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LA LUNE ET LES NUAGES

Lu long soupir s'exhala de la poitrine de Raynaud.

— Pas encore ah! tant mieux! tant

mieux!... car, vois-tu, comte, j'ai quelque chose à te dire auparavant, une chose à laquelle tu ne t'attends guère Jolie n'est pas

ta fille : elle est la mienne la mienne, entends-tu ?

— Ah ! fit le vieillard.

— Oui, la mienne!... ai-je encore le temps de te le répéter avant que tu meures? Jolie n'est pas ta fille... elle est la mienne!

— Tu mens!...

Et le vieillard se souleva tout d'une pièce vers l'évêque qui riait, les bras -croisés sur sa poitrine , et il retomba. . . mort !

— Bien , reprit Jehan de Frétigny en posant la main sur son cœur qui ne battait plus.. . ha lune était toujours voilée! En ce moment un léger bruit de pas et de voix se fit entendre du côté de l'évéché,., Jehan de Frétigny prêta une oreille attentive.

24o LA SKMAINE DE PAQUES.

— On vient... oh 1 malheur à celui qui va se trouver face à face avec moi dans ces lieux.

Il ramassa son épée : le bruit approchait, plus distinct. Il crut voir deux formes humaines marcher dans l'ombre : ces paroles prononcées à mi voix arrivèrent jusqu'à lui.

— Je vais vous rendre à votre père. . . pourquoi trembler ainsi ? appuyez-vous sur moi : davantage encore... ne craignez rien. . . il n'y a rien à craindre. . .

— Oh ! messire, que cette galerie est sombre... j'ai bien peur depuis que la lune s'est cachée.

— Elle va se dégager bientôt, regardez le ciel... et puis nous arrivons... j'entrevois déjà la porte de l'église. . .

Et les deux voix se turent. . . l'évêque frissonna comme anéanti et se serra contre le mur de la chapelle... il avait reconnu Jolie et Geoffroy ; à mesure qu'ils avançaient , Jehan de Frétigny se resserrait davantage contre la lujiraillo.

Là LUNE ET LLS NUAGES. lf\l

— Vous êtes siir, messin?, que nous trouverons Hector à son hôtel ?. ..

— II nous y attend.

— Marclions donc. . cela me donne du courage... ah!... mon Dieu!...

En poussant cette exclamation , Jolie tomba à genoux.

— Qu'avez-vous donc, madame?

— Mon pied a heurté quelque chose. . . là. . . quelque chose comme une armure ..

Geoffroy se baissa. Jehan de Frétigny, si près d'eux , que la robe de Jolie l'avait touché , se dressa sur la pointe des pieds pour s'effacer encore davantage.

— Miséricorde! s'écria Geoffroy, un homme assassiné !

— Un homme assassiné !. . oh !... c'est horrible. . . tenez, . . je souffre comme «ne malheureuse de ne pas savoir quel est cet homme, car on ne peut rien savoir. . . . c'est peut-être quelqu'un qui nous est cher, que nous aimons... n'est-ce pas que cela doit être...?

-1^2 L\ SFMAIJVE DE PAQUES.

L'évêque s'écrasait contre le mur de la chapelle.

— Béni soit le ciel! voici la lune qui se découvre.

En effet les nuages se dissipaient peu à peu ; Jehan de Frétigny aurait voulu entrer dans la muraille : il ferma les yeux pour ne rien voir. . . la lune apparut dans son entier.

— Mon père , s'écria Jolie en se renversant sur le corps , mon père !.. .

— Maudit soit le meurtrier! répondit Geoffroy.

Il entendit comme un soupir derrière lui et se retourna... il aperçut Jehan de Frétigny si pâle, qu'il en eut peur comme d'une apparition et recula :

— Oh ! ^e le répète , maudit soit le meurtrier 1

Puis il secoua fortement la jeune fdle par le bras.

— Mais regarde donc aussi, toi.... le voici,

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