TRAVAIL D'ABAISSEMENT DES LITS
L'abaissement des lits des cours d'eau de l'âge de la pierre est dû, dans la traversée des terrains tertiaires de la Brie et de la craie normande, au relèvement progressif du continent, et, dans les terrains crétacés de la Champagne et les terrains jurassiques delà Bourgogne, à la grande pente des vallées. — Causes de la séparation des graviers des hauts et des bas niveaux.
31. Les ossements d'animaux de race éteinte, trouvés à Paris dans le lit des L'abaissemcm liants niveaux de la Seine, prouvent que le lleuve a coulé longtemps à cette altitude élevée; il serait assez difficile de dire pourquoi ce lit, après être resté ainsi
stable et permanent vers l'altitude de Go mètres, s'est abaissé ensuite jusqu'à ,lu '■""li" -"!
dans la travers
l'altitude de 26m,25, où il se trouve aujourd'hui, si l'on ne voyait que ces hauts ,i, ■ h, n,-,. niveaux s'étendent jusque dans le voisinage de la mer.
Si l'on veut bien se reporter à ce qui a été dit pins liant, on verra que les graviers du lit supérieur de la Seine et de la Marne étaient presque sans pente, depuis la limite de la Champagne et de la Brie jusqu'à la mer (25). Il paraît certain, en elïet, que le fleuve énorme qui remplaçait la Seine a coulé sur les graviers de Saint-Aubin, près d'Elbeuf, et de la terrasse de Venables ("25), c'est-à-dire à l'altitude de la plaine de Montreuil. Or, d'après ce qui précède, l'altitude ou la différence de niveau entre les traces de l'ancien lit qu'on trouve en amonl cl en aval de Paris et notre océan moderne est de 6o mètres W.
Il faut donc admettre une de ces deux hypothèses, ou que le bassin de la Seine étail heaucoup moins élevé au-dessus de la nier qu'aujourd'hui, on que la vallée se terminait au bord de la mer, après le cataclysme diluvien, par une chute considérable qui, d'après l'altitude dos graviers de (iaillon et de Saint-Aubin, aurait été de Go mètres environ.
Cette dernière hypothèse n'est pas admissible : les terrains qui séparent Paris
1 Aujourd'hui la pentede la Seine i si de a V",(>7 cherche à l'augmenter ou à la dimi t. le fleuve
entre Paris et Rouen, pour un développement de se met immédiatement on travail pour replacer les
y43,2."><> mètres, ou de o'",io par kilomètre; entre choses dans leur état normal. A l'époque ancienne
Rouen et le Havre, pour un développement de dont nous nous occupons , le développement du lit
i 22 kilomètres, la pente est de i"',58 ou de o"',oi l> du lleuve ne parait pas, d'après In disposition des
par kilomètre. Ces chiffres ne sont que des moyennes; terrasses, avoir dépassé' i ;> i kilomètres entre Paris
chaque partie du lit a sa pente spéciale, et , si l'on clUouen, et 96 kilomètres entre lumen el le Havre.
Lv Seine. i a
de la mer sont si mous, le débit du fleuve était si grand, qu'il aurait rapidement abaissr le niveau de son lit, si cette chute avait existe. Son régime n'aurait donc pas été permanent, et la faune puissante dont nous trouvons de si nombreux débris n'aurait pas eu le temps de se développer dans les graviers des hauts niveaux pendant sa courte existence. Il est bien probable, au contraire, qu'entre Paris et Rouen la pente moyenne est restée longtemps moindre que celle du fleuve actuel, ou de om, 10 par kilomètre, et que le niveau général du bassin de la Seine était beaucoup plus bas qu'aujourd'hui.
S'il en était ainsi, l'abaissement du lit du fleuve s'explique delà manière la plus naturelle. Au fur et à mesure que son bassin se relevait, la pente du fleuve augmentait; il n'y avait plus équilibre entre la force érosive de l'eau et la résistance des rives, et le lit s'abaissait.
