La sélection naturelle essais
La théorie de la sélection naturelle est très-connue, très-populaire dans plusieurs pays; en Franco, pourtant, bien (jue discujée par Jes savais et défendue par quelçiïës hommes éminents,elle n'est point passée dans l'optnion publique, et n'a guère encore pénétré dans les préoccupations ordinaires des classes instruites. * Cette circonstance est fâcheuse : d'abord pour la science elle-même, qui est ainsi privée de tout ce que lui apporteraient d'observations et de critiques les hommes instruits, les observateurs et les penseurs de toute catégorie ; fâcheuse aussi pour la culture générale, qui reste ainsi trop étrangère à un côté important de la science moderne, celui qui peut-être pourra seul désormais fournir à la philosophie des données fécondes.
Celte considération m'a conduit à penser que ce serait chose utile que de mettre à la portée du public français un ouvrage tel que les Essais de M. Wallace.
Plus qu'aucun aulre livre, celui-ci m'a paru posséder les qualités exigées pour un livre populaire; outre l'exposition brève mais complète des principes mêmes, ainsi que la discussion toujours élevée et courtoise de
Il AVANT— PROPOS DU TRADUCTEUR.
leur portée philosophique et religieuse, le lecteur y trouvera l'application de la théorie aux sujets les plus curieux et les plus variés : distribution géographique et succession géologique des organismes, classification, instinct et mœurs des animaux, mimique (1); tous ces côtés de l'histoire naturelle sont successivement passés en revue, tous fournissent h M. Wallace des preuves en faveur de sa théorie. Je dis tous, mais il y a une restriction h faire. On verra en effet, chose à coup sûr piquante, que M. Wallace, après avoir été l'un des promoteurs originaux et l'un des plus ardents défenseurs de la sélection naturelle, a tout à coup abandonné cette doctrine sur un point spécial : il s'agit de l'espace humaincl.es deux derniers Ë$Afc sont Tonïjcrés à celte question ; ausssitùt après leur publication ils furent l'objet d'une polémique intéressante^ M. Claparède, enlreautres, chercha à réfuter les idées de M. Wallace, et celui-ci à son tour a publié une réponse que le lecteur trouvera à la fin de ce volume.
Je ne chercherai point ici à apprécier les motifs pour lesquels M. Wallace ne croit pas pouvoir ramener le développement de la race humaine à la môme cause qui, selon lui, a seule produit tous les autres organismes.
L'idée du transfurmisme, longtemps oubliée, a de nouveau pris pied dans la science. Sous son influence (2) il semble qu'une lumière nouvelle ait lui sur toutes les
(1) Le terme anglais mimien/, n'ayant pas d'équivalent en français, un néologisme était inévitable; In mot de mimiquem'a paru le plus conforme au génie de la langue française.
(2) Celte influence est si grande, que la simple énumération des publications relatives à la théorie de Darwin occupe, dans un ouvrage paru récemment en Allemagne, plus de 29 pages in-8°.