‹ La SeineChapitre 8 sur 93 · SEMUR · texte numérisé non relu

SEMUR

EN BOURGOGNE

regretterait celle qui écrivait, le 16 octobre 1673 : « Enfin, ma bonne, j’arrive présentement dans le vieux château de mes pères. Voici où ils ont triomphé, suivant la mode de ce temps-là. Je trouve mes belles prairies, ma petite rivière, mes magnifiques bois, mon beau moulin, à la même place où je les avais laissés. Il y a eu ici de plus honnêtes gens que moi, et cependant, au sortir de Grignan, après vous avoir quittée, je me meurs de tristesse, je pleurerois de tout

mon cœur présentement, si je m’en voulois croire . Je vous ai vue

ici. Bussy y étoit qui nous empêchoit fort de nous ennuyer. Voilà où vous m’appeliez marâtre de si bon ton . »

Bussy, que nous avons rencontré tout à l’heure, venait à Bourbilly; mais, pour le lui rendre agréable il n’y fallait pas la présence de la marquise. « Je fus hier à Bourbilly, lui écrit-il le 12 novembre 1666, jamais je n’ai été si surpris, ma belle cousine, de trouver cette maison belle, et quand je cherche la raison, après le mépris que j’en avais fait il y a deux ans, il me semble que cela venait de votre absence. En effet, vous et M"® de Sévigné enlaidissez ce qui vous environne, et vous fûtes ce jour-là, il y a deux ans, à votre maison Il n’y a rien de si vrai, et je vous donne avis que si vous la vendez jamais, vous fassiez ce marché par procureur, car votre présence en diminuerait fort le prix. »

Quittons ces charmants épistoliers, nous les retrouverons, s’il nous plaît, à trois lieues d’ici, chez leur ami commun, le comte de Guitaut, dans son beau château héréditaire d’Epoisse. En vérité oui, héréditaire, car il appartient encore à la même famille, et, presque immuable à travers tant de changements, il a gardé tout ce qui en faisait le prix. Par la porte féodale, où M. de Guitaut vint saluer sa noble amie, qui seulement passait, on pénètre encore dans la première enceinte renfermant l’esplanade et la jolie église paroissiale. Une autre porte fortifiée mène à la cour d’honneur : les fondations, les fossés, lestours, datent du quatorzième siècle, du temps desprincesde Montagu ou des comtes de Montbard. Comme autrefois, les maîtres du logis se reposent à l’ombre des vieilles allées de tilleuls, taillées en berceaux, ils se promènent, ils chassent dans leurs bois, ils conservent dans leurs archives les parchemins de leur maison, leurs titres de propriété, et dans leur modeste galerie, les portraits de leurs parents, de leurs alliés, quelques-uns signés Largillière et

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l^hilippe (le Champagne. C’est là, sans doute, quelque chose de plus que le bonheur du villageois de Racan :

Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau,

Ses champs et ses jardins sont autant de provinces.

Et sans porter envie à la pompe des princes,

Se contente chez lui de les voir en tableau.

N'importe ! En face des provocantes glorioles d’à présent, du bric-à-brac somptueux étalé par nos Shyloks et vaniteusement cueilli dans les cosmopolites hôtels des ventes, nous aimons ce culte du passé, ce respect des souvenirs, ce luxe de bon aloi amorti par les ans.

A partir d’Avallon, on pénètre fort aisément dans le IMorvan séquanien. Les grandes routes, qui s’y croisent, mènent en effet dans ses vallées profondes aux curiosités pittoresques nommées ; Chastellux, Vézelay, Saint-Père, Montréal, Arcy-sur-Cure, l’étang des

Settons . Dès le printemps, les hôteliers, les voituriers de la petiti,

ville s’apprêtent à recevoir les touristes, si rares encore, et la plupart étrangers, que les sites délicieux de la Suisse française devraient, il semble, attirer en grand nombre vers ses montagnes. Ab ! si les citadins, voués par la mode aux nonchalantes villégiatures des banlieues, aux villes d’eaux, aux plages ruineuses, à la Suisse, à l’Italie, connues et consacrées, venaient ici! Cette région cordiale et fruste se couvrirait sans doute rapidement de casinos « très chics ». Vous qui n’aimez point ces créations de la haute vie, remerciez les citadins de s’en tenir à leurs habitudes, mais, de peur qu’ils ne viennent à les changer, hâtez-vous d’aller où ils ne vont pas!

