‹ La semaine de pâquesChapitre 4 sur 41 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Disons-le : il osl une clasàc d'hommes qui n'a nullement compris la marche du propres depuis la premi^^e révolulion amenée par la force spirituelle et effectuée par la force matérielle , jusqu'à la révolution de juillet amenée et effectuée par la force spirituelle seidement, c'est la classe des hommes universitaires ; ils voudraient rester liomalns , en dépit de tout. Rome , toujours Rome ! s'écrient-il? sans s'apercevoir que ce mot a perdu toute son influence magique d'autrefois et ne rallie plus les intelligences autour de lui. Comme c'est de l'éducation donnée à la jeunesse que dépend l'avenir de cette jeunesse , et par conséquent l'avenir de la société, rien n'est plus mauvais et plus pernicieux qu'une éducation prise h sens contraire , une éducation h laquelle on imprime une fausse direction. Rien n'est plus déplorable, plus vicieux et plus corrupteur, surtout quand ils sont placés à la tête de l'éducation, c'est-à-dire du progrès, que ces hommes qui avouent hautement , h la face de tous , par leurs paroles et leurs actions, ne pas croire au progrès. Eh bien! telleest pourtant l'éducation qu'on donne aux jeunes gens; tels sont pourtant les maîtres qui la tiennent dans leurs mains! Écoutez-les j il n'est rien de valable à leurs yeux que ce qui est passé préalable-

Xij PRÉFACE.

ment au tamis de ranliquité. Écoutez les vous dire que jamais on n'atteindra dorénavant à la hauteur d'Horace ou de Virgile , et qu'il est inutile d'y essayer; car ces poètes sont les colosses de Rhodes du monde littéraire, entre les jambes desquels les plus grands vaisseaux de tous les temps ont défdé , défilent et défileront sans les toucher , mâts debout et voiles déployées! Pendant huit ou dix années, quelquefois plus, ils vous entretiennent, sans trêve et sans relâche, des héros antiques. C'est Horatius Coclès au pont du Tibre, c'est Camille sous les murs de Veies , c'est Rome et Carthage à la bataille de Cannes!.... et vous savez à peine ce que c'est que le pont d'Arcole, la prise de Moscow et la bataille d'Austerlitz ! Vous quittez leurs cours sans emporter de votre histoire nationale autre chose qu'une idée vague, confuse et imparfaite. Nunia Pompilius et César vous sont plus familiers que saint Louis et Bonaparte. Ce n'est pas tout 1 si vous voulez être peintres , sculpteurs ou littérateurs , peignez d'après l'antique , sculptez d'après l'antique, écrivez d'après l'antique. Oh! malheur à ces hommes qui , ne comprenant pas les besoins du siècle , font , comme les sourds , xme réponse tout opposée à la question qu'on leur adre6se !

PRKFACE. Xiij

Grâces an ciel, la masse inlclligcnlc et capable des jeunes gens a rejeté leurs doctrines avec mépris. Inquiets de Tavenir, ils ont regarde autour d'eux, se demandant les uns les autres : Qui doit nous conduire au bien Pet ils n'ont vu personne, personne n'a répondu ; alors ils se sont écriés : Marchons seids ! et ils ont marché seuls , disant : Dieu nous prêtera l'aide que nos pères nous refusent! Tous leurs yeux se sont tournés vers le moyen- âge; ils ont percé le voile d'obscurité et d'oubli qui enveloppait cette époque , et elle a rayonné au grand jour ! C'était l'heure que Dieu avait marquée pour sa résurrection ; Car elle était vraiment morte ; Voltaire et ses partisans l'avaient lapidée et avaient jeté du sang et de la boue sur son cadavre enfoui bien profondément sous la terre! Ne les blâmons point , puisqu'au moyen-âge la pensée de servitude étouffait la pensée de liberté; mais, maintenant que leur œuvre est accomplie, accomplissons la nôtre ; allons chercher , sous les ruines entassées des temples qu'ils ont renversés, le seul élément de conservation possible pour la société qu'ils ont étabUe; cherchons une étincelle qui s'est conservée, brillante et lumineuse , sous les cendres qui la recouvraient.... Cet élément de con-

Xiv PREFACE.

servation , cette étincelle lumineuse , c'est la foi ! Que peut-il nous arriver de mal , si nous pénétrons dans le vaste ossuaire du moyen-âge? Les barons, couchés sur leurs tombes , dans leurs linceuls de fer, ne se relèveront point pour nous mettic les chaînes aux mains comme autrefois , et nous appeler serfs et vassaux. Les chaînes féodales sont brisées et ne se rejoindront pas; les tronçons du serpent ont été jetés à trop de distance l'un de l'autre pour se réunir jamais. Courage donc ! l'art ne peut que gagner h nos recherches, et, si l'art y gagne , 1 humanité y gagnera ; car c'est désormais appuyée sur lui qu'elle doit s'avancer vers l'avenir !....

— Quelques lignes pour terminer. — Il y a , comme on le voit , de l'analogie entre un enfant et un auteur qui débute , entre sa préface et le giron d'une mère. L'enfant court ramasser l'un après l'autre ses jouets , ses trésors , ses hochets épars à travers le salon , et se plaît à les réunir sur les genoux de sa mère qui se prêle en souriant à cette fantaisie. — Ils sont rassemblés pêle-mêle et sans ordre, mais pas un ne manque; tous s'y trouvent religieusement ! — Eh bien ! l'auteur fait de même. — Tout ce qui lui est venu de pensées durant ses

Page 1