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ROUEN — ÉGLISE SAINT-MACLOÜ

Traversons la Seine ; au milieu du pont, sur le terre-plein, la statue colossale, sculptée par David d’Angers, rend hommage au plus illustre

DE VERNON AU HAVRE — L’ESTUAIRE

poète normand, au mâle génie de Pierre Corneille. Au bout, s’ouvre la rue de la République, grouillante artère de la ville ancienne, qu’elle coupe de l’est à l’ouest, en traversant l’écheveau des rues et des ruelles tortueuses, dont les nobles et curieux édifices sont encore emprisonnés. Cette rue va nous conduire au cœur môme de l’histoire et du grand art de la Normandie.

Rouen a mis des siècles à se former, et si modernisé qu’il soit par le goût du confort, il garde les tons d’un passé splendide.

Comment a-t-il commencé? Probablement, ainsi que Paris, par un hameau de pêcheurs, de bateliers ; pendant longtemps, il n’a pas dû franchir de beaucoup l’enceinte actuelle de sa cathédrale, ni les bords des deux rivières, Robec et l’Aubette, coulant à l’ouest au pied de ses collines. Rotomagus était néanmoins une importante cité de la Gaule Romaine, la métropole, à la fin du cinquième siècle, de la deuxieme lyonnaise, la capitale au quatrième siècle, de la Neustrie. Ses grands évêques, Mellon, Prétextât, Yictrix, Gildard, Romain, Ouen, prédicateurs, hommes d’Etat, pleins de vertus ou de talents, l’illustrèrent à ces épo {ues calamiteuses. La ville prospérait quand les Normands l’assiégèrent et que l’un d’eux, Roll ou Rou, l’obtint en fief héréditaire du faible roi Charles le Simple. Sous ce nouveau maître elle devint riche et puissante ; le chef barbare accepta sa religion, ses usages, et lui insuflla une nouvelle sève. Le génie rude et créateur des conquérants la transforma ; elle eut des monuments superbes et des lois certaines. Elle grandit; son enceinte, un siècle ou deux après, suivait sans doute l’ovale que dessinent aujourd’hui les boulevards Gambetta, Hilaire, Reauvoisine, Cauchoise. 11 lui arriva ensuite de passer sous d’autres dominations, de subir d’elTravanles luttes, des sièges meurtriers, d’atroces famines, d’horribles saignées, elle ne cessa de se développer avec énergie, ténacité. D’ailleurs prompte et hardie à réclamer ses droits, obtenant de ses ducs et des rois de France des chartes que ses révoltes, bien qu’étouffées dans le sang, faisaient respecter, sachant toujours défendre sa liberté et son argent, en un mot, personnifiant les défauts et les qualités des races septentrionales.

Donc, malgré d’innombrables épreuves, malgré l’incendie qui le consuma en 841, malgré le siège de 1204 qui dura quatre-vingts jours, malgré son émeute de 1292, ses révoltes de 1315, 1357

EN NORMANDIE

et 1382, malgré le siège de 1418, qui le donna aux Anglais pour trente et un ans ; malgré le triomphe momentané des huguenots en 15(32, et l’horrible massacre qu’on en fit en 1572 ; malgré, sous Louis XIV, plus d’un soulèvement et plus d’une sanglante . épression, celte ville remuante, vivace, demeure l’une des premières de la France et de l'Europe.

Suivant noire habitude, nous allons à ce que la ville a de plus

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