‹ La SeineChapitre 54 sur 96 · JU CL · texte numérisé non relu

JU CL

t/cs crues torrentielles

des

La figure ci-dessus représente une des grandes crues de la Seine, la plus lorte du xixe siècle: elle a commencé le i5 octobre 1801 et s'est terminée vers le 19 janvier 1802; elle a donc duré 9G jours. Elle atteignait sa hauteur maximum le 3 janvier 1802.

Mais ce qu'elle a de remarquable, c'est qu'elle n'est due à aucun phénomène

météorologique extraordinaire. Voici ce qu'en dit M. l'ingénieur Brasle, qui en a fait la description :

ce L'inondation de l'an \ présente un caractère et des circonstances qui méritent

trde fixer l'attention des savants I! n'y avait presque point eu de neige :

rrà la vérité, des pluies assez fréquentes étaient tombées pendant les six mois qui «avaient précédé l'inondation; mais elles avaient été si peu abondantes que, dans rrle cours de ces six mois, la Seine ne s'était pas soutenue à 1 mètre au-dessus crdes plus basses eaux de 1719..... Ce fut en brumaire seulement que les eaux ce s'élevèrent au-dessus du second mètre; et le dernier jour de ce mois (21 novembre 1801), elles n'étaient qu'à im,83.ii

En appliquant la règle d'après laquelle je détermine d'avance la hauteur probable de chaque crue de la Seine, on trouve que celle de 1802 a été produite par quinze crues successives des affluents. J'ai indiqué, au-dessous de la figure de la crue du fleuve, la position et la hauteur moyenne de ces crues pour huit petits cours d'eau, sur lesquels je fais des observations depuis quinze ans. Or ces crues sont très ordinaires, et la plus grande se produit habituellement tous les ans. Ce qu'il y a eu d'extraordinaire, ce qui a été la cause de ce grand débordement de lu Seine, c'est la succession, à courts intervalles, d'un si grand nombre de petites crues et des pluies auxquelles elles sont dues. Néanmoins, comme le prouve l<" passage précité du mémoire de M. Brasle, ces petites pluies répétées n'avaient nullement frappé l'attention publique, et les savants se demandaient d'où pouvaient provenir de si grosses eaux.

Si, au lieu de quinze crues inégales, divisées, comme on le voit sur la figure, 'ii trois séries, les affluents avaient éprouvé quinze crues égales à la plus grande, se succédant à deux ou trois jours d'intervalle sans interruption, il est probable (pie les Parisiens se seraient plaints de la continuité du mauvais temps; mais ils n'auraient pas cru à un changement de climat, car la pluie tombée chaque joui' aurait été loin d'atteindre la hauteur des grandes averses d'été, et cependant l'étonnement de M. Brasle aurait été bien grand, car les eaux du fleuve se seraient élevées, au pont de la Tournelle, non pas à 7™, /i5, comme le 3 janvier 1802, mais probablement à plus de 1 5 mètres, peut-être à 20 mètres, et le débit se serait ainsi rapproché de celui des fleuves de l'âge de pierre.

Mais ces considérations sont bien plus frappantes si, au lieu de la Seine, on examine le régime de la Loire.

A partir du Bec-d'Allier jusqu'à la mer, le débit des plus grandes eaux connues de ce fleuve est presque constant et égal à environ i 0000 mètres cubes par seconde. Il semble donc que les affluents moyens et inférieurs n'ajoutent rien à sa portée, et cependant on sait, au contraire, (pie les grandes crues peuvent être produites par ers affluents agissant seuls.

Ce fait singulier tient à ce que la crue de la partie supérieure du fleuve est de six ou sept jours en retard sur celle des affluents moyens et inférieurs, et, comme celle-ci est de très courte durée, elle est toujours écoulée lorsque arrivent les eaux de la haute Loire et de l'Allier.

Que faudrait-il donc pour que la portée de la Loire, au-dessous du confluent de la Maine, fût de 3oooo mètres cubes par seconde et plus, au lieu de 10000 mètres cubes? Il faudrait que les pluies qui produisent les crues, sans augmenter d'intensité, fussent d'assez longue durée pour soutenir les crues du Cher, de la Vienne et de la Maine jusqu'à l'arrivée des eaux de la haute Loire et de l'Allier.

On comprend donc facilement qu'avec des pluies fort ordinaires, mais très prolongées, tombant à de très courts intervalles, pendant un ou deux mois, le fleuve remplirait encore le lit énorme qu'il occupait dans les temps géologiques, sans que personne songeât à en conclure que les lois atmosphériques de cette partie de la France fussent changées. Nous ne savons pas, en effet, pourquoi les pluies qui alimentent les grandes crues, comme celles de 1802, ne se reproduisent pas tous les hivers, et surtout pourquoi elles ne se prolongent pas pendant quinze jours, un mois et deux mois.

Examinons encore la crue de septembre 1866, qui est la plus grande crue connue des affluents de la Seine et de l'Yonne. Nous allons reconnaître pourquoi elle n'a été que d'une médiocre hauteur à Paris, tandis qu'elle a causé d'incalculables ravages dans le val de la Loire.

Cette crue a été produite par une pluie torrentielle, de trente heures environ, tombée du 22 au 2/1 septembre, dans les parties hautes du bassin de la Seine.

Dans la haute Yonne, la hauteur de pluie tombée a varié, suivant les localités,

entre 81 et 1 5 1 millimètres.

