‹ La semaine de pâquesChapitre 25 sur 41 · CHAPITRE XI L · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI L

A\/ Ai\\ V \ i..v\ '

Une assemblée anglaise à la tour du roi.

Jehan de Frétigny, accablé des malédictions de la terre et menacé de la colère du ciel , sentait redoubler d'heure en heure son amour pour Jolie et pour Geoffroy : passion brûlante

l84 TA SFMAINF D¥. PAQUES.

et désordonnée que rien ne pouvait arrêter dans sa fougue. Jolie était la fille de son san^, Geoffroy le fils de son adoption 1 II s'était retranché dans cette double paternité comme dans un asile sauveur et impénétrable. Désormais pour lui, toute la vie , tout le bonheur, tout l'univers était là : hors de ces deux êtres et de ces deux affections , il n'y avait plus rien que de la haine et du mépris pour les choses d'ici-bas et pour les choses d'en haut !

Depuis quelques Jours , voyant Geoffroy plus triste et plus pensif que d'ordinaire, il se disait :

— Pauvre enfant , tu soufTres comme moi et du même mal que moi , car ton existence est bien étroitement liée à la mienne : à l'un amour de père , à l'autre passion d'amant. — — Oh! cela ne peut durer ainsi, et nous serons heureux bientôt !...

L'évêque suivait avec sollicitude les progrès de la guérison du comte anglais, et quittait à

UNK ASSr.MnLÉR ANGL\ISI*. l85

peine le chevel de son lit : c'est qu'il avait besoin de lui pour l'exécution de ses projets.

— Eh bien , beau cousin , disait-il à Thomas de Montagu dans la journée du mercredi ; notre médecin a fait merveilleuse cure, à ce qu'il semble , car vous voici allègre et dispos , Dieu aidant.

— Dieu ou diable , monseigneur, je pourrais presque jouter à toutes armes contre le preux Hector de Troie.

— Alors , il vous serait aisé de prendre ce parchemin que je tiens là : c'est la donation de ma maison de plaisance de Pontgouin.

Le baron laissa tomber sur l'acte que Jehan de Frétigny lui présentait un regard de convoitise , et s'empressa de le saisir ; l'évêque continua :

— Je vous dirai que votre action de dimanche était extravagante. Ne jouez pas l'étonnement : vous vouliez enlever madame Isabelle à l'aide d'un tumulte excité en apparence par l'arrêt de l'olTicial. C'est le sire de Vieux-

i86 lA SEMAI iVE DE PAQUES.

Pont qui m'a tout conté ; et je le crois, car il a juré par saint Yves, son aïeul... Si je yous apprenais maintenant que dès demain madame de Coighan peut être à vous... Mais à quoi bon tels propos ? vous ne pouvez songer à déduits amoureux, pauvre blessé languissant. . .

Thomas de Montagu se leva avec forcç sur son séant.

— Vous savez où elle est 1. . .

— Oui.

— Oh ! parlez , parlez , car je l'aime toujours : elle a de si belles épaules 1

— Je suis certain qu'elle habite secrètement l'hôtel Montchevrier , où messire Raynaud la protège... j'en suis certain.

— Raynaud 1 Raynaud I ah , mon vieux chat, c'est un coup de giiffe que tu pourras payer cher.

— Vous haïssez donc aussi cet homme.... tant mieux ! Vous m'aiderez à m© venger de lui!

CKB ASM..MBLlif. A!V<;LAISE. 1 87

— A vrai dire , je ne le hais pas positivement; mais je vous aiderai par complaisance...

11 porta les yeux sur l'acte de donation.

— J'y compte : vous y êtes intéressé d'ailleurs ; c'est le seul moyen de posséder madame de Coighan. Nous allons donc nous rendre à la tour du roi, où le conseil est convoqué , et vous me seconderez pour obtenir du gouverneur l'arrestation de Raynaud de Montchevrier et de toutes les personnes habitant sa maison.

— Rien n'est plus facile. . . A propos , monseigneur, je vous remercie de votre château de Pontgouin.

Une heure après ils étaient à la tour du roi : grand nombre de seigneurs se trouvaient dé|à rassemblés dans les salles du conseil, et complimentèrent Thomas de Montagu sur sa guérison.

— Messeigneurs , dit Guillaume de Villeneuve, les fleurs de lis ont le dessus de tous

Page 1