TRIEL
cité féo laie, très guerrière, très redoutée et très malheureuse au moyen âge.
Vue de la Seine, Mantes-la-Jolie nous paraît aussi jolie que son épithète : des allées touffues, ombrant ses quais, ne parviennent pas à nous cacher ses maisons d’une blancheur avenante, par-dessus lesquelles les tours de sa cathédrale gothique, sœur aînée de Notre- Dame de Paris, s’élèvent puissantes et sombres. La ville mérite une escale. Son ex-auditoire royal, blasonné aux armes de Louis Xll et d’Anne de Bretagne, son élégante fontaine de la Renaissance, les débris de son château fort et de ses remparts, maintes fois assiégés, son quartier des tanneries, son théâtre, ont du caractère ou du style, enfin ses alentours sont réellement pittoresques.
Vous vous récriez : Eh quoi ! vous moquez-vous ? Du pittoresque
L’ILE-DE-FRANCE
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ici, à quinze lieues de Paris, en plat pays? — Regardez plutôt : La canot laisse à droite le vieux Limay, lé coteau des Célestins, dont le poète Regnard a chanté la vigne :
Que sur le clos Célestin Tombe à jamais la rosée!
puis l’Ermitage de Saint-Sauveur, mais il s'arrête au cliâteau de Rosny, berceau et résidence de l’illustre ministre de Henri IV, Maxi¬
milien de Béthune, baron de Rosny, duc de Sully. Le château n’est plus l’édifice féodal qu’il devait être, mais il a bonne mine encore et convient à la fortune de son richissime propriétaire, M. Lebaudy. Rolleboise commande une presqu’île diaprée des plus fertiles plantations ; Vétheuil présente une vaste église, dont le portail, construit par les architectes de François 1" et d’Henri H, est une merveille de délicatesse, de grâce, d’harmonie, un bijou religieux de l’architecture de la Renaissance, en général plus sensuelle que mystique.
A présent, nous verrons sans cesse, jusqu’à La Roche-Guyon, terme de notre voyage, les plus étranges collines, chauves, calcinées, s’enchaîner en bordure du fleuve, vis-à-vis la plus opulente campagne. Nous les verrons s’élancer en pics, s’arrondir en dômes, se
LES ENVIRONS DE PARIS
croiser en triangles, s’épointer en pyramides, dessiner d’énormes silhouettes d’êtres fantastiques, et nous verrons de leur flancs s’envoler des spirales de fumée, car elles renferment de pauvres logis, creusés dans le tuf depuis des siècles, le village tout entier d’Haute- Isle, où Boileau, qui l’a décrit minutieusement dans l’épître à M. de Lamoignon, demeurait chez son neveu « l’illustre M. Dongois,
greffier en chef du Parlement », et les souterrains si curieux du château de La Boche-Guyon.
Ce château réalise, il nous semble, l’idéal d’une résidence aristocratique, et l’homme le vaniteux de ses parchemins pourrait souhaiter de plus congruent à ses prétentions. Au sommet d’un roc, une tour énorme, des remparts déchiquetés, subsistent pour prouver l’existence d’une forteresse bâtie dans le haut moyen âge, sur des fondations romaines. Ces ruines surplombent un vaste édifice composite, iiu-pai tie uu dix-septième et du dixhuitième siècle, meublé, avec le bon goût d’autrefois, des meubles solides et beaux d’autrefois. Toute une lignée de ducs et de duchesses de La Roche-Cayon, de Liancourt, de La Rochefoucauld, de Rohan, ont accumulé ces trésors authentiques, dont les tapisseries, les tentures, les peintures sont vraiment admirables.
La chapelle où, dit-on, sont ensevelis des martyrs est, comme l’a dépeint Lamartine, « une véritable catacombe, affectant, dans les circonvolutions caverneuses de la montagne, la forme des nefs, des chœurs, des piliers, des jubés d’une cathédrale ». En ce ténébreux sanctuaire, un groupe de « jeunes gens distingués » assistaient, sous la Restauration, à de célèbres retraites mystiques. « Tous les jours, raconte le poète invité à ces cérémonies, le service religieux s’y
CATDÉDhALE DE MANTES
L’ILE-DE-FRANCE
faisait avec une pompe, un luxe et des enchantements sacrés, qui enivraient les jeunes imaginations... Seul, je n’avais aucun goût pour ces délices. Le duc de Rohan et ses amis me pardonnaient mon indépendance de foi en faveur de mes aspirations vers l’infini et vers la nature... » Et cependant, chantait l’amant d’Elvire :
Ici viennent mourir les derniers bruits du monde ;
Naulonniers sans étoile, abordez 1 c’est le port :
Ici l’âme se plonge en une paix profonde Et celte paix n’est pas la mort.
— Et de La Roche-Guyon où allons-nous ?
— Nous irons tout à l’heure en Normandie.