Telle est la cause des différences d'altitude que nous constatons entre les graviers des hauts et des bas niveaux, depuis la limite de la Champagne jusqu'à la mer. différences presque nulles à la limite de la Brie et de la Champagne, qui augmentent progressivement à mesure qu'on se rapproche de la mer, qui atteignent déjà 3^1 mètres à Paris et s'élèvent à 5o ou 60 mètres dans le voisinage de la mer'1'. En amont des terrains tertiaires de la Brie, les graviers des hauts et des bas niveaux se séparent de nouveau, et cette séparation ne peut plus être attribuée à la même cause, puisque l'effet de l'augmentation de pente, résultant du relèvement du continent ne paraît pas s'être étendu au delà de la limite de la Brie et de la Champagne.
11 faut donc chercher une autre cause pour expliquer l'abaissement du lit des cours d'eau dans la traversée des terrains granitiques, jurassiques et crétacés, et cette cause, toute naturelle, est leur pente considérable, qui, dans l'âge de pierre, était très peu différente de celle des cours d'eau actuels.
Suivons, par exemple, les vallées du Cousin, de la Cure et de l'Yonne, depuis la sortie du Morvan jusqu'à l'origine des larges vallées de la craie, un peu en aval d'Auxerre.
Le village de Pontaubert, près d'Avallon, est bâti à la sortie du défilé étroit où coule le Cousin dans les terrains graniLiques du Morvan et à l'entrée de la large vallée qui s'est creusée dans les terrains mous du lias. On remarque les graviers des hauts niveaux à une vingtaine de mètres au moins au-dessus du cours d'eau actuel. L'église de Pontaubert est construite sur un énorme amas de ces déjeclions. Sur le chemin du Vault-de-Lugny, on a ouvert quelques sablières qui font voir les zones de ces graviers et leur structure fluviatile. A 1 2 ou 1 5 kilomètres en aval, dans la vallée de la Cure, j'ai coupé les graviers des hauts niveaux, près des grottes d'Arcy, et ils ne sont plus qu'à i5 mètres environ au-dessus de la rivière.
1 On a vu dans l'Introduction qu'à Moulin-Quignon l'ancien cordon littoral de la baie de Somme est à 37 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer.
La pente de Pontaubert à Arcy, dans les premiers temps de 1 âge de pierre , était donc plus grande que la pente actuelle du Cousin et de la Cure, qui dépasse de beaucoup 1 mètre par kilomètre. J'ai exploité, à 10 kilomètres plus bas, à Vermanton, toujours dans la vallée de la Cure, une autre sablière des liants niveaux, qui se trouve à i5 mètres environ au-dessus de la rivière.
La ligne de pente entre Arcy et Vermanton était donc la même qu'aujourd'hui.
L'altitude des basses eaux de la Cure est, aux grottes d'Arcy, de. . i22m,37 A Vermanton de 1 1 3m,5g
Différence 8ra,7 8
La distance entre ces deux points étant de 10 kilomètres environ, la pente Moyenne est de om,88 par kilomètre.
De même, à Auxerre, on trouve les hauts niveaux à i5 mètres au-dessus de l'Yonne. H y a encore parallélisme entre les deux pentes, ancienne et moderne, sur les a3 kilomètres qui séparent Vermanton d'Auxerre.
L'altitude de la Cure à Vermanton est de 1 1 3ra,5o,
Celle de l'Yonne au pont d'Auxerre de g6m,36
Différence i 7"',2 -'!
La pente moyenne est donc de om,76 par kilomètre, c'est-à-dire très considérable.
