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PHILOSOPHIE- DES NIDS D'OISEÂUX

dans ses mœurs que même les tribus qui ont pénétré dans l'intérieur, et se sont établies dans des plaines arides et sur des montagnes rocheuses, continuent à bâtir exactement de la même manière et trouvent de la sécurité à élever leurs demeures au-dessus du sol.

Pourquoi chaque oiseau construit une espèce particulière de nid.

Tels sont les caractères généraux des habitations de l’homme sauvage. Les nids des oiseaux nous en offrent de tout à fait analogues.

Chaque espèce emploie les matériaux qui sont le plus à sa portée, et choisit les situations les plus conformes à ses habitudes. Le troglodyte, par exemple, vivant dans les haies et les bosquets bas, fait eu général son nid avec de la mousse, qu’il trouve toujours là où il vit, et qui lui fournit probablement beaucoup d’insectes pour sa nourriture ; mais parfois il varie, employant du foin ou des plumes, lorsqu’il peut se les procurer. Le freux creuse dans les prairies et les champs labourés pour prendre les vers, et, en faisant cela, trouve continuellement des racines et des fibres végétales. Il s’en sert pour revêtir son nid, quoi de plus naturel I Pour le même usage, le corbeau, qui se nourrit de chair morte, telle que lapins et agneaux, et fréquente les pâturages et les garennes, choisit la laine et la fourrure. L’alouette se tient dans les champs cultivés et fait sur le sol un nid de tiges sèches qu’elle double d'herbes fines, matériaux

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le plus à sa portée et le mieux adaptés à ses besoins. Le martin-pêcheur construit son nid avec les arêtes des poissons qu’il a mangés. L’hirondelle emploie de l’argile et de la boue prises sur les bords des étangs et des rivières, à la surface desquels elle trouve les insectes dont elle se nourrit. Bref, les matériaux dont les oiseaux font leurs nids, aussi bien que ceux que l’homme sauvage prend pour sa maison, sont donc ceux qui sont le plus à portée; dans aucun cas, le choix n’est dû à un instinct spécial.

Mais, dira-t-on, ce sont surtout la forme et la structure des nids, plus encore que leurs matériaux, qui nous frappent par leur variété, et sont si merveilleusement adaptées aux besoins, aux habitudes de chaque espèce; comment s’en rendre compte autrement que par l’instinct?

Je réponds que nous en trouvons l’explication en grande partie dans les habitudes générales de l’espèce, dans la nature des outils qui lui sont donnés, et les matériaux qu’elle emploie, enfin dans le discernement des moyens les plus propres au but, discernement trèsélémentaire, sans doute, mais qui rentre parfaitement dans la capacité intellectuelle de l’oiseau. La délicatesse et la perfection du nid seront proportionnées à la grandeur de l’oiseau, à sa conformation et à ses habitudes. Celui du troglodyte ou du colibri n’est peutêtre relativement ni plus parfait ni plus beau que celui du merle, de la pie, delà corneille. Le troglodyte, avec son bec mince, ses longues jambes et sa grande agilité, peut très-facilement former un nid bien tressé

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des matériaux les plus fins, et il le place dans les arbustes et les haies qu’il fréquente et où il trouve sa nourriture. La mésange, qui hante les arbres fruitiers et les murs, cherchant des insectes dans les fentes et les crevasses, est naturellement conduite à s’établir dans des trous qui la tiennent à l’abri et en sûreté ; sa grande agilité et la perfection de ses outils (bec et pattes), lui permettent de former rapidement un admirable réceptacle pour ses œufs et ses petits. Le i)igeon, ayant un corps lourd avec des pattes et un bec faibles, mauvais instruments pour faire une construction délicate, bâtit un nid grossier et plat, formé de bâtons, mis en travers de branches assez fortes pour porter le poids de l'oiseau et de ses petits. Les engoulevents ont les instruments les plus imparfaits de tous : des pattes qui ne’ peuvent les porter que sur une surface plane, car ils ne peuvent percher, et un bec excessivement large, court et faible, presque caché par des plumes et des soies. Ces oiseaux ne sauraient construire un nid do fibres ou de branches, de poils ou de mousse; aussi s’eu passent-ils généralement, et pondent-ils leurs œufs sur le sol nu, sur une branche plate ou sur le tronc d’un arbre coupé. Le perroquet, avec son gros bec recourbé, son cou et ses pattes trop courtes, son corps pesant, est tout à fait incapable de bâtir un nid comme presque tous les oiseaux. Il ne peut grimper sur une branche, ni se retourner sur place lorsqu’il perche, sans employer sou bec aussi bien que scs pattes. Comment alors pourrait-il tresser, ou entremêler les matériaux d’un nid? Il pond .ses

