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PHILOSOPHIE DES NIDS D’OISEAUX

La construction des nids est-elle un effet de l'instinct ou de la raison?

On dit en général que les oiseaux construisent leurs nids par instinct, tandis que rhomme fait usage de sa raison dans la construction de sa demeure ; et l’on en donne pour preuve le fait que les oiseaux bâtissent toujours sur le même plan, sans y jamais rien changer ; tandis que l'homme modifie et perfectionne ses maisons ; or , dit-on , le progrès caractérise la raison , tandis que l’instinct est stationnaire.

Cette doctrine est généralement, on peut presque dire universellement adoptée. Des personnes dont les opinions diffèrent d’ailleurs sur tout autre sujet, acceptent comme bonne cette explication des faits ; philosophes et poètes, métaphysiciens et théologiens, naturalistes et gens du monde, tous sont d’accord pour la considérer comme probable, l’adoptent même comme une sorte d’axiome, et en font la base de leurs spéculations sur l’instinct et la raison. Une opinion si générale devrait, semble-t-il, reposer sur des faits incontestables, et en être déduite logiquement. Je suis pourtant arrivé à la conclusion que cette manière de voir est non-seulement très-douteuse, mais

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absolument erronée ; non-seulement elle s’écarte beaucoup de la vérité, mais elle lui est complètement opposée presque en tous points. Bref, je crois que les oiseaux ne font pas leurs nids par instinct et que l’homme ne construit pas sa demeure par raison , que les oiseaux changent et améliorent sous l’intluence des mômes causes qui font progresser l’homme, et que l’espèce humaine ne modifie ni ne perfectionne lorsqu’elle est soumise à des conditions semblables à celles qui sont presque universelles parmi les oiseaux.

L’homme construit-il par raison ou par imitation 7

Examinons d’abord la théorie d’après laquelle la raison détermine seule l’architecture domestique de la race humaine.

On dit que l’homme, animal raisonnable, change et améliore sans cesse sa demeure. Je nie cela entièrement. En général, l’homme ne modifie ni ne perfectionne, pas plus que les oiseaux. Quelle amélioration peut-on voir dans les maisons de la plupart des tribus sauvages? chacune est aussi invariable que le nid d’une espèce d’oiseau. Les tentes des Arabes sont les mômes aujourd’hui qu’elles étaient il y a 2 ou 3000 ans, et les villages de boue de l’Égypte ne peuvent guère avoir été améliorés depuis l’époque des Pharaons. Quel progrès peut-on supposer dans les huttes en feuilles de palmier ou dans les cabanes qu’habitent les tribus de l’Amérique du Sud et de l’archipel Malais, depuis que ces régions sont peu-

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plées ? Quant à l'abri grossier que le Patagon se fait avec du feuillage ou que l’habitant de l’Afrique méridionale se creuse dans la terre, nous ne pouvons même les concevoir inférieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui. Plus près de nous, la cabane en gazon del’Irlandais, et la hutte de pierres de la haute Écosse, ne peuventguère avoir beaucoup progressé depuis 2000 ans.

Or personne ne voit un effet de l’instinct dans cet état stationnaire de l’architecture domestique chez ces peuples sauvages, mais on l’explique plutôt par l'imitation transmise de génération en génération, et par l’absence de toute circonstance qui les aient poussés à améliorer. Personne n’imagine que, si un enfant arabe était transporté en Patagonie ou en Écosse, une fois adulte, il étonnerait ses nouveaux parents en construisant une tente de peaux. D’autre part, il est clair que les conditions physiques, combinées avec le degré de civilisation atteint, rendent pour ainsi dire nécessaires certains types de construction. Le gazon, les pierres, la neige, les feuilles de palmier, le bambou, les branches, sont pris comme matériaux des maisons des différents pays, parce qu’ils sont plus faciles à se procurer qu’aucune autre chose. Le paysan égyptien n’a aucune de ces substances, pas même du bois. Que peut-il donc employer d’autre que la boue ?

Dans les forêts des tropiques, le bambou et les larges feuilles de palmier sont les matériaux naturels pour les maisons ; la forme et le mode de construction seront déterminés en partie par la nature du pays, selon que celui-ci est chaud ou frais, marécageux ou sec, rocail-

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leux ou plat, selon que la contrée est fréquentée par des bêtes sauvages ou exposée aux attaques des hommes. Toutes ces circonstances font adopter un mode particulier de construction qui, confirmé par l’habitude, devient héréditaire et sera conservé longtemps, même lorsque de nouvelles conditions ou une migration dans une région différente lui auront fait perdre son utilité.

Dans toute l’étendue du continent américain, et en règle générale, les maisons des indigènes reposent sur le terrain même; on les rend sûres et solides au moyen de murs épais et bas, surmontés d’un toit. Par contre , dans presque toutes les lies malaises , les maisons sont élevées sur des pieux, parfois à une grande hauteur, le plancher en bambou étant à claire voie : toute la bâtisse est excessivement mince et légère. Or, quelle peut être la raison de cette différence remarquable entre ces pays, dont bien des parties nous offrent d'ailleurs une ressemblance frappante dans leur constitution physique, leurs productions naturelles et le degré de civilisation de leurs habitants? Nous en trouvons l’explication, ce me semble, dans l’origine probable et les migrations de leurs populations respectives. On croit que les indigènes de l’Amérique tropicale sont venus du Nord, d’un pays où les hivers sont rudes et où des maisons bâties au-dessus du sol avec des planchers ouverts, seraient inhabitables. Ils se sont dirigés vers le Sud en suivant les chaînes de montagnes et les plateaux, et, sous un climat nouveau, ils ont conservé le mode de construction de leurs an-

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cëtres, Diodifié seulement par les matériaux qu’ils trouvaient. M. Baies, qui a fait des observations exactes sur les Indiens de la vallée des Amazones, est arrivé à la conclusion qu’ils sont récemment immigrés d’un climat plus froid : « On ne peut, » dit-il, « vivre longtemps parmi les Indiens de l’Amazone supérieure sans être frappé de leur antipathie constitutionnelle pour la chaleur... Leur peau est chaude au toucher et ils transpirent peu... Ils sont agités et mécontents par un temps chaud et sec, mais gais par les jours frais, lorsque la pluie coule en abondance sur leurs dos nus. » Après beaucoup d’autres détails, il conclut : « Gomme tout cela diffère du nègre, le véritable enfant des climats tropicaux ! Je me sentais toujours plus porté à admettre que l’Indien Peau-Rouge vit dans ces contrées chaudes comme émigré ou étranger , que sa constitution n’était point originairement faite pour ce climat, auquel elle ne s’est qu’imparfailement adaptée. »

D’autre part, les races malaises sont certainement de très-anciens habitants des contrées les plus chaudes ; elles ont particulièrement pour habitude de placer leur premier établissement à l’embouchure des rivières, dans des anses, ou bien dans les baies ou détroits peu ouverts. Peuples éminemment maritimes, le canot est pour eux une nécessité de la vie, et ils ne voyagent jamais par terre s’il peuvent le faire par eau. Conformément à cesgoûts, leMalaisa construit sa maison sur des pilotis à la manière des habitations lacustres de la vieille Europe; et ce mode de construction est tellement entré

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