La trace des hauts niveaux de l'Yonne, dans la traversée des terrains crétacés, est assez difficile à suivre, parce que la vallée devient très large; mais on voit fort bien que la pente du fleuve devait être assez considérable dans les premiers temps de l'âge de pierre, car, l'altitude de l'étiage de l'Yonne à Auxerre étant de 96m,36, la sablière des hauts niveaux, qui s'exploite à i5 mètres au-dessus, est à l'altitude d'environ i 1 im.oo
L'altitude de la Seine à Morct, à la sortie de la craie, étant de &2ra,55 , le lit des hauts niveaux était, comme ci Paris, à l'altitude de Go"', ou
La différence est de 5
o l.OO
La distance entre Auxerre et Moret étant à peu près de no kilomètres. la pente moyenne kilométrique est de o'",/i6.
Les pentes de la Seine et de la Marne ne sont pas moins grandes que celles de l'Yonne, dans la traversée des terrains jurassique et crétacé.
Cette pente est telle qu'elle suffit pour expliquer l'abaissement du lil des cours d'eau. La vitesse qui en résultait était suffisante pour que les graviers de ton h-
•si
très dominant
dans les graviers
des hauts niveaux
des
rours d'eau
qui : m! 'In Morvan les grèves calcaires dans les bas niveaux.
grosseur, entassés dans la vallée par l'action diluvienne, fussent entraînés; niais elle n'était pas assez grande pour donner aux cours d'eau la force érosive nécessaire pour attaquer les roches dures du granit et des terrains oolithiques.
Les graviers déplacés n'étaient donc pas remplacés par d'autres venant d'arnont, comme on le voit dans la Durance, l'Isère, la Garonne et les autres torrents descendant des Alpes ou des Pyrénées; par conséquent, l'abaissement des lits a dû être très rapide. C'est ce qui sera constaté par la paléontologie dans la quatrième partie de ce mémoire.
i/éiément granitique 3*2. Cette action des eaux a été si violente, que les graviers des hauts niveaux ne se trouvent plus que dans les anses et sur la rive convexe des tournants.
Lorsque les rivières descendent du Morvan, les graviers des hauts niveaux, dans toute la traversée des terrains oolithiques, sont presque entièrement formés d'éléments granitiques, tandis que la grève'1' domine dans les bas niveaux. Le galet granitique reparaît de nouveau dans le lit des cours d'eau modernes.
Ainsi, dans les anses de Pontaubert et du Vault-de-Lugny, les graviers des hauts niveaux sont entièrement granitiques; il en est de même des bas niveaux : à la vérité il doit en être ainsi, puisque l'élément calcaire manque dans les roches d'amont. Sur la rive convexe du tournant des grottes d'Arcy, le lambeau de gravier des hauts niveaux, que j'ai coupé en construisant la route impériale n° 6, est entièrement formé d'éléments granitiques, quoique les calcaires jurassiques soient très développés en amont.
La sablière de l'anse de Vermanton, située à i5 mètres environ au-dessus de la Cure, présente la coupe suivante :
•2 mètres de grève et de sable granitique ayant conservé la couleur rose du feldspath.
i mètre de limon et de sable fin.
•2 mètres de sable granitique, avec rares plaquettes de grève.
3 mètres de sable granitique très dominant, avec grève plus abondante que dans la couche
située au-dessus.
Roche oxfordienne.
Entre Arcy et Vermanton, j'ai coupé les graviers des bas niveaux dans la plaine de Lucy, et ils sont composés entièrement de grève. De même, entre Vermanton et Auxerre, on trouve la grève pure dans les bas niveaux, notamment vers Belombre et dans la plaine de Champ; mais, quand on monte un peu, on voit le caillou et le sable granitique paraître.
La carrière des hauts niveaux d'Auxerre, dont j'ai parlé ci-dessus, se trouve à peu de distance du chemin de fer, à gauche de la route d'Avallon, sur la rive
1 Je donne le nom de grève aux débris mules des calcaires jurassiques; c'est le nom local.
convexe du tournant que forme la vallée d'Yonne, et en même temps au fond d'une petite anse. La coupe de cette sablière est très intéressante ; je l'ai relevée avec M. Cotteau.
llya deux exploitations; la coupe suivante s'applique à la plus rapprochée de la route.