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œufs dans le trou d’un arbre, au sommet de troncs pourris, ou dans une fourmilière abandonnée, dont la substance est facile à creuser.

Beaucoup de Sterna et de Tringa déposent leurs œufs sur le sable au bord de la mer ; le duc d’Argyll sans doute a raison lorsqu’il attribue cette habitude, non à leur incapacité de former un nid, mais au fait que, dans de pareilles situations, un nid serait apparent et ferait découvrir les œufs. Cependant le choix de la place est évidemment déterminé par les habitudes de ces oiseaux, qui, dans la recherche quotidienne de leur nourriture, parcourent continuellement de grands bancs de sable, à la marée basse. Les mouettes varient beaucoup dans leur manière de nicher, mais celle-ci est toujours en harmonie avec leur conformation et leurs habitudes; le nid est placé tantôt sur un roc nu, ou sur le bord d’une falaise, tantôt dans un marais ou parmi les algues du rivage; il est fait d’algues, de touffes d’herbes ou de roseaux, ou encore de débris trouvés sur le rivage, amoncelés les uns par-dessus les autres, avec aussi peu d’ordre et d’art que le comportent les pattes palmées et le bec grossier de ces oiseaux ; le bec surtout est plus propre à prendre le poisson qu’à bâtir un nid délicat.

Le flamant aux longues jambes et au large bec, qui arpente continuellement les bas-fonds humides, se fait avec de la boue un siège conique, au sommet duquel il dépose ses œufs. 11 peut de la sorte les couver à son aise, et iis restent à sec, hors do la portée des marées.

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Maintenant je crois que, dans toute la classe des oiseaux, on trouvera les mêmes principes généraux, plus ou moins faciles à découvrir, selon que les mœurs de l’espèce sont plus ou moins marquées ou leur conformation plus ou moins spéciale. 11 est vrai que, parmi des oiseaux qui diffèrent peu sous ces deux rapports, nous voyons des systèmes de nids très-divers. Mais il n’est point difficile d’expliquer l’origine de ces différences. Elles résultent de ces grands changements climatériques et géologiques que nous savons avoir eu lieu depuis l’apparition des espèces actuelles. On sait que les habitudes simples sont héréditaires, et, comme chaque espèce occupe aujourd’hui un espace différent des autres, nous pouvons être sûrs que de tels changements agiraient différemment sur chacune, réunissant souvent des espèces qui, dans des régions distinctes et soumises à des conditions différentes, avaient déjà acquis leurs habitudes particulières.

Comment lei jcunei oiseaux apprennent à construire leurs premiers nids.

On objecte que les oiseaux n' apprennent pas à faire leur nid comme l’homme apprend à bâtir, car tous les individus d’une espèce font exactement le même nid, même s’ils n’en ont jamais vu un seul, et on prétend que cela ne peut s’expliquer que par l’instinct.

Sans doute ce serait là de l’instinct, si c’était vrai, et je demande simplement une preuve du fait allégué. Ce point, si important pour la question en litige, est

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toujours admis sans preuve, et même contrairement aux preuves, car les faits connus lui sont opposés.

Un oiseau, élevé en cage dès sa naissance, ne fait pas le nid caractéristique de son espèce, même si on lui fournit les matériaux nécessaires; souvent même on ne lui verra faire aucun nid quelconque, mais entasser grossièrement les matériaux.

On n’a jamais convenablement essayé de lâcher dans un enclos couvert d’un filet, un couple élevé de celte façon, pour voir quel nid pourront produire ses efforts inexpérimentés ; l'expérience a été tentée pour le chant des oiseaux, qui est censé également instinctif et l’on trouve que de jeunes oiseaux n’ont jamais le chant particulier à leur espèce s’ils ne l’ont pas entendu auparavant, tandis qu’ils apprennent facilement le chant de tout autre oiseau avec lequel ils sont associés.