Pour vous offrir comme un avant-goût des charmes du voyage, Avallon meme a son point de vue des Deux Cousins : Vis-à-vis son ancienne porte, entée sur granit, la belle rivière le Cousin se précipite entre deux énormes rocs surplombant ses rives, puis, s’étale en large nappe et semble ensuite se diviser en deux branches sinueuses, dont l’on voit se perdre en d’obscurs défilés les mobiles lumières.

C’est assez pour une station de touristes d’être proprette, commode, on ne lui en demande pas davantage ; Avallon possède ces qualités. Pourtant, on regarde avec plaisir la façade si élégante de sa vieille

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église ; on salue avec émotion, si l’on sait se souvenir des vrais grands hommes, la statue de Vauban, qui décore son esplanade. L’admirable patriote, — tant de cœur uni à tant de génie! — est né dans les environs, à Saint-Légcr-les-Fougcrest, depuis Saint-Léger-Vauban.

D’Avallon au châteaux de Chastellux, le chemin est direct ; comptez trois lieues.

Vous le verrez de loin élever par-dessus la colline qui le porte, par-dessus les ombrages touffus qui l’enserrent, ses grosses tours rondes et crénelées, barrant les nues.

L’une des belles rivières du Morvan, la transparente Cure, baigne ses fondations, coule dans ses fossés, que traversent des ponts-levis. Dans le cadre d’une gorge étroite, bruissante, il apparaît comme une intacte forteresse du moyen âge. Cette farouche armature, maintenue soigneusement, avec goût, n’enferme, il est vrai, que de modernes élégances. Sauf la salle des Gardes, revêtue de grandes tapisseries noircies, admirées peut-être jadis des Beauvoir, des Candale, des Bassompierre, célèbres possesseurs du domaine, — les premiers, puissants vassaux des ducs de Bourgogne, reposent dans la ci-devant chapelle seigneuriale, — nuis restes considérables d’autrefois, en aucune pièce, même dans la Tour-Saint-Jean, datée du onzième siècle. Mais que vous fait cela? Vous n’avez d’yeux que pour la grâce sauvage du pays.

Plus vous vous enfoncerez dans le Morvan, plus vous avancerez

PORTE DE SEMÜR

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vers les sombres vallées des sources, où naissent la Cure, le Cousin, l’Yonne, et d’innombrables petites rivières et minimes ruisseaux, plus vous serez frappé, ravi peut-être, du caractère particulièrement sauvage des sites. Sachez que vous parcourez une région infiniment ancienne, la plus âgée du bassin de la Seine, qu’elle domine encore, « comme un grand cap, comme une gigantesque forteresse au milieu de son fossé » (1) de toute la hauteur de ses gneiss et de ses granits, souvent massés en cônes et en dômes montant à huit, neuf cents mètres. Son passé séculaire est partout inscrit dans ses entrailles : interrogezles. Elles vous diront qu’au temps préhistorique des mers secondaire et tertiaire, dont les Ilots noyaient les futures Champagne, Ile-de- France, Normandie, le prédestiné Paris, le Morvan formait comme une île isolée, escarpée, si bien inaccessible, que les courants diluviens, qui creusèrent autour de lui de si vastes plaines, mirent à nu la craie champenoise, ensablèrent et roulèrent comme petits cailloux les grès de Fontainebleau, ne purent l’atteindre. Des fleuves, alors, furent détournés de leurs cours, des vallées, déplacées, lui, il resta, intact, et, probablement hanté par les premiers groupes humains, il nous est aujourd’hui, avec ses forêts immenses, ses tourbes, antiques forêts absorbées par les sphaignes, ses grottes recélant les os d’une faune disparue, comme un fidèle témoin de l’àge de pierre. Ajoutons : sur cette vieille terre vivent des populations gardant des mœurs rustiques, ailleurs surannées ; le progrès, qui pénètre chez elles à toute vapeur, avec les chemins de fer, leur en laisse du moins l’apparence — le voyageur peut-il voir au delà ? Ils sont attachés à leurs coutumes, aux masures enfumées où, sou vent, à force de labeur acharné, d’économie sordide, ils cachenc des fortunes. L’air concentré, presque sournois, peut-être vous déplairont-ils, vous regardant passer sur le seuil, avec défiance, effarouchés? Rassurez-vous; ils s’apprivoisent assez vite, et leurs manières se font cordiales, hospitalières, dès qu’ils vous connaissent un peu.

