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L’EAU

Eh quoi, vous allez décrire Paris ! — Lecteur, nous n’aurons pas cette outrecuidance. Un volume comme celui-ci suffirait à peine à dénombrer ses beautés et ses verrues ; oserions-nous tenter de l’enfermer dans le cadre étroit d’un chapitre ! Mais la Seine nous porte dans la Ville Ui'hs Franciæ, la Seine, qui est un peu son âme et à laquelle il doit un peu la vie.

Ses mariniers, les nautæ de Lulèce, n’ontils pas été ses premiers habitants, ses fondateurs? Et d’elle et de ses afllucnts, ne reçoit-il pas le fluide indispensable à son être, l’eau dont il s’abreuve et se purifie? Aussi, nous en parlerons. Mais, historien de la Seine, et non de Paris, nous dirons seulement ce que le fleuve nous a montré, et si nous nous éloignons de ses rives, ce ne sera que pour visiter ses tributaires, les aqueducs, les canaux, les fontaines qui se joignent à lui pour donner à la capitale spirituelle du monde la santé, la grâce et la force.

... La Seine ne fait pas dans Paris une entrée triomphale; si les barrières de l’octroi, à droite et à gauche du Pont national ne l’indiquaient suffisamment, le voyageur ignorerait qu’il vient de quitter la maigre banlieue d'ivry et de Gharenton. De symétriques chantiers de bois, des magasins de charbon, les fabriques, les docks du chemin de fer d’Orléans, s’alignent le long des chaussées poudreuses, sillonnées par les lourds fardiers du Quai de la Gare. Bercy hausse scs caves riveraines au-dessus de la berge ; les chalets, les kiosques de scs marchands de vin, les restaurants où chalands et vendeurs vont déguster les crus de France, imités ou naturels, s’éparpillent sous les marronniers. Voyez-vous, plus loin, les derniers arbres du

L’ILE-DE-FRANGE

défunt château de Bercy? Tout un nouveau quartier se bâtit et se peuple à la place de cette folie d’un ancien financier de la Régence. Voici la gare d’Orléans, le quai d’Austerlitz, toujours on mouvement, en face le quai do la Râpée, jadis égayé sans cesse par de folles bombances. En réalité, Paris, pour

nous, commence ici, place Valhubert, aux ^ débarcadères, presque voisins l’un de l’autre, {

débouché, sur le pont grouillant d’Austerlitz, des grandes voies du sud, entre le Jardin des Plantes, sa première curiosité, et la place de la Bastille, sa première beauté. Nous laissons derrière nous sans regret des régions annexées par le décret de 1860. Peut-on les confondre avec la Ville elle-même, active, diverse, souvent magnifique, laide quelquefois, jamais banale? Maintenant, les tableaux que le fleuve déroule se succèdent rapides comme les vues d’une lanterne magique, vivants, merveilleux.

Mais, sans cheminer plus avant sur les rives de la Seine ne désirezvous pas savoir par quels moyens 1& colossal Paris s’y désaltère ? La distribution des eaux est l’un de ses plus ingénieux organes ; ensemble étudions-la. Déjà vous avez remarqué, entre les ponts de Bercy et d’Austerlitz, un bâtiment de briques panaché de fumée; c’est l’usine construite en 1861 pour élever les eaux du fleuve jusqu’au réservoir de Gentilly, chargé d’alimenter le X1I1° et le XIV® arrondissements, la Maison-Blanche et Montrouge. Maintenant si le tumulte de la place Valhubert ne vous permet pas de remarquer, sur ce point, le confluent de la Bièvre, dont l’onde, si limpide et si fraîche à travers la campagne de Versailles, mais épaissie et violacée au contact des Gobelins, s’écoule sans bruit dans le fleuve, — certainement vous apercevrezle

PARIS

large port de l’Arsenal, issue du canal Saint-Martin. Ce canal, dissimulé à partir de la place de la Bastille sous une voûte de 1670 mètres de longueur, querecouvre une promenade, ensuite reparaît au jour, et rejoint, près de la rue Lafayelte, le canal de l’Ourcq, auquel plus haut s’abouche le canal Saint-Denis : Saluez le premier en date des

grands abreuvoirs de Paris, le canal dont la construction, sous le premier Empire, fut pour nos aïeux un bienfait inappréciable !

C’est que Paris jusqu’alors était presque aussi privé d’eau

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