ADBAYE DES VAULX DE CERNAY
Simon de Monfort, sire de Néautle-le-Cbâtel et connétable de F rance.
Grâce à Mme Natbanicl de Rolbschild, tout ce que l'on a pu conserver et restaurer de l’une des belles abbayes de l’Ilc-de-France, Fa été avec une réelle intelligence de la vérité arcliéologique. Les moines cisterciens reconnaîtraient, dans ce château si mondain, leur promenoir, leur cbaufFoir et leur parloir, leur lavoir près du ru des Vaulx, leur réfectoire et leurs communs ; ils pourraient encore aller
L’ILE-DE-FRANCE
puiser de l’eau à la foulaine de leur vénéré patron, saint Thibaut de Marly, que protège un élégant édicule de la Renaissance. Affligés sans doute de ne revoir que des fragments de leur cloître et des arcades brisées de leur église ogivale, ils admireraient cependant qu’on les ait embaumés, comme des reliques, dans l’épais bandeau de lierre et de fleurs, et le spectacle de ces nobles architectures soigneusement conservées les consolerait un peu.
— ]\lais notre canot ? — Laissez, nous le rejoindrons tout à l’heure. Voudriez-vous quitter les environs de Versailles sans avoir vu l’autre partie de la vallée de l’Yvette, où sont Courcelles, Gif, Bures, Orsay, ces villages d’une couleur rustique et parisienne si originale? Et la vallée de la Bièvre, que dominent, à ses deux extrémités, les arches de l’aqueduc du Bue et celles de l’aqueduc d’Arcueil, et dont les groupes d’habitations s’appellent Jouy-en-Josas, Bièvres, Igny, Antony, Verrières, Bourg-la-Reine, Sceaux, Fontenay-aux-Roses, noms souriants et célèbres, passerons-nous en la dédaignant ? Vraiment cela nous serait bien difficile, si, d’aventure, notre voiture
LES ENVIRONS DE PARIS
rencontrait Aulnay ou Robinson. Certainement alors les Parisiens, qui remplissent cette campagne do leurs ébats, dînent dans des marronniers et chevauchent sur des ânes, ne manqueraient pas de nous entraîner avec eux dans le tourbillon d'o leur gaieté, et les maîtres aliborons, aux oreilles ornées de queues de renards, auraient assurément doux cavaliers novices de plus, pour les égarer dans les sentiers ombreux de Verrières...
Nous revenons pourtant, et encore à travers des bois enchantés, ceux de Fosses-Reposes, de Marnes, de Ville-d’Avray, puis de Saint-
SAINT-CLOUD — PALAIS DEPUIS L’iNCENDIE
Cloud. Cocher ! menez-nous aux étangs, près desquels le bon et grand peintre Corot regarde de ses yeux de marbre le paysage délicat, léger, envolé, où son pinceau mettait de si poétiques idylles! Menez-nous en pèlerinage au pavillon en deuil de Gambetta, et vers ce qui fut la maison de Balzac. Montrez-nous, au moins du doigt, la villa où demeure Jules Claretie, l’un des plus féconds et des plus brillants écrivains de notre époque : il ne se fâchera point de l’indiscrétion grande, car personne ne sait mieux que lui que l’affabilité du caractère est comme la rançon du bonheur.
Et voilà Saint-Cloud, une vieille petite ville, toujours vivante, un parc toujours aimé, une cascade toujours admirée, mais un château bien défunt. Les Prussiens, au lugubre mois de janvier 1871, ont brûlé la résidence de Philippe d’Orléans, de Marie-Antoinette et de
L’ILE-DE-FRANCE
Napoléon; le feu a consumé les superbes fresques de Mignard, et des fourgons ont emporté en Teutonie les pendules oubliées dans les appartements impériaux. Mais le squelette est debout et, par scs trous béants, par scs pierres roussies, par ses charpentes et scs ferrures, tordues comme des nerfs désespérés, il nous cric moins la haine de l’étranger que l’horreur de la guerre, de la guerre qui tue et qui détruit, laissant encore après elle, pour