Vous marchez dans l'étroite et humide vallée de la Cure ; ses eaux brillent, sous l'ombre des rochers; çà et là, des blocs de granit l’arrêtent. Elle les franchit en sautant, en chantant; les villages sent

(1) M. Beigrand, La Seine.

EN BOURGOGNE rares, les forêts embrunissent les monts; une feuille qui vole, une pierre qui roule sous vos pieds sont des aventures; on aspire l’odeur surette des marécages. Vous vous reposerez au gros village de Montsauche, et si écrus que soient les draps de l’auberge, ils sembleront doux à vos membres lassés. L’étang des Settons est à quelques pas, étang naturel, mais si agrandi, si transformé de 1848 à 1861 par un grand travail de maçonnerie, qu’il est plus judicieux de le nommer Réservoir des Settons.

Il s’agissait de favoriser le transport, en été, par le flottage à bûches perdues (1) des bois que vous avez vus empilés sur les bords de la Cure. Les eaux de cette rivière, absorbées en partie, sous l’action de la chaleur, par un sol marécageux, spongieux, n’étant plus alors assez abondantes pour un rapide flottage, on lui a construit ce réservoir, spacieux lac, situé à l’altitude de 580 mètres, ayant de superficie 403 hectares, de profondeur 18 mètres, de contenance 23 millions de mètres cubes, et maintenu dans un lit de béton par une digue de granit longue de 209 mètres, haute de 20, épaisse à la base de 11 ”,40 et au sommet de 4'", 90. L’étang est aussi un vivier extrêmement poissonneux, où se jouent et prolifient l’avide brochet et le délicat lavaret, appelé féra. La seule source de la Cure fournit cette énorme provision d’eau alimentant de la sorte les canaux de Bourgogne et du Nivernais, l’Yonne, sans appauvrir la Cure elle-même, qui reçoit, jusque pendant la canicule, plus de deux mètres et demi d'eau par seconde.

Vézelay, par delà Chastellux, au nord-ouest, se hausse près de la rive gauche de la Cure. Laissez derrière vous les cimes noires du mont Tourreau, du mont Prénely, où naît l’Yonne : ils séparent le Morvan séquanien du Morvan nivernais (décrit dans notre livre : La Loire).

Par collines et forêts, par des chemins capricieux, inévitables en cette région, vous irez rejoindre la grande route. Dût-il vous en coûter quelques écarts d’itinéraire, des heures de fatigue imprévue, vous admirerez en passant les superbes paysages des îles Labaume, de la Pierre-qui-Vire , les cascades de Lormes, des Aubues, de Saint-Georges, formées par l’Auxois et ses tributaires :

(I) Voir le premier •^'oUime des Fleuves de France : la Loire, chapitre v

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d’étranges rochers, tout chevelus, parsemant, brisant les rivières agrandies, élargies en nappes lumineuses; autour, un cirque de hauteurs abruptes dentelant le ciel ; au delà, des lointains montueux en échelons infinis, estampant l’horizon de teintes bleuâtres, dégradées, de plus en plus légères, fondues, mourantes. Dans ces solitudes, qui parfument la sève des chênes, l’arome des plantes sylvestres, nulle industrie, à peine un moulin. L’écho répercute, note à note, le bruit musical des chutes d’eau sur les granits, du vent dans les feuilles : parfois, des ouches où sont parqués les grands bœufs blancs, un mugissement s’élève.