Les oiseaux chantent-ils par instinct ou par imitation 7

L’honorable Daines Barrington soutenait l’opinion que « le chant n’est pas plus inné chez les oi- « seaux que le langage ne l’est chez l’homme, mais « qu’il dépend entièrement de l’enseignement qui « leur est donné en tant que leurs organes leur M permettent d imiter les sons qu’ils ont souvent l’oc- « casion d’entendre. »

Il a exposé ses observations dans les « Philosophical Transactions, » 1773 (vol 63). 11 dit : « J’ai « élevé des linottes prises dans le nid avec les trois

is

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« alouettes qui chantent {e mieux : Valauda arveiuis, (I Valauda arborea , et Vanlhus pratensis. Chaque « linotte, au lieu du chant de son espèce, adopta en- « tièrement celui de son maître. Lorsque le chant**de .« la linoiie-alouette des prés fut tout à fait fixé, je <• plaçai l’oiseau avec deux linottes communes dans (I une chambre où elles restèrent ensemble pendant Il trois mois; la linotte n’emprunta pas un seul passage CI au chant de ses nouvelles compagnes, mais conserva Il constamment celui de l’alouette. »

L’auteur expose ensuite que les oiseaux retirés du nid à l’âge de trois ou quatre semaines, ont déjà appris le cri d’appel de leur espèce ; pour éviter cela, il faut les ôter du nid un jour ou deux après leur naissance; il cite l’exemple d’un chardonneret qu’il avait vu à Knighton (Radnorshire), et qui chantait exactement comme un troglodyte, sans aucun des sons particuliers à son espèce. Cet oiseau, enlevé deson nid un jour ou deux après sa naissance, avait été placé à une fenêtre donnant sur un petit jardin : c’est là sans doute qu’il avait acquis le ramage du troglodyte, n’ayant aucune occasion d’apprendre même l’appel du chardonneret. Le même auteur avait vu aussi une linotte qui, enlevée de son nid à l’âge de deux ou trois jours, avait presque appris à articuler et pouvait répéter les mots « Pretty boy » et quelques autres courtes phrases, aucun autre son n’ayant été proposé à son imitation. 11 éleva une autre linotte avec une vengolina (petit pinson d’Afrique) qui, à ce qu’il dit, chante mieux qu’aucun oiseau étranger, excepté l’oiseau moqueur d’Amérique, et l’imita-

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lion du maître par l'élève fut si parfaite, qu’il était impossible de les distinguer l'un de l’autre. Chose plus extraordinaire encore, un moineau commun, oiseau qui d’ordinaire ne fait que gazouiller, apprit le chant de la linotte et du bouvreuil en étant élevé avec ces oiseaux. Le rév. W. H. Herbert fît des observations semblables et raconte que les Jeunes, quand ils sont enfermés, apprennent facilement le chant des autres espèces et deviennent d'assez bons chanteurs, quoique, dans l’état de nature, ils soient pauvrement doués sous ce rapport. Le bouvreuil, dont le ramage est naturellement faible, dur et insignifiant, a néanmoins une faculté musicale remarquable, car on peut Jui enseigner à siffler des airs complets. D’autre part, le rossignol, dont le chant naturel est si beau, montre une grande aptitude, dans la domesticité, à apprendre celui d’autres espèces. Bechstein parle d’un rouge-queue qui, ayant niché sous le bord de son toit, imitait le chant d’un pinson en cage sur une fenêtre au-dessous de lui, tandis qu’un autre, dans un jardin, voisin, répétait quelques-unes des notes d’une fauvette à tête noire dont le nid était tout près.

Ces faits, et beaucoup d’autres qu’on pourrait citer, donnent la certitude que le chant particulier de chaque oiseau est acquis par imitation , aussi bien que l’enfant apprend l’anglais ou le français, non par instinct, mais en entendant le langage parlé par ses parents.