Dans la basse Yonne, entre 69 et 1 02

Dans le bassin de l'Armançon, entre 76 et i3A

Dans le bassin de la Seine proprement dit, en amont

de Paris, entre . . , 35 et 12/1

Dans le bassin de la Marne, entre hh et 86, etc.

Les affluents de l'Yonne ont éprouvé une crue formidable. On a calculé que l'Armançon, à Aisy, ne débitait pas moins de 800 mètres cubes par seconde. On ne peut guère évaluer à moins de 5 00 mètres les débits séparés du Serein à Guillon, de la Cure à Saint-Père, de l'Yonne à Clamecy. Ces quatre rivières, dont les versants n'ont ensemble que 35 11 kilomètres carrés de superficie, débitaient donc ensemble environ 2 3oo mètres cubes d'eau par seconde, tandis que la Seine, à Paris, dont le bassin n'a pas moins de 63270 mètres carrés, n'a

débile, au maximum de la même crue, que i25o mètres cubes environ par seconde.

Cette singulière anomalie tient à un fait bien simple, à ce que les crues de ces quatre rivières, qui ont passé les premières sous les ponts de Paris, n'y sont pas arrivées ensemble, y ont passé successivement, et ont précédé de plusieurs jours l'arrivée des crues des autres affluents.

Que fallait-il pour que la crue de Paris dépassât toutes les crues connues? Que la pluie des 23 et 2/1 septembre continuât avec la même intensité pendant trente heures de plus, le 28 et le 26. En effet, j'étais alors en Bourgogne, et j'ai constaté surplace que les affluents les plus violents avaient atteint leur hauteur maximum vers le ik septembre, mais qu'ils étaient rentrés dans leur lit le 26 au matin, tandis que les affluents les plus lents, les plus tranquilles, n'avaient atteint leur maximum que vers le 26 dans la journée.

Ces crues violentes et ces crues tranquilles ont donc passé sous les ponts de Paris les unes après les autres.

Il est bien évident que, si la pluie avait duré avec la même intensité jusqu'au 26, la crue des affluents violents se serait soutenue au delà de cette date, c'està-dire au delà du jour où j'ai constaté le maximum de la crue des affluents lents. Les ponts de Paris auraient donc débité, par seconde, non seulement les 2 3oo mètres cubes de l'Yonne, de la Cure, du Serein et de l'Armançon, mais encore le produit des autres affluents, de la Seine proprement dite, qui était en retard, de la Marne, qui n'a rien donné et pouvait doubler le. produit de l'Yonne.

Ainsi l'on peut se figurer très facilement, en doublant ou triplant la durée de la pluie, en la supposant d'intensité égale sur tout le bassin, que le débit de la crue parisienne aurait été de 1 0 à 12000 mètres cubes par seconde, quatre fois plus grand que celui de la plus grande crue connue, celle de février 1 658 , qui atteignit 2600 mètres cubes par seconde seulement.

Il en aurait été de même dans le bassin de la Loire, et le fleuve, à Saumur, aurait certainement débité 20 a 3oooo mètres cubes par seconde, si la pluie était tombée avec une intensité égale sur tout le bassin, et si, quatre ou cinq jours après lapremière crue, les affluents inférieurs, le Cher et la Vienne , avaient éprouvé une seconde crue semblable.

Mais, après trente heures, cette pluie violente a cessé tout à coup, le beau temps est revenu, et nous n'avons pas eu à déplorer les catastrophes qui auraient été la conséquence forcée d'une prolongation de la pluie.

On voit donc qu'avec de très petites modifications dans les lois météorologiques, lois qui nous échappent, l'existence des grands cours d'eau devient possible. Mais elle se trouve complètement démontrée, si l'on tient compte des làils qui suivent.

Avec notre climat actuel, les eaux pluviales ne ruissellent à la surface du sol,

La Seini. 1 (i

dans le bassin de la Seine, que dans les terrains suivants : granit, lias, craie inférieure, argile plastique, argiles du Gâtinais, de la Brie, de Satory et des sources de l'Eure. Elles ne ruissellent jamais et sont toujours absorbées sur place par les calcaires oolitbiques, la craie blanche, les sables et les calcaires éocènes, par les calcaires de Beauce et les sables de Fontainebleau, par les limons des plateaux que la craie draine, et enfin par les terrains de transport du fond des vallées. Cette absorption des eaux pluviales diminue énormément le débit maximum des crues, en augmentant leur durée, puisque ces eaux passent par les sources pour se rendre dans le lit des rivières.

Or je démontrerai (55, 90) que, dans l'âge de la pierre, les pluies étaient tellement abondantes, que leurs eaux ruisselaient à la surface des terrains les plus perméables. Il résultait de là que la première partie delà crue de Paris, celle qui est due aux terrains imperméables, était considérablement augmentée, et que la deuxième partie, due aux eaux de sources, était aussi beaucoup plus grande, puisque, les eaux ruisselant à la surface du sol, les sources étaient alimentées, autant qu'elles pouvaient l'être, l'absorption des eaux pluviales dans les terrains perméables étant alors au maximum.

Nous pouvons nous rendre compte de ce qu'aurait été, dans ces nouvelles conditions, la crue de septembre 1 866.

Les terrains perméables et imperméables du bassin de la Seine occupent les surfaces suivantes :

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