CHAPITRE V
la voici !
Thomas tie Montagii était pensif et silencieux, depuis que Philippot l'avait quitté. Comme il approchait du cloître , un jeune seigneur, qui marchait près de lui, se prit à dire :
^6 LA SEMAmii DE PAQUES,
— Par ma baronnie de Courbeville, mesàire , est-ce litanie à la Vierge que vous marmottez entre vos dents ? Vous avez la mine grima ude et mal courtoise d'un frocard qui prie ou fait semblant.
Thomas ne répondit point j le Jeune homme hii frappa sur l'épaule, et il leva brusquement la tête.
— Que voulez- vous, Louis de Vieux- Pont?...
— Ce que je veux, beau cousin! je veux que vous conversiez. En vérité , on ne sait la couleur de vos paroles; vous êtes taciturne comme une vieille nonne ; une autre fois , je choisirai compagnon de meilleure accointance, car, de par Dieu , la société d'un muet est chose bien endormante... C'est cette Isabelle de Coighan qui vous trotte ainsi par la tète... n'est-ce pas? Sur mon âme, voici de la constance! los à vous comme amoureux parfait; vous êtes un vrai Thibaut de Champagne, ce qui signifie que vous êtes un grand fol!... en
LA VOICI . ffj
vertu de quoi je vous conseille iloublier les beauv yeux de la dame, car son noble mari çst im brutal qui entend raison comme im harnais de cheval, ou à peu près; vous vous attirerez une mauvaise affaire.
— Rien ne m'arrêtera, et cette journée sera décisive pour moi! Thomas donna un coup d'éperon à son destrier, et ne s'arrêta qu'au grand portail.
— Mon cousin a décidément perdu la tête, dit le sire de Vieux-Pont, aussi vrai que le grand saint Yves était un de ma famille ; mais que va-t-il faire? le meilleur devin, je gage, n'en saurait pas plus que moi.
Comme il entrait dans ÎNotre-Dame, l'offioial mettait une croix sur l'acte de destitution et le déposait sur l'autel. Alors , grâce à Phi- Itppot, ce fut en un instant un désordre général. Thomas s'approche de la dame de Coighan, qui venait d'être violenmient séparée dç son mari, et lui dit :
■jS LA SEMAINE DE PAQUES.
— Madame, je suis le comte de Montagu, je vous aime... il faut me suivre!...
Puis il colle ses lèvres avec impudence sur l'épaule de la jeune femme , et lui nouant ses
deux bras autour de la taille , il l'entraîne
Tout à coup , un gantelet de fer le frappe au visage, une main vigoureuse le prend à la gorge , l'accule contre un pilier, et il sent le froid d'un poignard qui pénètre au défaut de la cuirasse ; ensuite , le sire de Coighan enlève son épouse d'un bras , et de l'autre agitant audessus de sa tête la lame ensanglantée, il s'écrie :
— En avant, écuyers et varlets , droit à mon hôtel ; en voici un qui a son compte , les autres auront le leur , s'il leur plaît de nous y rendre visite. . . Dieu nous aidera ; en avant ! . .
Aussitôt les gens de son escorte dégainent , se rassemblent autour de leur maître, et, s'ouvrant un passage, se précipitent hors de l'église.
A ce bruit , le bouillant prélat écarte violem-