11 est particulièrement remarquable que, pour faire acquérir à de jeunes oiseaux un nouveau chant correc-

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tement, il faut les soustraire à leurs parents de trèsbonne heure; car, les trois ou quatre premiers jours leur suffisent pour connaître et imiter plus tard le chant de ceux-ci. Cela montre que de très-jeunes oiseaux peuvent entendre et se souvenir, et il serait fort extraordinaire que, puisqu’ils peuvent voir, ils ne pussent ni observer ni se rappeler, et vécussent des jours et des semaines dans un nid sans rien savoir ensuite des matériaux dont il est fait et de la façon dont il est construit. Pendant qu’ils apprennent à s’envoler et à revenir souvent à leur nid, ils peuvent l’examiner à fond à l’intérieur et à l’extérieur; comme d’ailleurs la recherche de leur nourriture les conduit invariablement parmi les matières dont le nid est composé et à des places semblables à celles où il se trouve, esl-il donc bien étonnant qu’ils soient ensuite capables d’en faire un semblable pour leur propre usage ? Ne serait-ce pas bien plus remarquable, s’ils se dérangeaient pour trouver des matériaux tout différents de ceux qu’ont employés leurs parents, les combinaient d’une façon dont ils ne connaîtraient aucun exemple, et formaient une construction tout autre que celle où ils ont été élevés? Celle-ci est d’ailleurs probablement celle que toute leur organisation peut assembler le plus vite et le plus facilement.

On a cependant objecté que l’observation, l’imitation, la mémoire, ne peuvent rien avoir à faire avec l’habileté architecturale d’un oiseau, parce que les jeunes qui en Angleterre naissent en mai ou juin, bâtissent au mois d’avril ou de mai suivant un nid aussi

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parfait que celui où ils ont été élevés, sans pourtant en avoir jamais vu bâtir. Mais ces jeunes oiseaux, avant de quitter le nid , ont pu certainement en observer bien des fois la forme, la grandeur, la situation, les matériaux et leur disposition, et en conserver le souvenir jusqu’au printemps suivant, alors que la recherche de leur nourriture met à leur portée les matériaux voulus ; il est très-probable que les oiseaux les plus âgés font leurs nids les premiers, ceux de la dernière couvée suivent alors leur exemple, apprenant d'eux à faire les fondations du nid et à en assembler les éléments (1) ; de plus nous n’avons aucune raison de croire que les jeunes s'accouplent en général entre eux. 11 est plus problable que chaque couple ne contient fréquemment qu’un seul sujet né l’été précédent, et qui est donc plus ou moins guidé par l’expérience de l’autre.

Mon ami M. Richard Spruce, bien connu comme voyageur et botanisto, pense que tel est en effet le cas. 11 a bien voulu me permettre de publier les observations suivantes, dont il m’a fait part après avoir lu la première édition de mon livre.

(I) J'ai entendu faire k un ami une remarque ingénieuse, c’est que si les jeunes oiseaux observent le nid dans lequel ils ont été élevés, ils doivent le considérer comme une production naturelle aussi bien que les branches et les feuilles entrelacées qui l'entourent, et ne peuvent absolument pas supposer que leurs parents l’aient construit. Cette objection est peut être juste, et, dans ce cas, nous devons avoir recours au mode d’enseignement décrit dans les paragraphes suivants. Du reste la question ne peut être définitivement résolue que par une série d’observations attentives.

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De quelle façon les jeunes oiseaux peuvent apprendre à construire leurs nids.

0 Parmi les Indiens du Pérou et dé «l'Équateur, qui « ont conservé beaucoup des usages qui caractérisaient « leur demi-civilisation avant la conquête espagnole, « il règne la coutume que les jeunes gens épousent de « vieilles femmes, et réciproquement, les jeunes filles « épousent des vieillards. Ils disent qu'un jeune n homme, habitué à la sollicitude de sa mère, serait Il mal partagé s'il n’avait qu’une jeune fille ignorante <( pour prendre soin de lui, et la jeune fille, de son côté. Il se trouve mieux d'un homme d’âge mûr, qui peut « lui servir de père.

« ISous retrouvons, chez beaucoup d’animaux, quel- « que chose d’analogue à cette coutume. Un vieux «daim vigoureux peut généralement conquérir la « femelle de son choix, et même toutes les femelles «auxquelles il peut suffire, mais un jeune daim «du «premier bois » doit se résigner au célibat, ou se O contenter de quelque respectable douairière.

