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SUR L'ARÈNE

(Voir pp. ai, 22, 2.3, 2 4 et 62.)

Cet ouvrage était en grande partie imprimé lorsque mes amis m'ont exprimé des doutes sur l'origine diluvienne de l'arène des vallées de la basse Bourgogne. Pour eux, ce terrain serait purement et simplement détritique. Les roches oolithiques auraient été réduites en petits fragments par les agents atmosphériques, et ces débris auraient été entraînés sur la pente des coteaux par les eaux pluviales.

Je dois d'abord dire pourquoi je repousse cetle explication, qui, au premier abord, paraît sans réplique.

Les dépôts d'arène des vallées de la basse Bourgogne se trouvent dans des positions déterminées; ils sont toujours à flanc de coteau dans les anses ou rentrants des vallées, sur le sommet de la courbe ou un peu à l'aval de la courbe de la convexité des tournants ou des confluents de deux vallées, c'est-à-dire à tous les points où l'eau serait calme, si la vallée devenait le lit d'un immense cours d'eau qui la remplirait à pleins bords. Il n'y a point d'arène sur les parties qui, dans cette hypothèse, seraient exposées à l'action violente du courant, telles que les coteaux concaves des tournants, les coteaux rectilignes des parties étroites des vallées, etc. Or, si l'arène avait été charriée sur les pentes par les eaux pluviales, elle se trouverait répartie sur tous les coteaux sans distinction, mais principalement sur la pente de la concavité des courbes des vallées, où les lignes de plus grande pente convergent; il n'y a qu'une position où les dépôts se seraient formés plus difficilement, c'est sur la convexité des tournants des vallées, où les lignes de plus grande pente divergent. Or, ainsi que je viens de le dire, c'est précisément le contraire qui a lieu sans exception.

On trouve des terrains détritiques entraînés par les eaux pluviales sur les pentes des calcaires oolithiques, mais on ne peut les confondre avec l'arène; ils sont composés de fragments de grosseur très variable indistinctement mélangés; telles sont, par exemple, les pierrailles qui couvrent la pente concave des roches de Saint-Moré, près des grottes d' \iv\ . Ces débris sont de toute grosseur, et l'on voit du premier coup d'œil qu'ils sont lormés des débris des roches supérieures lentement détruites par les agents atmosphériques. Mais on ne peut confondre ces grossiers détritus avec les fines arènes que la route a entamées plus près du village et qui se sont déposées à l'abri d'une des convexités de la vallée. Les arènes

~ sont en effet disposées par zones, ayant une inclinaison qui atteint parfois '1 •> les

r plus épaisses n'ayant guère que 90 centimètres Ces sables sont d'un même volume

«dans chaque zone Une zone de parcelles fines succède à une zone de parcelles plus

«grossières et vice versa. . . . Des zones terreuses succèdent à des zones sèches. « (Lettre de M. Collenot.) Les eaux pluviales ne peuvent rien faire de semblable; elles ravinent les pentes et accumulent les déjections au pied des talus en cônes irréguliers composés de débris de toute grosseur. Les eaux courantes, au contraire, forment constamment des dépôts zones et opèrent ces triages dont parle M. Collenot.

Il me paraît donc absolument impossible d'admettre que l'arène soit un terrain détrilique entraîné sur les pentes par les eaux pluviales.

Voici maintenant les objections les plus sérieuses qui m'aient été faites par M. Collenot, qui connaît très bien les vallées des terrains jurassiques :

i° Les petits fragments qui composent l'arène sont toujours anguleux et jamais roulés; jamais ils ne sont mélangés avec la grève, terrain de transport du fond des vallées composé de débris toujours roulés. Comment expliquer cette séparation, si ces deux terrains ont été entraînés dans le même temps par le même courant diluvien?

20 L'arène est toujours composée des débris des roches voisines, et, quand la composition de ces roches varie d'un bord à l'autre de la vallée, la composition de l'arène varie de la même manière sur chacun de ces bords.

M. Collenot cite plusieurs faits à l'appui de son opinion; par exemple, à Aizy-sur-Armançon, à la limite des départements de la Côte-d'Or et de l'Yonne, le chemin de fer de Lyon a ouvert une carrière de ballast dans un magnifique dépôt d'arène qui s'est formé sur la convexité d'un tournant de la vallée de l'Armançon, à gauche du thalweg; les collines situées du même côté de la vallée sont formées d'une roche qui renferme Yammonites arbastigerus (base de la grande oolithe). On n'y trouve pas Yoolithe militaire, située à un niveau un peu plus élevé; la sablière d'Aizy ne renferme pas une parcelle d'oolithe milliaire, et elle est formée presque entièrement de débris de calcaire à ammonites arbustigerus. Sur le bord opposé de la vallée, c'est-à-dire à droite du thalweg, dans l'anse de Rougemont. on exploite un autre dépôt d'arène composé presque entièrement de fragments d'oolithe milliaire et d'un calcaire compacte qui constituent, en effet, toutes les collines de ce côté de la vallée. Les débris qui ont formé l'arène n'ont donc pas passé d'un côté à l'autre du thalweg.

Dans l'Auxois, où toutes les vallées sont bordées du calcaire à entroques, les dépôts d'arène sont entièrement composés de débris de cette roche. M. Collenot l'a constaté notamment à Pouillenay.

M. Collenot croit que l'arène a été entraînée sur les pentes par les eaux pluviales; qu'elle tapissait autrefois tous les coteaux, et qu'elle a été enlevée par de grands courants qui ont rempli les vallées jusqu'aux bords. Les points épargnés sont ceux où l'eau était sans violence, c'est-à-dire les anses et les coteaux convexes des vallées. J'ai démontré, dans cet ouvrage, que ces courants ont traversé le bassin de la Seine avant le creusement des vallées, et que c'est à leur action qu'on doit attribuer toutes les érosions et le ravinement des vallées qui sillonnent ce bassin. Les dépôts sur les pentes n'existaient donc pas encore; en admettant même que les vallées eussent été préexistantes et que les dépôts d'arènes tapissassent toutes les pentes, il est évident que les débris de ces dépôts emportés par les courants auraient été jetés par eux dans les lieux où les eaux étaient sans violence,

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