Pour la première fois, à partir du Morvan, on voit apparaître les ossements dans le terrain de transport.
Terrain détritique et limon rouge des de'bordements.
AHuvion sans ossements.
Gravier de fond , couches à ossements.
i"\oo
0 ,Go
Terre végétale, limon rouge, débris anguleux de
roche solide.
1 ,00 | Grève calcaire, avec sable et gravier granitique.
[ Gravier et sable granitiques roses, presque sans mé- ! 20 < lange dégrève, à l'état de poudingue sur quelques
points.
Gravier et sable granitiques roses, avec grève calcaire dominante.
Accidentellement, couche de limon jaunâtre, disposé
en amandes.
Silex tertiaires jaunes, peu roulés, grève calcaire et
gravier granitique , sable quartzeux sans feldspath .
et par conséquent gris, quelquefois noir, coloré
peut-être par du manganèse.
Sable quartzeux fin, grève dominante et rares galets
granitiques.
Fond de la sablière. Roche jurassique.
Épaisseur totale 6m, 10
La troisième zone est fort remarquable; elle est entièrement formée de gravier granitique. C'est un fait accidentel qui ne se remarque que sur une petite longueur de la carrière, mais qui n'en est pas moins surprenant. U faut qu'un flot de gravier granitique ait été jeté en masse, et par une seule crue, dans cette sablière.
En amont du confluent de la Cure, l'élément granitique domine encore dans les hauts niveaux de la vallée de l'Yonne. M. Cotteau a constaté récemment le fait dans la tranchée du chemin de fer, sur la rive convexe qui se trouve un peu en amont de Chatel-Censoir.
H en est de même dans la vallée du Serein: depuis la sortie du Morvan jusqu'à la lin du lias, le gravier des hauts et des bas niveaux est entièrement granitique. On trouve les hauts niveaux à une vingtaine de mètres, au moins, à gauche, au-dessus de la rivière actuelle, sur le plateau de Varenne. près de Guillon, et, à droite, sur le coteau convexe du tournant, à la sortie de ce bourg.
A Lisle-sur-Serein, sur un promontoire qui domine le bourg, j'ai trouvé le sable granitique rose semé, comme du blé, dans l'argile liasique. M. Rathier a
constaté la présence du gravier granitique à 35 mètres au-dessus du Serein, près de Chablis. La grève est très dominante au fond de la vallée, dans cette localité.
Dans les larges vallées du terrain crétacé, les graviers granitiques forment le cinquième du terrain de transport; la grève, les quatre cinquièmes (MM. Leymerie et Raulin). Ces deux éléments sont intimement mélangés.
La séparation des éléments granitiques et calcaires, dans les graviers des vallées qui descendent du Morvan, s'explique très facilement. A la suite du cataclysme diluvien, les débris des roches granitiques du Morvan ont certainement formé un long cône de déjections dans chacune des vallées ouvertes à l'aval de cette contrée. Ce cône devait être disposé comme les amas de silex jaunes que nous voyons encore dans la vallée de lionne, au débouché des ruisseaux de Baulche, de Saint- Vrain, etc., c'est-à-dire qu'il s'élevait au-dessus de la grève calcaire, terrain de transport de la vallée principale. Les cours d'eau qui succédèrent aux eaux diluviennes remanièrent toutes ces déjections granitiques et calcaires, et, en raison de la forte pente des vallées, l'abaissement des premiers lits, des lits des hauts niveaux, s'opéra rapidement sur toute la longueur des étroites vallées de la Bourgogne. Ce qui tend à le prouver, c'est que les graviers granitiques et la grève calcaire sont restés séparés ; il est évident que, si l'abaissement avait été lent, ces deux éléments du terrain de transport se seraient mélangés intimement, comme nous le voyons dans les larges vallées de la craie.
