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VUE GÉNÉRALE DE VÉZELAY

vie aux choses du passé? L’incrédulité ignorante et dédaigneuse renverserait ces pierres avant que le temps ne les ait usées.

On sort de Vézelay par la Porte Juive, flanquée de tours, belle construction du quinzième siècle, ouverte sur un chemin descendant à la vallée de la Cure. Encore de larges horizons, verts et bruns, mais les collines, passé le village Asquin, oii l’on remarque des ruines féodales, vont en s’abaissant jusqu’à Sermizelles. Là, dans l’hôtel récemment construit, joliment meublé, près de la gare, à l’intention des touristes, qui ne se résignent pas à renoncer aux petites douceurs de la vie : gîte agréable, attachant.

A deux lieues, grottes d’Arcy.

Au sein d’une plaine étendue, fraîche, que dominent les mamelons où se font vis-à-vis deux anciens châteaux, non loin des bords

EN BOURGOGNE

de la Cure, ou entre librement par une voûte basse et sombre dans une haute et vaste salle souterraine, dépouillée depuis longtemps de ses ornements naturels, stalactites arrachées ou tronçonnées par les visiteurs : c’est la Grotte des Fées. Creusée par la Cure pendant les commotions diluviennes, elle est à sec aujourd’hui. Ses parois, fouillées par les géologues, leur ont livré les grands ossements fossiles des monstres charriés dans cette caverne pendant le cataclysme, et M. Belgrand a noté, parmi ces naufragés étranges, les Ursus spelœus, Hijœ7ia spelœa^ Elephas p^'imigeniuSy Rhiiiocei'os tichorinus , Hippopotamus major , Cerviis tm^andiis , Cervus elaphus, Equus caùalbis, Equus asiniis,... tous ancêtres, formidablement ébauchés, d’espèces vivantes, mais la plupart disparues de l’Europe.

Malgré ces reliques, d’ailleurs introuvables maintenant, la Grotte des Fées vous paraîtra médiocre, à côté des magnifiques excavations voisines, que des parois successives et des couloirs étranglés divisent en neuf grandes salles parées de noms pittoresques, et s’étendant en profondeur sous la rivière et près d’elle, sur un parcours total de 876 mètres. Ces grottes, propriété du château des Sablons, sont fermées au public, mais l’intendant du châtelain vous en ouvre volontiers les portes et guidera vos pérégrinations. Munissez-vous seulement de bougies et d’allumettes, car l’ombre est épaisse et le chemin difficile, chaussez-vous de souliers ferrés pour résister à l’argile glissante et aux roches pointues, et prenez soin d’endosser un vêtement à l’épreuve des intempéries.

Aux premiers pas, nuit impénétrable, tâtonnements, inquiétudes; c’est tout au plus si votre humble luminaire, que les chauvessouris éventent de leurs ailes membraneuses, vous permet d’emboîter les traces du guide. Mais, après quelques minutes passées à se couler en des trous menaçants, à glisser sur de la glaise humide et à trébucher contre des aiguilles en silicate de chaux, on parvient à se reconnaître. Les ténèbres, envahies par des aurores tremblotantes, reculent comme des ennemis apeurés, les yeux s’accoutument au clair-obscur et discernent peu à peu les surprenantes architectures dont votre cicerone proclame, du milieu de chaque salle, les titres imagés et les singularités dignes d’attention : amusante nomenclature s’il en fut.

LE MORVAN BOURGUIGNON

Le trou noir par lequel vous êtes entré, c’est le Vestibule; le boyau, où vous vous êtes faufilé, en courbant les reins sous la menace de ses ruisselantes parois, c’est le passage des Dames. En ce moment vous venez de pénétrer dans la Salle des Mille-Colonnes, où les stalactites, soudées aux stalagmites, ont élevé et sculpté de nombreux piliers d’une élégante sveltesse; remarquez sur un roc aplati une assez large érosion dessinant, pour une imagination docile, l’empreinte d’un pied colossal, on vous dira : voilà le Pied de Charlemagne. Maintenant vont suivre la Salle des Glaciers avec scs cristallisations roulées en vagues immobiles et vitreuses ; la Chapelle de la Vierge, ornée d’un bloc de calcaire ébauchant une grossière statue de madone; la Salle de la Boucherie, où de triangulaires stalactites, taillées en quartiers de viande, semblent des gigots et des biftecks suspendus aux crocs d’un étal antédiluvien. Les Fonts-Baptismaux, la Coquille de Saint-Jacques évoquent pareillement de vagues similitudes. La Salle des Draperies paraît comme une chambre féodale tendue de lourdes étoffes allongées et plissées; le Pilier-Double encadre une fleur de lis posée, suivant la légende, par Jeanne d’Arc ; la Salle de Danse, avec sa tribune des musiciens, et les girandoles ornementées figurées dans la pierre, rappelle la charmante réalité chorégraphique du parc de Versailles, et tout au fond de la Salle des Echos, dont la voûte s’abaisse sur une sorte de cabinet en rocaille, des murs blancs et diaphanes vous renvoient par leurs milliers de facettes, si vous en approchez la bougie, les reflets bleuâtres de la fameuse Grotte d’Azur.

