de la terre végétale contraste avec la couleur jaune ocreux du limon diluvien qui recouvre les plateaux plus élevés de Blanc-Mesnil, de Gonesse et de Pierrefitte.

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Limites des hauts ntoauu; .

Lambeaux des qrewiers de ces lits élevés.

Limites des bas nivejxum .

Grazricrs de ces anciens lits ■ Les altitudes île. ces oraMiers et dés terrains de transport des lits intermédiaires sont indiquées par des cotes rouqes.

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