Depuis les premiers temps de l'âge de la pierre , les cours d'eau qui descendent du Morvan coulent donc à leur niveau actuel, c'est-à-dire au-dessous même des grévières des bas niveaux qu'on exploite dans les plaines voisines. Depuis cette époque ancienne, ils ont continué à modifier leurliten le rétrécissant, et, dans ce travail lent, ils ont mélangé les deux éléments du terrain de transport. Dans les lits modernes de l'Yonne et de la Cure, et de chaque côté, à peu de distance, on trouve le caillou granitique du Morvan à côté des détritus calcaires des roches jurassiques, tandis que la grève presque pure tapisse le reste du fond de la vallée.
L'étude de la paléontologie de cette contrée nous olTrira des preuves plus certaines encore de l'abaissement rapide des graviers des hauts niveaux.
Travail .rabaissement 33. Ainsi que je l'ai dit ci-dessus, le travail d'abaissement des lits, dans la traversée de la Brie et de la Normandie, est du au relèvement du continent pendant la durée de l'âge de pierre. La pente et la vitesse du fleuve augmentant par suite de ce relèvement, il n'y avait plus équilibre entre la puissance d'érosion des eaux et la résistance du fond, et le lit s'abaissait.
Mais il ne faut pas croire que le travail d'abaissement des lits se soit fait d'une manière insensible.
Faisons une hypothèse : admettons, comme sir Ch. Lyell, que le relèvement du continent fût régulièrement de o'",75 par siècle, ou de om,oo8 millimètres
<lans la traversée des terrains tertiaire
,1-1;, Bri et rie la ÏVorm lie,
par an. Le lit du fleuve ne s'abaissait pas, chaque année, de o"\oo8 millimètres; cela est même absolument impossible. Tout le monde comprend sans peine qu'une augmentation de om,oo8 dans la pente totale d'un cours d'eau ne peut, en quoi que ce soit, modifier son régime. Si le continent se relevait en masse et régulièrement, le petit accroissement de pente n'existait qu'au bord de la mer; mais une si faible chute ne pouvait avoir aucun effet. Il est même douteux qu'au bout d'un siècle la chute de om,75, qui existait alors au bord de la mer, fût sensible dans une grande profondeur d'eau et avec le régime tumultueux des marées. Il fallait donc un temps très long pour que le relèvement du continent produisît une chute assez forte pour que le lleuve abaissât son lit, d'abord dans le voisinage de la mer, puis successivement en remontant, jusqu'à la limite de la Champagne.
Il résulte de là que l'abaissement n'était pas continu; il y avait permanence de régime pendant de longs siècles, absolument comme si le relèvement du continent s'était fait par soubresauts, à de grands intervalles de temps, hypothèse admissible d'ailleurs.
Le gravier de fond variait peu de niveau pendant le temps de permanence du régime du fleuve; c'est ainsi que le fond du lit de la Seine moderne est à peu près invariable, au moins depuis qu'on y fait des observations régulières.
Lorsque la chute due au relèvement du continent était assez grande au bord de la mer pour modifier le régime, des rapides s'établissaient d'abord dans le bas du fleuve, puis chaque crue les éloignait de la mer, en jetant de chaque côté d'énormes masses de gravier le long des rives. La couche de gravier qui forme l'alluvion sur un point donné a donc pu se déposer très rapidement; il est possible que, dans certaines sablières, elle soit l'œuvre d'une seule crue, ce qui fait comprendre pourquoi les ossements y sont si rares.
H résulte de ce qui précède que, dans les coupes de sablières situées à des altitudes différentes, les graviers de fond ne sont nullement du même âge, non plus que les alluvions qui les recouvrent. Ainsi le gravier de fond des hauts niveaux deMontreuil est plus ancien que le gravier de fond des bas niveaux de Grenelle et de Levallois. A Grenelle et à Levallois même, l'âge du gravier de fond diminue à mesure que son niveau s'abaisse.
