I.A PROCESSION
mcssire ! la bibliothèque et le tombeau «le Jean de Garlandc; c'est un marbre blanc comme du lait, c'est maj^ifiqiie. Nous aurons encore bien d'autres belles choses à voir : le sépulcre du bienheureux saint Aignan et de ses trois sœurs; et la ^ande arche de l'église Saint-André, avec la rivière qui passe sous le chœur; et la chapelle des Challines, où les cadavres ne se corrompent point , par miracle ; et le tombeau de la comtesse Ledgarde au chapitre de Saint-Père , avec ses armoiries au dessus en champ de gueules diapré ou ramé d'argent , à la face de sable ; une maîtresse femme, sur ma fi , que cette comtesse Ledgarde ! Elle me valait bien deux fois par la taille... six pieds deux pouces, messire, six pieds deux pouces!...
Le brave homme allait reprendre haleine pour continuer de faire les honneurs de sa ville à l'étranger , quand éclata de toutes parts une immense rumeur composée de cris , de rires , de glapissemcns , de bruits de toute es-
pèce. L'émancipation de la populace , un instant contenue , venait de se donner de nouveau carrière, et s était abattue à plein vol sur les pauvres aveugles de Saint-Julien, au moment où ils entraient dans la ville.
— Holahée, voilà le plus beau de l'affaire, disait une femme , on a raison de dire : au fond les bons morceaux 1 . . .
— Dis donc, mon gros aveugle, reprenait sa camarade , tu voudrais bien que je te fisse fête... allons, ça m'est encore égal! baille moi deux bretons d'or et nous verrons... Ahl le vieux ladre , il n'en a pas un , tant seulement.
Les malheureux six-vingts avaient peur de s'être fourvoyés en chemin, et de s'être jetés dans la gueule de l'enfer ; ils se sentaient mal à leur aise.
— Ah çà , disait un homme , ils ont écorché tous les chats rouges pour se faire des robes , c'est donc ça qu'on n'en voit plus 1...
— C'est avantageux d'être aveugle, ajoutait
I\ PROCESSIO\. C'J
nn second, J'en connais un qui voulait aller à Saint-Maurice , et a pris le chemin de Saint- Brice, pour arriver plus vite. ntt ni
Les pauvres gens n'en pouvaient plus , avec cela qu'ils étaient forcés de l'aire une station devant l'image de la Vierge qui se trouvait sur la porte Guillaume, comme sur les autres portes de Chartres. Tls suaient à grosses gouttes, et leurs voix chevrottaient en entonnant un cantique sur l'arrivée de Jésus à Béthaniev dans la maison dé Lazare. Mais ce fut bien autre chose à la vue de l'image qu'ils soutenaient sur leurs épaules. Figurez-vous une boule toute ronde , avec des yeux verts à fleur de tête, des cheveux roux, une bouche fendue jusqu'aux oreilles qui manquaient , deux énormes placards de vermillon sur chaque joue, un col effrayant de longueur, et, avec cela, un tout petit corps. C'était là ce qu'ils appelaient Renaud Barbou , bailli de Rouen; leur fondateur et protecteur. A cet aspect, il y eut une si terrible explosion d'éclats de rire.
66 Lfi SEMAINE DE PAQUES.
que Guillaume de Villeneuve, qui se trouvait eu ce moment dans la rue Saint-Père, vis-â-vis la synagogue des juifs, j^gea à propos de dépêcher le sire de Montagu à la porte Guillaume; à sa vue, tout se calma aussitôt, et le seigneur anglais, apprenant la cause du tumulte, se dressa sur ses étriers, et dit , d'une voit arrogante : K »'>'M'f! fîD')f)f>'t!i<uf
ffif— !■ Holàl vous êtes de hardis manans de me déranger de ma routé ^ pour vus beaux yeux ; qu'on ne s'y ravise pas , ou foi de baron, vous ne crierez pas pour rien, merci Dieu 1 C'est là un bel. échantillon du respect des Chartrains pour leurs rois. Ils insultent des gens à qui , pour les honorer, Pliilippe-le-L<Mig concéda dé porter sur leur poitrine une fleur de lis et; un croissant d'argent,. . et encore c'est à des vieilbti^ds aVfiugles qu'Us s'attaquent... Par saint Gëorge>! je ne troquerais pcw iln cheval de bonne rade contre ce peuple de couards ; vous avez entendu : bien !
- «iPersoniie n'osa répopdre ; mais îil se fit un
l'i is^k PBOCRSSionr. i)j
suui'(i inuriuure de méconlontenicnt, et cluicuii exhalait son fiel en imprécations.
i-^ Ahli<;hiens d'Anglais, quand votis menera't*<rti ù la tuerie?" ^'*''4
— On ne manquera pas de boucher^*, t^è
:«.,« lA .loin t»b ' —
)our-la...
— Samfc Vierge! dehvrez-nouâ de ces tilsde
sâïàir'''^-'^'^-'^ ''■■'''■'" '■•:'V''':''"^''
\.;; I. .ijj'iij'î ;v)«Offoiq li'ii/i; Iiîijiflo 1 oup Le seigneur de Montagu laissa le reste dii^
cortège défiler devant lui , et se plaç^ sur^les^ derrières avec ses hommes d'armes; il^eniblaU chejTcher attentivement quelqu'un dans__la
ioule ; un homme s'approcha ^l^J^hyjjfiyfl
. -7-, Ah 1 jc'est toi , Philippot l.;»^.rfr) j^-^")
■HTT Oui, messire; je suivais la' procession ; avec iç.ôdrps de. vUle, cooome contrôleur du grenier à sel, mais, je viens dp le quitter, car "j'aime mieux chevaucher aux côtés d'ùiï noiMel et , hpnorâbk! comte, comtaaie : voua; t • • -u-onJ — - -^ 'Meiici de la préférence, PhHiiif)«ôti'"^elî craignais que tu n'eues uublié la pardlei "''*^
f)8 LA SEMAINE DE PAQUES.
— Certes, c'était injustice à vous, nlonsei-' gneur.
— Ton frère sera destitué à la rentrée de la procession; es -tu prêt maintenant à faire ce que je voudrai?
— Disposez de moi.
— Prends plusieurs hommes dévoués , et place-toi avec eux au bas de la nef; puis^ lors-, que l'official aura prononcé l'arrêt, mettezvous tous à jeter des crîs perçans, et à vous pousser les uns contre les autres au nlilieu de la foule.
— Est-ce tout? c'est facile... Ah! ah! ah !
— Pourquoi ris-tu?
— C'est que je ttoiive la chose plaisante; je fais destituer mon frère bien aimé , et je crie parce qu'on le destitue... Ah! ah! ah!...
— A propos, pourquoi) en veux^tu a toni frère, PhUippot? ; . ; .!'ji;irr):i) /l'vn; '«rn''. i
— Chose toute simple, mesâire de Montagu! il lest pieu?^^ dévot, honnête ^ et votre serviteur p'estriende tout ceku'.i'if ni