La sensation des obstacles chez les aveugles
Georges Lamarque, élève de l’Ecole Normale supérieure dans la section de philosophie, qui avait choisi comme sujet d’étude la psychologie des anormaux sensoriels, a donné sa vie pour la France dans les plaines de la Marne, le 7 septembre 1914.
Une circonstance fortuite l’avait mis en rapport avec une école d’aveugles. La surprise qu’il éprouva de trouver ces infirmes si différents de ce qu’il attendait détermina l’orientation de son travail scientifique. Sa vaillante compagne, qu’il associait à ses travaux, professeur à l’Institution Nationale des sourds-muets de la rue Saint-Jacques, toute proche de la rue d’Ulm, l’intéressa à une autre catégorie d’anormaux. Quels beaux travaux nous aurions de lui à l'heure actuelle, dans un champ encore peu exploité, si une balle imbécile ne l’avait, comme tant de ses camarades, enlevé à la science désintéressée vers laquelle sa noble nature le portait avec une si juvénile ardeur !
Son mémoire pour le diplôme d’études supérieures, intitulé La perception extérieure chez les aveugles, m’avait donné l’occasion de le connaître. J’avais été frappé de sa ferme résolution de consacrer sa vie à la tâche qu'il avait choisie, de la générosité avec laquelle il escomptait les résultats pratiques qui sortiraient de ses travaux au profit de tant d'êtres déshérités, et je m’étais vivement intéressé à ses recherches. Cette œuvre d’un tout jeune homme, qui n’était pas destinée à l’impression, et où il ne voyait qu’un essai, nous est garante de la sûreté impeccable de sa méthode d’observation, et nous fait mesurer la perte que la science a subie par sa mort prématurée.
Dans une première partie il étudie les données des sens chez les aveugles ; dans une seconde l’utilisation de ces données telle qu’elle apparaît dans l’adaptation au milieu : travail manuel, adresse à se diriger, manière de se représenter les objets et l’espace. Il avait l’intention de reprendre cette seconde partie, qu’il savait avoir traitée d’une façon tfn peu hâtive. C’est la première surtout qui est instructive pour le psychologue. Un premier chapitre soumet à une critique serrée les travaux entrepris jusqu’en 1910 sur le sens du lieu de la peau chez les aveugles, la faculté de localisation des