Que vous citer encore ? La chapelle Sainte-Marguerite, le Défilé, le Cierge-Pascal, le Cabinet du Prince, la Salle des Éboulements, qu’il ne tient qu’à vous do voir remplie de chimères et des monstres symboliques d’Egypte et d’Assyrie, le Père-Capucin, la Cascade, les

Vagues de la Mer, le Trou du Bénard . Mais ce trou, longue

impasse où il vous faudrait ramper pour atteindre les bords de la Cure, est assez souvent inondé, et plus d’un visiteiir préférera s’en revenir prudemment, par un léger détour, à son point de départ.

Nous disions à notre guide, en le quittant :

— Ne se réunit-on pas quelquefois dans ces grottes pour les visiter en nombre, s’amuser, festoyer, danser même?

EN BOURGOGNE

— Si, Monsieur, le jour de la fête patronale. Les gens des villages des environs, depuis Sermizelles, Vézelay, Avallon, arrivent, l’un avec sa bougie, l’autre avec sa lanterne. Nous éclairons aussi, grâce à mon maître, avec la lumière électrique. C’est beau, alors, croyez-moi.

— Je vous crois sans peine. Brillamment illuminés, ces murs

doivent reluire comme du marbre, ces colonnes transparaître comme de l’albâtre, ces formes bizarres se métamorphoser en êtres doués de vie ou de mouvement, toutes ces cavernes revêtir l’éclat magique d’un palais oriental, comme en revêtait la princesse Sherazade.

— Oui, Monsieur, oui, c’est cela.

. 11 faut des rayons

à ces belles grottes.

Lecteur, s’il vous advenait, en les visitant, de ne pas ressentir nos impressions, ne nous CLAUECY accusez pas. Vous en

éprouverez peut-être

de bien plus illusionnantes le jour de la fête d’Arcy.

.....Vermenton, Gravant . Au revoir, aimable pays du Morvan

séquanien : vous êtes déjà loin. Vos monts sont devenus plaines. Votre Cure rejoint l’Yonne. Tout à l’heure, à Vermenton, elle nous éblouissait pour la dernière fois, la rivière fée, portant, dans sa robe d’argent liquide, votre fortune, le pain de vos fondeurs, de vos bûcherons, enfin les bois roulés et martelés de vos forêts, que le flottage à bûches perdues amoncelle sur ses rives, et qui prochainement, descendant son cours rapide, puis suivant l’Yonne, la Seine, s’en iront jusqu’aux quais de Paris.

LE MORVAN BOURGUIGNON

De Gravant, où, l’an 1423, l’un des grands seigneurs de Ghastelliix. Glande de Beauvoir, maréchal de Bourgogne, remporta avec les Anglais une funeste victoire sur Gharles VII, vous pouvez aller dans le Morvan du Nivernais; ce ne sera plus la même chose, mais Varzy, Glamecy, sont de placides et gentilles villes, encore en sites pittoresques. Glamecy a son église Saint-Martin au portail flamboyant, et l’irrespectueuse auberge de Bethléem, qui fut une église épiscopale construite au douzième siècle pour un pauvre prélat chassé par les Sarrasins de la bourgade où naquit Jésus, et ramené céans par un comte de Nevers. Varzy a sa belle église du quatorzième siècle ornée de vitraux anciens et d’un admirable triptyque représentant la légende de sainte Eugénie; en face le chevet se dresse la statue de Dupin aîné. Les trois Dupin sont nés à Varzy, inhumés à Glamecy. Tous les trois remarquables par la vigueur de leur tempérament, la variété de leurs aptitudes, la causticité de leur esprit, leur bon sens lucide et pratique ; avocats, économistes, politiques éminents . Grands hommes? Oh! que nenni !

Le vrai grand homme, ici et aux environs, c’est le bienfaiteur de la région, Jean Bouvet, lequel, en 1549, imagina l’ingénieux système de flottage employé depuis cette époque et le fit expérimenter sur la Gure. Son buste, superbe figure de bronze sculptée par David d’Angers, décore le pont de Glamecy, rappelant aux charrieurs du bois, au riverains de l’Yonne enrichis par cette industrie, leur dette de reconnaissance.

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