‹ La sélection naturelle essaisChapitre 27 sur 33 · PRÉSENTÉES PAR M. ÉDOUARD CLAPARÈDE · texte numérisé non relu

PRÉSENTÉES PAR M. ÉDOUARD CLAPARÈDE

« peuplent nos bocages. Pourquoi n'y a-t-il pas de eban- « teuses ? Sans doute que les oiseaux mâles ne se sont jamais « souciés delà voix de leurs épouses, soit parce qu'ils n'avaient « pas l'oreille juste, soit plutôt, car cela serait contradictoire, a parce que leurs goûts musicaux étaient suffisamment sa- « tisfaits par leurs concerts personnels. Peut-être aussi les fête melles n'avaient-elles point d'aptitude virtuelle au perfec- « tionnement de la voix, peut-être avaient-elles atteint l'ex- « trême limile de développement vocal compatible avecl'or- « ganisation d'un oiseau du sexe féminin; ou bien la sélection « produite sous l'influence des poursuites exercées par des « ennemis de toutes sortes contre les belles couveuses, sélec- « tion favorable, selon M.Wallace, à la production de couleurs « sombres, a-t-elle mystérieusement éteint même l'éclat de la « voix. Quoi qu'il en soit, il est évident pour M. Wallace que « la sélection sexuelle, en d'autres termes le goût des dames « fauvettes pour la musique, a amené le grand perfectionne- « ment de la voix des virtuoses de l'autre sexe. Mais, dans « l'espèce humaine, la chose aurait-elle pu se passer ainsi? Le « chant harmonieux et enchanteur d'une prima donna aurait-il « pu naître et se perfectionner par voie de sélection? Le goût « musical des auditeurs pourrait-il avoir eu une influence sé- « lectrice sur ce phénomène ? Jamais, au grand jamais I Seule « l'intervention d'une Force supérieure a pu amener un ré- « sultat pareil, carjamais homme primitif n'a eu de goût pour ce la musique. M. Wallace le sait bien, il a vécu si longtemps « parmi les sauvages qui ont pu le lui dire! Au contraire, les « femelles fauvettes primitives et les femelles rossignols pri- « initives, avaient déjà le goût musical, longtemps avant que « leurs époux eussent apprisà chanter. Comment M. Wallace a le sait-il? Le lui ont-elles dit? N'importe, il le sait. »

Tout ceci est très-brillant, mais me paraît être à côté du sujet. Il est positif que les oiseaux mâles chantent aux femelles à l'époque de l'accouplement : M. Darwin dit, dans son Origine des Espèces: « Tous ceux qui ont étudié le sujet, ada mettent que, dans beaucoup d'espèces, les mâles rivalisent n avec ardeur pour attirer les femelles par leur chant. » Les oiseaux femelles ne chantent pas. Tels sont les faits, et ils sont

RÉPONSE AUX OBJECTIONS

parfaitement d'accord avec l'idée que la perfection du chant a été développée chez les oiseaux mâles par la sélection sexuelle. Chez l'homme les choses se passent tout autrement, et môme d'une façon absolument contraire. Chez les sauvages, les femmes ne choisissent généralement pas leurs maris et, lorsque le choix leur est possible, nous n'avons pas la preuve qu'il soit jamais déterminé par la possession d'une voix harmonieuse. Cette circonstance n'exerce non plus aucune influence sur l'homme sauvage dans le choix de sa compagne; et cependant, il s'est développé dans les deux sexes un organe musical merveilleux, dont on n'a pu encore ni prouver ni concevoir l'utilité pour l'homme dans la lutte pour l'existence. C'est là certainement une difficulté qu'il fallait attaquer avec des faits et des arguments, et que les traits d'esprit les plus brillants ne suffisent pas à résoudre.

Ensuite, répondant aux arguments que j'ai tirés de l'absence complète de poils sur le dos de l'homme, M. Claparède dit, que cela ne saurait être une difficulté pour celui qui admet que les mammifères velus et les oiseaux emplumés sont tous dérivés des reptiles écailleux. Mais, ce n'est certes pas l'argument d'un darwiniste, car le poil et les plumes sont utiles à leur possesseur, autant que les écailles l'étaient à leurs ancêtres supposés, tandis que mon objection est essentiellement basée sur ce fait, que, pour l'homme, on n'a pas pu prouver qu'il tirât quelque avantage de la nudité de son dos.

M. Claparède, dit, page 28: « Que M. Wallace soit au moins « conséquent sur la question de la chute des poils: si l'intcr- « venlion d'une Force supérieure lui semble nécessaire pour a épilcr le dos de l'homme, qu'il sache se résoudre à la faire n agir de môme sur l'échiné de l'éléphant, du rhinocéros, de « l'hippopotame ou du cachalot. »

Mais ces quatre mammifères sont tous des animaux à peau épaisse; l'un est aquatique, l'autre amphibie, les deux autres habitent des contrées chaudes, et se plaisent dans l'ombre et l'humidité. N'esl-il pas parfaitement clair, que pour tous les quatre, le poil n'avait que peu ou point d'utilité, et qu'il a en conséquence partiellement disparu, par suite du défaut d'usage, suivant les lois de l'économie physiologique cl de la

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