CHAPITRE II
LE MORVAN BOURGUIGNON
Depuis les Laumes, les collines s’étaient graduellement abaissées ; on roulait en plate campagne. Mais le train s’est arrêté... Semur!... Et l’on s’émerveille à l’aspect d’une petite ville juchée dans un site pittoresque, digne du Tyrol, et cristallisée, en apparence, dans une forme purement féodale. La rivière l’Armançon, coulant, impétueuse et claire, dans ses anciens fossés, découpe avives arêtes le promontoire granitique sur lequel elle se répand en maisons blanches et grises, en jardins, et que débordent ses faubourgs. Une llècbe eflilée, deux tours carrées d’église, quatre tours rondes de château fort, couronnent l’escarpement, et semblent, à distance, d’une hauteur, d’une couleur fantastiques.
Approchez. L’image admirée ne s’évanouira pas, comme il arrive si souvent. Si de banales habitations s’encadrent entre les vieux édifices d’une cité forte, prise et détruite plus d’une fois, elle reste tout de même originale, curieuse, à l’oeil de l’artiste et de l’historien. L’église a de rares œuvres d’art, une superbe clef de voûte; les ""ues, frayées comme des taupinières dans les vieux quartiers nommés le Donjon, le Château, la Ville, ont de curieuses portes ogivales flanquées de tourelles : l’ensemble militaire et féodal impressionne vivement. C’est bien ici, sur ces rochers capricieux, dans l’enceinte naturelle creusée par l’Armançon, que devaient, après le triomphe de César sur Alesia, se réfugier les Gaulois vaincus, les Mandubiens, dépouillés de leur capitale. Rome laissa cet asile aux fugitifs et même le consacra par un temple dédie à l’un de ses dieux, Apollon ou Hercule. Jamais choix fut-il mieux inspiré? Tel Semurois en est encore dans l’enthousiasme. « Qu’un voyageur s’arrête sur le pont
et qu’il jette ses regards à gauche . Suis-je en Suisse? suis-je en
Grèce? je ne sais. Voilà des cimes alpestres et garnies de leurs sapins