Auprès de Vézelay, vers Saint-Père, gros village boueux assis au pied de la célébré abbaye, et où brille, littéralement comme une perle dans le fumier, le portail exquis d’une église du onzième siècle, la vallée de la Cure offre l’aspect le plus gracieux. Les collines, entre lesquelles la rivière dévide son ruban d’argent, écartées, rapprochées tour à tour, vous ouvrent sans cesse de nouvelles perspectives enchantées. D’un agreste et silencieux défilé, on passe soudainement dans une ample campagne, aux bois suc<3èdent les prairies closes, un clocher fluet comme un baliveau pique les nuages, des amas de maisonnettes enveloppées d’une atmosphère

diaphane semblent sortir de l’eau . Mais vous gravissez la côte

de Vézelay, et tout ce que vous avez vu, ces ondulations, ces contrastes se fondent dans un immense tableau, dont toute la grandeur, l’harmonie, le charme, nous apparaîtront dans un moment, quand vous l’embrasserez, sans pouvoir en détacher vos yeux, du sanctuaire illustré par saint Bernard. Ah ! posséder une maisonnette sur la corniche de Vézelay!

Jadis ville monastique, peuplée, riche, Vézelay est maintenant bourg isolé, muet, pauvre : une seule diligence lui amène de la station de Sermizelles quelques rares voyageurs, parfois des peintres. Les vieilles maisons bordant la grande rue et les remparts sont badigeonnées : si leurs portes cintrées s’entre-bâillent , on aperçoit de curieux intérieurs; çà et là, des grotesques, surchargés de plâtre, grimacent aux claveaux, aux chevrons des façades. Sur la place de l’Abbaye, devenue celle du Marché, une lourde tour octogone monte, se termine par une pyramide en charpente, enfermant les cloches de ce beffroi du onzième siècle.

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Vous ôtes à l’endroit même où, vers le milieu du neuvième siècle, le comte Gérard de Roussillon, fameux dans les chroniques, les chansons de geste du moyen àgc, fonda, pour les femmes, une abbaye selon la règle de Gluny. Le premier établissement, ravagé, ruiné par les Normands en 887, ne dura pas; les bénédictins le restaurèrent au onzième siècle, réédifièrent à grands frais l’église Sainte-Marie-Madeleine, achevée, au commencement du douzième siècle, par l’abbé Artaud et dédiée solennellement l’an 1104, par le pape Pascal 11. Cette vaste construction épuisant les ressources des religieux, ils obligèrent leur vassaux de contribuer à la dépense par un supplément d’impôt. Ces exigences amenèrent une révolution fameuse.

« L’abbé de Vézelay, dit Augustin Thierry, tirait de grands profits de l’affluence des étrangers de tout rang et de tout état, ainsi que des foires qui se tenaient dans le bourg, particulièrement à la fête de Sainte-Marie-Madeleine. Cette foire attirait, durant plusieurs jours, un concours nombreux de marebands venus soit du royaume de France, soit des communes du Midi, et donnait à un bourg de quelques milliers d’âmes une importance presque égale à celle des grandes villes du temps. » — Donc, enrichis par le commerce, enhardis, par la richesse, les bourgeois se refusent à des sacrifices de plus en plus onéreux; ils .s’arment, assiègent l’abbaye, chassent les moines, appellent à leur aide le roi de France et Guillaume, comte de Nevers. Celui-ci, moyennant hommage , et redevances, se déclare leur protecteur, les affranchit, et jure fidélité à leur charte communale. Vaincue, l’abbaye dut transiger. D’ailleurs, pour faire respecter le pacte conclu, les bourgeois « élevèrent autour de leurs maisons, chacun selon sa richesse, des murailles crénelées, ce qui était la marque et la garantie de la liberté. » Cela se passait en 1151.

