SCÈNE PREMIÈRE
ROTHANGER, puis CHALANDARD, puis GAUDIN.
CRIS, dans la coulisse.
Bravo ! bravo! du champagne !
ROTHANGER, à la cantonade, à gauche.
Vous entendez, du champagne !
ROTHANGER , revenant près de la porte de droite, un bouquet et des rubans
à la boutonnière.
Alterniez! patience! voilit trois heures que nous sommes à table!.. Ils vont bien!., mais ce jeune professeur m’inquieie... il est enrhumé et on ne l’entend jamais tousser; c’est une toux interne... Je l’ai empêché de manger; mais tout à l’heure, au dessert, il nous a récité des vers... latins.
' CHALANDARD, entrant par la droite ’.
Rh bien!... ce champagne! (lin domestique parait portant plusieurs bouteilles de champagne.)
ROTHANGER.
Le voilà! (Le domestique entre à droite.) ,
CHALANDARD.
Vous n'avez toujours pas vu Clampinais?
ROTHANGER.
Non... pas de nouvelles.
* K. Ch.
CHALANDARD.
C’esl incroyable ! — Cet animal-là me quitte le matin à la mairie en me disant : «J’ai soif, je vais revenir.» Et il n’a pas reparu! Sa place est restée vide à table...
GAUDIN, entrant par le fond, bouquets et rubans à la boutonnière .
Monsieur, qui est-ce qui est chargé de rincer les verres dans cette maison?
CHALANDARD.
Eh bien! et toi?
Oh! Monsieur! ce n’est pas ma besogne.
ROTHANGER.
Adresse-toi à Joseph., le domestique!..
„ GAUDIN
Très-bien! (Fausse sortie.)
ROTHANGER, à Gaudin.
Ah! demain, à midi, tu iras frapper à la porte de ton maître.
GAUDIN
A midi?
CHALANDARD.
Diable"!
ROTHANGER.
Moi, Monsieur, le jour de mes noces, je ne me suis levé qu’à deux heures.
CHALANDARD.
C’est très-fort !
ROTHANGER.
Mais ma femme était sur pied à huit.
CHALANDARD ET GAUDIN.
Ah!
ROTHANGER.
En me réveillant, je l’ai trouvée occupée à découdre mon jabot de dentelles pour s’en faire un col. (À Gaudin.) Tu as entendu, à midi!
, GAUDIN
Dame! Monsieur... ça n’est pas ma besogne... D’ailleurs, je n’ai pas de montre.
ROTHANGER.
Comment! tu n’as pas de montre!... à ton âge!
GAUDIN
Non, Monsieur... et pourtant ça me serait bien utile pour m’empêcher de me lever trop tôt.
. CHALANDARD, à pari.
Quel bon nègre!
* R. G. Ch.