« Comparez le cas très-semblable du coq domes- « tique et de beaucoup d’autres oiseaux ; considérez « quelles seront les conséquences de l’accouplement « d’un vieux mâle avec une jeune femelle, ou d’une « vieille femelle avec un jeune mâle, ce qui, je crois, a «lieu chez le merle, et chez d’autres oiseaux, qui, on « le $ait, se disputent la possession des femelles les plus «belles et les plus jeunes; dans chaque couple, l’un « des conjoints ayant déjà de « l’expérience « , « ensei-

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(I gnera à son jeune compagnon, non-seulement les n choses futiles, mais aussi le choix d’un emplacement « pour le nid et la manière de le construire : il lui « montrera aussi comment on couve les œufs et com- « ment on élève les petits. Telle est, en peu de mots, « l'idée que je me fais, de la manière dont un oiseau, •« à ses premières noces, .apprend peut-être tous les de- (I voirs de la vie conjugale. »

J’ai demandé, sur ce point difficile, des renseignements à quelques-uns de nos meilleurs ornithologistes vivant à la campagne, mais sans succès, parce qu’il est presque toujours impossible de distinguer après la première année lesjeunes oiseaux des vieux. On m’apprend cependant que chez les merles, chez les moineaux, et beaucoup d'autres espèces, les mâles se battent avec fureur, et le plus fort a naturellement le choix de sa compagne. L’opinion de M. Spruce est au moins aussi vraisemblable que l’opinion contraire, qui veut que les jeunes oiseaux, dans la règle, s’accouplent ensemble, et elle est confirmée, jusqu’à un certain point, par le célèbre observateur américain Wilson. Ce dernier insiste- avec force sur la variété des nids d’une même espèce : il dit que les uns^ont beaucoup mieux faits que les autres, et il pense que les nids les moins parfaits sont l’ouvrage des oiseaux les plus jeunes, les plus parfaits aux contraire, celui des plus vieux.

En tout cas l’expérience capitale n’a point été faite : on n'a point encore montré qu’un couple d’oiseaux, élevés à part depuis leur naissance et n'ayant jamais vu de nid, soit à même d’en faire un exactement

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sur le type de celui de leurs parents. Ce serait là l’expérience décisive. Tant qu’elle n’a pas été faite, je ne pense pas que l’on doive attribuer à une faculté inconnue et mystérieuse, un acte parfaitement comparable aux constructions de l’iiomme sauvage.

Du reste, il ne faut point s’exagérer le degré de connaissance ou d’habileté acquise (d’autres diraient d'instinct) que doit posséder un oiseau pour construire un nid qui nous semble délicatement et artistcment fabriqué. ft’oublions pas que ce nid a été formé branche parbrauche, flbrepar fibre, grossièrement d’abord, puis les fentes et les irrégularités qui doivent paraître des brèches et des trous énormesauxpetits architectes, sont bouchées avec des bouts de branches ou des rejetons introduitsau moyen de leur bec mince et de leurs pattes souples ; brin par brin ils déposent les poils, les plumes, le crin, et le résultat nous semble une merveille de dextérité ; il en serait de même de la plus grossière hutte indienne, aux yeux d’un natif de Brobdingnag.

Levaillant décrit le nid d’un petit oiseau africain, qui montre bien que très-peu d’art peut produire une construction très-parfaite. La base en est faite de mousse et de lin entremêlés d’herbe et de touffes de coton ; cette masse d'abord informe, ayant 5 à 6 pouces de diamètre et 4 pouces d’épaisseur, devient sous les pieds de l’oiseau qui la presse et la foule avec persistance, une sorte de feutre. L’oiseau le comprime avec son corps, se retournant dans tous les sens, de façon à le rendre bien ferme et égal, avant d’élever les bords. Ceux-ci sont ajoutés bout par bout, ajustés et battus

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(les pieds et de l’aile, et bien comprimés, le bec servant à rentrer de temps à autre les fibres qui projettent au dehors. Par ces moyens simples et en apparence insuffisants, la surface intérieure du nid est rendue presque aussi unie et aussi compacte qu’une pièce d’étoffe.