C'est une nouvelle preuve que les expressions diluvium gris inférieur, diluvium gris moyen, diluvium gris supérieur, sont mauvaises, puisqu'elles s'appliquent à
des terrains d'âges très différents.
les linuts i des bas niveaux,
34. Lorsqu'on cherche à se rendre compte du travail d'abaissement t\cs lils sc,.ui ,
des hauts niveaux, en remontant des bords de la mer jusqu'à la limite delà Champagne, on voit qu'il s'est fait lentement d'abord et sans solution de continuité dans les graviers; puis on remarque une grande solution de continuité, et c'est cette lacune qui forme la séparation des hauts et des bas niveaux.
V Paris, cette séparation est très remarquable.
Ainsi, sur la rive droite, les graviers des hauts niveaux s'abaissent en pente douce d'abord, et sans solution de continuité, tout autour du plateau de Vincennes, entre Joinviile-le-Pont et l'avenue Daumesnil, jusqu'au bord des coteaux de Charenton. Leur plus basse altitude, au bord de l'escarpement formé par ces coteaux, est environ de 5i mètres. Les bas niveaux commencent à la rue de Gharenton, et leur plus liante altitude est de 36 mètres. Il y a donc une solution de continuité de ih mètres entre les terrains de transport des hauts et des bas niveaux. Il existe, à la vérité, quelques lambeaux de lits intermédiaires, notamment à la rue des Trois-Chandelles, où l'on trouve une sablière à l'altitude de ki mètres. On en trouve çà et là, en divers autres points de Paris (planche n° 3), notamment sur les promontoires des tournants du Champ de Mars et du bois de Boulogne. En général, les lits intermédiaires se relient aux bas niveaux, sans solution de continuité; il y a, au contraire, solution de continuité entre les hauts niveaux et les lits intermédiaires, par exemple entre les graviers de l'avenue Daumesnil et de la lue des Trois-Chandelles.
Il en est de même sur la rive gauche, où les lambeaux des terrains de transport des hauts niveaux s'étendent sur la plaine d'Ivry et sur les deux rives de la Bièvre, jusqu'à Vaugirard, à l'altitude de Go mètres et même de 63; puis il y a, entre les graviers du magasin à fourrage, qui sont à l'altitude de 63 mètres, vers la rue de Vaugirard, une solution de continuité. Les bas niveaux commencent à la rue de Sèvres, à l'altitude de 36 mètres, se reliant, en divers points, à des lambeaux de lits intermédiaires.
Le fait n'est pas moins remarquable à l'aval de Paris. Dans la dépression de la Villette, les restes des hauts niveaux existent à l'altitude de 5/i mètres, et les lias niveaux se trouvent, à Levallois, Clichy, etc., à l'altitude de 35 mètres, sans depuis intermédiaires.
Il semble donc qu'entre les deux époques où se sont déposés les deux systèmes de graviers, il y ail eu un relèvement brusque du continent qui aurait déterminé, au bord de la mer d'abord, puis en remontant successivement jusqu'à Paris, cette séparation qu'on remarque entre les niveaux des sablières.
C'est à cette époque que le fleuve a cessé d'être rectiligne à Paris, et a décrit les longs méandres qu'on remarque dans tout son cours jusqu'à Rouen.
Les graviers des hanls niveaux se retrouvent, en effet, au sommet de plusieurs de ces caps qui contournent la Seine dans ses grandes courbes, notamment sur les contreforts de Venables, près des Andelys, et de Saint-Aubin, près d'Elbeuf.
Par conséquent, à l'époque des hauts niveaux, le fleuve passait par-dessus ces caps et ne les contournait pas.
La chute qui a déterminé la séparation des hauts et des bas niveaux est bien plus grande dans la basse Seine qu'à Paris; ainsi , à Venables, elle est de /i3 mètres.
