LA VOICI
ment le missel que le grand- vicaire lui présentait pour lire la passion , et s'élance vers la nef en demandant :
— Qu'y a-t-il? qu'y a-t-il?
— C'est messire de Montagu qui vient d'être assassiné , répond Louis de Courbeville.
Thomas se traîne jusqu'à Jehan de Frétigny.
— Monseigneur. . . oh ! monseigneur. . . vengez-moi... le sire de Coighan...
— Oui , par ma mitre , vous serez vengé et bien vengé ; où est le meurtrier ?
— A son hôtel, rue du Cheval blanc, dit Philippot de Champrond.
— Bien; messire de Languedoue, courez avec vos hommes à la porte Châtelet, pour lui barrer le chemin en cas de fuite. Vous, Gilles de Laubespine, emmenez vos arbalétriers ; ils s'embusqueront dans l'étroit degré, et tireront aux fenêtres. Villeneuve et moi, nous attaquerons avec les piquiers par la rue
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du Bœuf couronné!... Baron de Gourbeville, je vous recommande le blessé. . .
En donnant ces ordres, Jehan de Frétigny, l'œil élincelant, se dépouille de ses ornemens sacerdotaux qu'il jette à ses clercs, à moitié déchirés; il saisit une hache d'armes, monte sur le premier cheval qu'il trouve à la porte de l'église , et court ventre à terre à la rue du Cheval blanc.
La masse des fidèles se met alors en devoir d'évacuer l'église.
Les diverses congrégations venues processionnellement pour l'audition des vêpres à la cathédrale , se décident à regagner moutiers et abbayes , car chacun s'est dit : — Voici l'évcque en campagne , partant , point de vêpres. — Les bourgeois s'en vont en maudissant tout ce qui s'appelle Bourguignon : les jeunes fUles, effrayées malgré la branche de buis bénit qu'elles portent à la main, courent s'enfermer dans leurs domiciles respectifs, et les vieilles femmes murmurant des ave ou des
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imprécations — l'un dos deux — prennent le parti d'aller réciter leiu' ofTice au coin du feu. Comme la foule s'est jetée par toutes les portes petites et grandes pour sortir , et que d'ailleurs il n'y a pas au quinzième siècle de chaises maudites pour entraver la marche, l'église est bientôt vide. Depuis quelques instans, une jeune fille se tient à genoux près de la chapelle de Saint-Gatian, fondée en 1417 par M' Hugues Sanglier, chanoine. Elle y attend son père et ses serviteurs dont le tumulte l'a séparée. Tout à coup, il se fait du bruit derrière elle. . . Elle retourne la tête, et aperçoit un homme étendu sur une civière : c'est le sire de Montagu qu'on emporte ! Ses genoux se dérobent sous elle, elle fait quelques pas pour fuir, chancelle et s'affaisse, pâle et froide, sur la dalle. A sa vue, Geoffroy de la Poule, qui suit la civière du comte de Sarisbéry, s'empresse d'accourir et il la soulève de terre.
Il prend de l'eau dans le bénitier, et lui en jette au visage : cela ne sert à rien. Alors le
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jeune homme éperdu la saisit dans ses bras et court au palais épiscopal. Il la dépose dans l'oratoire de Jehan de Frétig^ny, où il met tout en œuvre pour la faire revenir à elle.
Elle était belle, cette jeune fille 1 Ohl comme Geoffroy s'enivrait de sa vue. C'est que sa ceinture à glands d'or qui traînait jusqu'à terre, serrait si gracieusement sa taille svelte et élancée ; c'est que sa chevelure, qui se partageait sur son front et retombait en tresses le long de ses joues, était si blonde et si soyeuse ; c'est que sa robe de velours d'un bleu céleste s'harmoniait si bien à la blancheur de son teint ! l'hermine va si bien au velours ! . . . Et puis , dans ses doigts longs et effilés , il y avait quelque chose d'incorrect, quelque chose qui tenait encore de l'enfant et n'en plaisait que davantage.
Lorsqu'elle commença à rouvrir ses yeux , le pauvre Geoffroy fut tout décontenancé : comment lui expliquer sa présence dans cette chambre? il était persuadé d'avance de ne