‹ La sensation des obstacles chez les aveuglesChapitre 2 sur 7 · E. CLAPAREDE. — LE SOMMEIL ET LA VEILLE · texte numérisé non relu

E. CLAPAREDE. — LE SOMMEIL ET LA VEILLE

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Ed. Claparède.

sons, la faculté de perception à distance, et avec une grande sagacité décèle le point faible des expérimentations de Griesbach, de Kunz, etc. Après quoi dans deux chapitres l’auteur expose les résultats de ses propres expérimentations, d'abord sur la sensibilité discriminative de la main, puis sur le sens des obstacles.

L’explication qui se présente la première à l’esprit quand on constate l’habileté et l’adresse des aveugles, c’est qu’ils les doivent à une sensibilité exceptionnelle. Si, pense Lamarque, j’établis sur ces points privilégiés que la supériorité qu’on leur attribue n’existe pas, on ne pourra plus sur aucun point parler de sensibilité exceptionnelle. Sa démonstration en ce qui concerne le sens du toucher confirme les conclusions présentées par Griesbach en 1899, avec une méthode qui sur certains points est plus rigoureuse que celle de Griesbach; ces conclusions ont été vulgarisées depuis 1912 par bien des travaux en France et en Allemagne. En revanche, en ce qui concerne le sens des obstacles, la théorie de Lamarque, si elle est conforme à celle que j’ai exposée1, apporte certaines précisions qui lui sont propres.

Je détache du mémoire, pour les lecteurs du Journal de Psychologie, la partie relative au sens des obstacles : l’examen critique des théories en cours est extrait du chapitre ier, et la partie constructive constitue le chapitre iii.

Je ne me résigne pas toutefois à ne pas publier le témoignage de Georges Lamarque sur une question qui domine la psychologie des aveugles.

Il n’est pas rare de trouver encore des psychologues qui regardent la psychologie de l’aveugle comme entièrement différente de la psychologie normale. Je lisais tout récemment une étude expérimentale sur la mémoire des aveugles qui se termine par une déclaration en ce sens2. Nous n’avons pas affaire, dit en substance l’auteur, simplement à des sujets dotés d’organes sensoriels défectueux, mais à des âmes qui sont encore tout à fait inconnues de notre psychologie, chez lesquelles le défaut de vue ne représente pas seulement l’absence d’un sens, mais une transformation radicale de la vie psychique tout entière. Cette position est logique pour qui accepte le vieil adage sensualiste : nihil est in intellectu quod non ante fuerit in sensu. Si notre mentalité est à ce point prisonnière de la sensation et de l’image, comment la perte de sensations aussi dominatrices que celles de la vue n’entraînerait-elle pas de profondes modifications dans toute la mentalité ?

Georges Lamarque, qui s’attendait à rencontrer des êtres très singuliers, a été surpris de trouver ces anormaux si semblables à des individus normaux.

1. Le Monde des Aveugles (1914) ; Le sens des obstacles chez les aveugles de la guerre , Revue philosophique, 1923.

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