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PONTOISE

séduisante. Les rives dénudées, crochues, raboteuses, noircies par les débardages d’un petit port, où de lourds chalands apportent les fers des Ardennes et les houilles de la Belgique, rappellent la Seine à Saint-Denis. Mais, patience ! Une alerte promenade vous la montrera toute différente ; devant vous, les paysages, aimés de Jules Dupré et de Karl Daubigny, se dégageront de la brume des horizons, et le long de la route, d’émouvants souvenirs vous tiendront compagnie. Déjà, près de Saint-Ouen-l’Aumône, sur la même rive, voici, dans une villa très soignée, tout ce que les révolutionnaires ont épargné de la très célèbre abbaye de Maubuisson fondée par

L’OISE

Blanche de Castille : un bâtiment d’une architecture admirable, contenant la salle du chapitre, la sacristie, le réfectoire, les dortoirs des religieuses, une grange, et de vastes souterrains voûtés en ogive où les servantes du Seigneur étaient inhumées.

Ce n’est pas à Anvers qu’il faudrait s’aviser de contester le charme des bords de l’Oise ; ce village, aux chaumes pelucheux, est précisément une colonie de peintres groupés autour du maître Karl Daubigny pour en reproduire les sites enchanteurs. Devant leurs chevalets, en face d’Auvers, Méry élève ses roches abruptes au pied desquelles la rivière, entre des bois sombres, coule noire comme l’encre. Tout près, végètent les ruines mélancoliques de l’abbaye de Notre-Dame du Val, et brillent le château de Stors, puis le bourg de l’Isle-Adam, illustre seigneurie jadis, maintenant chef-lieu de canton, adopté par l’opulente villégiature.

L’Isle-Adam n’a plus le somptueux château des princes de Conti ; mais son église, restaurée minutieusement, est un bijou de la Renaissance. Persan, Beaumont, tout industriels, jettent quelque peu de fumée dans la pure atmosphère de cette gracieuse campagne ; mais à peine on les a quittés, qu’on retrouve les hameaux champêtres, les châteaux, les abbayes mémorables : Asnières et son manoir de la Reine-Blanche, Viarmes et ses chaumes veloutés ; l’abbaye de Royaumont, où saint Louis avait une cellule, et dont le réfectoire, le cloître, attestent la richesse et le bon goût.

Quittons les bords de l’Oise pour suivre son aflluent, la Nonnette ; le but en vaut la peine ; nous allons à Chantilly. La petite rivière frétille sous les bois profonds qui dépendent encore du domaine princier que les Bouteiller de Senlis ont légué aux d’Orgemont, les d’Orgemont aux Montmorency, les Montmorency, très involontairement, aux Gondé, et le dernier de ces princes à M. le duc d’Aumale, qui vient à son tour, par un acte du 28 septembre 1886, d’en faire à l’Institut de France une généreuse donation, acceptée par un décret du président de la République daté du 20 décembre 1886.

Excepté les jours de courses. Chantilly, comme Versailles, donne bien l’impression d’une petite ville quasi-royale, en deuil de ce qui n’est plus. Ses longues avenues vides, son immense pelouse déserte, font songer au temps où les innombrables officiers de la maison de Condé, ses équipages de chasse, ses chevaux, scs meutes, et des

L’ILE-DE-FRANCE

fêtes continuelles y mettaient l’éclat, le tumulte incessant de la vie princiére. On regards avec étonnement, comme l’œuvre d’un autre âge, aussi éloigné de nous que l’ère des Pharaons, l’inutile et vaste palais que « monseigneur Louis-Henri de Bourbon », septième prince de Condé, fit construire, de 1719 à 1735, pour loger ses trois ou quatre cents chevaux. Et le château élevant à peine au-dessus

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