Il est donc probable que la cbute produite par le relèvement brusque du continent était de ho à 5o mètres au bord de la mer, et que le travail de séparation des hauts et bas niveaux se fit par une cascade dans la traversée des terrains tertiaires. J ai trouvé des preuves de cette violence dans les travaux souterrains exécutés dans la banlieue de Paris, notamment au Tour do Marne, à Samt-Maur et sous la place de l'Etoile à Paris.
DIAGRAMME N° l8.
Plan du Tour de Marne.
35. Examinons d'abord la coupe en long du souterrain de Sainl-Maur. A l'époque des hauts niveaux, la Marne coulait à l'altitude de 60 mètres et passait au-dessus du promontoire de Joinvillc-le-Pont. On trouve, au-dessus de ce promontoire, des graviers qui se relient, sans solution de continuité, à ceux de la plaine de Vincennes et de Montreuil. Ces graviers, situés en plein courant, sont très purs et ne renferment ni ossements ni coquilles fluviatiles ou terrestres.
Mais la Marne abaissa son lit, lentement d'abord, et le grand tournant du Tour de Marne commença à se dessiner. Les graviers de l'anse qui se formait en amont se trouvaient dans des eaux tranquilles, abritées par l'îlot de Gravelle. Des' ossements s'y déposèrent, en même temps qu'il s'y développait une nombreuse faune de coquilles fluviatiles; puis, la chute brusque dont il a été question ci-dessus s'étant formée, l'abaissement s'acheva avec une grande violence.
Le souterrain de Saint-Maur a été ouvert, comme on sait, pour affranchir la navigation du long développement que forme la Marne autour du promontoire connu sous le nom de Tour de Marne; un second souterrain a été percé, dans ces dernières années, pour utiliser la chute de la rivière.
Après un parcours de près de i3 kilomètres, à partir du pont de Joinville situé au point A, la rivière revient presque sur elle-même au point B; avec un court tunnel de 63o mètres et un canal de ^100 mètres, qui relient ces deux points A et B de la rivière, on gagne une chute de h mètres qui fait marcher des turbines et des pompes. Ce second souterrain a été construit sous ma direction, et jeu ai fait relever avec soin la coupe géologique, que je donne ci-après. L'inspection de ce croquis fait voir que la rivière tendait autrefois à l'aire ce percement, opéré depuis par la main des hommes, el à couper l'isthme étroit sur lequel le village de Joinville a été construil. Si cela est vrai, elle devail La Seine. i .'{
Coupe du souterrain de Saiot-Maur,
effondrement du calcaire grossier
,'1 l'aval
frapper
fco
côté d'amont, le coteau concave A, emporter tous les débris ébranlés et les déposer sur le coteau convexe E, serrer de près les coteaux de la partie concave CD du tournant, et les tailler en pente rapide. Du côté d'aval B, elle devait perdre beaucoup de sa violence. Or c'est précisément ce que démontre l'état des lieux : la pente des coteaux CD est très raide; le coteau E forme un cap de terrain de transport disposé en pente très douce , et la coupe du nouveau tunnel, que l'Administration municipale vient d'ouvrir, fait voir que l'action des eaux, très violente au pointA, était, au contraire, relativement faible au pointB. Cet ouvrage est creusé dans le calcaire grossier inférieur; le ciel est ouvert dans le banc à Ceritium giganteum, dont on a trouvé de nombreux moules; la partie inférieure esl creusée clans les calcaires glauconieux connus des carriers sous les noms de turlu, Saint-Jacques, etc. Or, du côté d'amont et sur la plus grande partie de la longueur du souterrain, le calcaire grossier est parfaitement en place et disposé par assises à peu près horizontales; mais, à partir d'un pointC prisa 1^5 mètres delà tête d'aval, on remarque une large fissure, et les assises calcaires sont renversées les unes sur les autres, ainsi que le fait voir la figure, comme si un grand affouillement avait été produit en dessous.