Que les œuvres de rhomme sont surtout imitatives.

.Mais voyez l’homme civilisé! dira-t-on. Voyez l’architecture grecque, égyptienne, romaine et gothique ! Quel avancement ! quel progrès ! quels raffinements 1 Voilà à quoi mène la raison, tandis que l’oiseau reste toujours au même point.

Mais si ces progrès-là sont nécessaires pour prouver les effets de la raison opposée à l’instinct, alors il n’y a pas de raison chez les peuples sauvages et chez plusieurs des races à moitié civilisées, et celles-ci construisent par Instinct, aussi bien que les oiseaux.

L’homme se répand sur toute la terre, et existe dans les conditions les plus diverses; de là nécessairement des habitudes également variées, il émigre d’un pays à un autre ; il fait la guerre et des conquêtes; le mélange des races met en contact des coutumes différentes; celles par e.xemple d’un peuple émigré ou conquérant sont modifiées par les circonstances nouvelles du pays où il arrive.

La race civilisée qui conquit l’Égypte doit avoir développé son architecture dans un pays de forêts où le bois était abondant ; car il n’est pas probable que l’idée

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dé colonnes cylindriques prit naissance dans une contrée sans arbres. Une race indigène aurait peut-être .construit les pyramides, «mais non les temples de Luxoret de Karnak. Dans l’architecture grecque, presque chaque trait caractéristique a son*origine dans les constructions en bois. Les colonnes, l’architrave, la frise, les astragales, les modillons, la forme du toit, tout cela doit avoir eu son origine dans quelque contrée boisée du Midi ; confirmation frappante de ce qu’enseigne la philologie, savoir, que la Grèce fut colonisée par des peuples venus du nord-ouest de l’Inde. Mais, élever dès colonnes et les relier par d'immenses blocs de pierre ou de marbre, ce ne sont pas des actes de rai- .son, mais bien de pure imitation, car c’est la voûte qui est le moyen rationnel de couvrir de grands vides avec la pierre: par conséquent, l’art grec, si parfaitement beau d’ailleurs, est faux dans son principe, et ne constitue point un bon exemple de la raison appliquée à l’architecture. •

Que faisons-nous presque tous aujourd’hui, sipon imiter les constructions de ceux qui nous ont précédés ? Nous n’avons pas même été capables de découvrir ou développer un style défini approprié à nos besoins. Nous n’avons aucun style d’architecture nationale, et sous ce rapport nous sommes même inférieurs aux oiseaux, dont chacun a sa forme de nid caractéristique, exactement adaptée à ses besoins et à scs habitudes.

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Que les oiseaux changent et améliorent leurs nids lorsque des conditions n&uvelles l’exigent.

La grande uniformité qu’offre l’architecture de chaque espèce d’oiseau ne prouve donc point, ainsi qu’on Ta supposé, un instinct spécial, mais nous pouvons l’a^ibuer àTuniformité des conditi'ons dans lesquelles vit chacune des espèces. Leur domaine est souvent très-limité, et il est rare qu’elles se rendent dans un pays nouveau pour y rester, de façon à être placées dans des conditions nouvelles. Cependant, lorsque celles-ci se présentent, les oiseaux en profitent aussi librement et aussi sagement que l’homme pourrait le faire.

Les hirondelles de cheminée et de fenêtre sont une preuve vivante d’un changement d’habitudes qui a dû se faire depuis que l’on construit des maisons et des cheminées, c’est-à-dire en Amérique par exemple, dans les trois derniers siècles. Beaucoup de nids sont faits aujourd’hui avec des fils de coton ou de |aine au lieu de laine brute ou de crin ; et le choucas montre une prédilection pour les clochers, qui ne peut guère s’e.xpliquer par l’instinct.

Dans les parties les plus peuplées des États-Unis, le troupiale-baltiniore construit son nid suspendu, avec toutes sortes de bouts de cordons, d’écheveaux de soie, de tille de jardinier, au lieu des quelques poils et fibres végétales, qu’il ne trouve que difficilement dans les régions sauvages ; et Wilson, observateur très-exact, croit que cet oiseau perfectionne ses nids par la pra-

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