Cinq ans avant cette époque mémorable, saint Bernard était venu réformer l’abbaye ; dans la splendide Sainte-Marie -Madeleine on l’avait entendu blâmer le luxe des églises, déclarer « bizarres et monstrueuses, antichrétiennes, les figures prodiguées sur les chapiteaux, sur les frises et jusque dans le sanctuaire du Seigneur. » Un jour de cette même année, au temps pascal, une multitude de grands féodaux, de chevaliers, d’hommes d’armes, le

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de la colline de Vézelay : le grand orateur leur parla, ayant pour chaire la légère éminence d’un tertre appelé aujourd’hui la Cor-

peuple, et à leur tête le roi de France Louis VII, se pressa autour

EIS liOLRGOGNE

delle. Il prêche la guerre sainte contre l’islam pour la délivrance de Jérusalem, la deuxième croisade, et, tous entraînés, subjugués, crient : Dieu le veut! reçoivent des mains des moines et cousent à leur habit la croix de drap rouge. Le roi lui-même, « enflammé de zèle pour la ville caplive de Mésopotamie, ou, selon d’autres, la conscience bourrelée de remords d’avoir ordonné l’incendie de Vitry, prit la croix par laquelle ils s’engageait à voyager d’outre-mer » (1).

En 1187, Vézelay revit devant ses murs une foule aussi enthousiaste, malgré les revers, les souffrances, les innombrables morts des expéditions précédentes : combien de croisés n’étaient jamais revenus en douce France! L’archevêque Guillaume de Tyr prêcha cette troisième croisade. Depuis un demi-siècle , saint Bernard n’était plus, et les monastères qu’il avait dirigés ou édifiés par son exemple déclinaient.

Témoin grandiose de ces époques de foi ardente, d’abnégation sublime, de fougue primesautière, l’église demeure, étonnante.

D’abord, la hautaine majesté d’une façade élevée de quelques marches au-dessus du sol vous impose l’admiration. Par trois portes colossales elle donne accès dans le nartliex, réservé aux catéchumènes, aux pénitents, et séparé par un mur intérieur de la nef où s’assemblaient les fidèles. Dans les archivoltes des pleins cintres niche tout un peuple hiératique de la Bible, de l’Évangile et de l’histoire. Par-dessus ces personnages, en haut relief, Dieu plane, impassible et redoutable figure, symbole de tous les effrois et de tous les espoirs du moyen âge; assis comme un juge en son tribunal, la dextre levée pour enseigner, prescrire et commander, l’index tendu comme pour rendre la sentence suprême qui juge les vivants et les morts, les voue aux douleurs ou aux délices éternelles.

Le reste est un immense édifice, long de 119 mètres, de forme cruciale, austère et triste. Les voûtes supportent quatre énormes clochers. On y pénètre par trois portes latérales. Au dedans, qu’on imagine une forêt de colonnes gigantesques rangées en cinq nefs bâties pour de triomphales cérémonies, maintenant nues, désertes à

(1) Chronique de Guillaume de Nangis.

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jamais. De larges palmes s’enroulent aux chapiteaux. Les dalles usées montrent des effigies méconnaissables, des lambeaux d’inscriptions funèbres. On monte par quatre marches dans le chœur, assez vaste pour contenir une légion de moines.

Un cloître, une citerne, une salle capitulaire du douzième siècle attiennent à l’église; Viollet-le-Duc, qui a restauré celle-ci, n’a pu refaire ses dépendances; à quoi bon, d’ailleurs? Peut-on rendre la

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