Toutes les roches ébranlées, du côté d'amont, étaient donc emportées, et beaucoup de blocs étaient considérables, car une des assises, que les ouvriers appelaient banc de 7 pieds, a 2m,3o de hauteur; du côté d'aval, au contraire, le courant, qui avait bien la force d'affouiller les sables glauconieux , était cependant trop faible pour enlever les roches ébranlées, qui se sont éboulées dans l' affouillement et y sont restées depuis cette époque^.
Le long de la route départementale de Charenlon à Saint-Maur, il existait autrefois un grand nombre de carrières, ouvertes dans les éboulis du calcaire grossier qui régnent sur toute la longueur du coteau, entre le village de Saint-Maur et Charenlon. On y voyait, non pas aussi nettement que sur ma coupe, des traces non équivoques
' J'ai déjà observé le munie fait au tunnel de Saint-Moré, dont j'ai donné la coupe plus haut (dia-
des aflbuillements anciens. Ces carrières ont été comblées, dans ces dernières années, par les travaux du bois de Vincennes. La coupe du tunnel de Saint-Maur a donc une certaine importance.
Le souterrain qui passe sous la place de l'Etoile a été ouvert pour recevoir l'égout collecteur de la Bièvre. Cet égout traverse la Seine au-dessus du pont de l'Aima, suit l'avenue Joséphine, passe sous la place de l'Etoile, l'avenue Friedland et la rue de Courcelles, aux Ternes et à Levallois. La galerie est ouverte dans le calcaire grossier, qui, de même qu'à Saint-Maur, est coupé en escarpement du côté d'amont. A la place de l'Etoile, point culminant, le calcaire est sillonné de nombreuses fissures verticales et se déverse vers l'aval; il ne tarde pas à disparaître sous l'égout, qui continue son chemin dans les sables moyens.
Le courant frappait avec violence le calcaire grossier sur le coteau concave d'amont, à Chaillot, enlevant tout ce qu'il détachait, et aflbuillait, du côté d'aval, le coteau convexe, qui s'alfaissait.
Il y a donc eu, entre les temps des hauts et des bas niveaux, un relèvement du continent, peu considérable comme fait géologique, mais suffisant, cependant, pour produire de graves perturbations dans le régime des eaux, et pour modifier la forme du fond delà vallée. Mais, bien loin de produire un déluge, ce relèvement a eu pour conséquence un rétrécissement considérable du lit de la Seine, la suppression du marais Saint-Denis, etc., en un mot un amoindrissement de la largeur du lit des cours d'eau.
On peut encore expliquer ces violences, dont les traces sont si apparentes, eu admettant que la vallée a été creusée, jusqu'au fond, par les courants diluviens, et qu'elle s'est trouvée remplie, jusqu'au plan supérieur des graviers des hauts niveaux, parle cordon des débris des roches détruites, qui voyageait au fond de la vallée, sous l'impulsion des eaux diluviennes (15).
Mais il faut toujours admettre l'action d'une cascade pour expliquer la séparation des graviers des liants et des bas niveaux, et, par conséquent, un relèvement brusque du continent entre ces deux phases de l'histoire de notre fleuve. Avec des relèvements lents, comme ceux qu'on constate dans les bas niveaux, il y aurait continuité dans les dépôts de graviers, depuis les plus hauts niveaux jusqu'au fleuve actuel, sur les pentes douces des caps allongés comme celui du huis de Boulogne, par exemple. Or cette continuité n'existe pas; il n'y a pas trace de gravier quaternaire dans la tranchée du chemin de fer de Ceinture entre la rue de Courcelles et la station d'Auteuil.
gramme n° û). Ce tunnel est ouvert dans les mêmes affouillées et sans solidité. Il a fallu voûter imnié-
conditions que celui de Saint-Maur. Les roches, du diatement le souterrain dans cette partie, tandis
côté d'amont, formenl un escarpement vertical des que le reste a e'i<;, pendant plusieurs années, sans
[ilus solides. Du côlr d'aval, an contraire, elles son! revêtement.
Université
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