‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 119 sur 300 · COMPLAINTE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE

D'une haute naissance , Belle comme à seize ans , Alice dans Florence, Charmait tous les amans.

A seize ans, comment faire Pour défendre son cœur P Un seul parvint à plaire , Et c'était un trompeur!..

[Se tournant vers la statue.)

[Prière.) D'un pareil maléfice, Sainte Alice!

Préservez-nous , Nous prierons Dieu pour vous I

Flattant sa confiance.

Le traître, avant l'hymen^ Lui ravit l'innocence.

Et disparaît soudain.

// reviendra, dit-elle.. .

Mais, ô funeste erreur !

Jamais près de sa belle Ne revint le trompeur l

[Prière.) D'un pareil maléfice.

Sainte Alice !

Préservez-nous ,

Nous prierons Dieu pour vous!

ALPHONSE , parlant.

Eh bien I qu 'est-elle devenue? continuez^ de grâce...

CAMILLE

Ilélas! sur ce rivage, Alice vint mourir...

{Montrant la slalue.) Et cette froide image Semble toujours gémir!

Quand, la nuit, on l'assure, Le veut gronde en fureur , Ce marbre encor nmrmure Et nomme le trompeur!..

[Prière.) Ah! soyez- nous propice.

Sainte Alice !

Veillez sur nous.

Nous prierons Bieu pour vous 1

ALPHONSE

C'est bien elle !

CAMILLE , remarquant son trouble.

Comme ce récit vous a ému !

ALPHONSE

Vous n'en serez pas surprise , quand vous saurez que ce séducteur, qui a causé la mort de la pauvre Alice. . . c'était mon frère.

CAMILLE

Votre frère!..

ALPHONSE

Oui ; ce comte de Monza , dont je vous ai parlé quelquefois et qui a rempli l'Italie du bruit de ses désordres. Plus jeune que lui, élevé loin de Florence, je n'ai pu le connaître , je 'crois même que ses traits n'ont jamais frappé mes regards, mais je n'ai point oublié que je lui dois mes nialbeurs! Lié avec de jeunes débauchés qui faisaient gloire de porter le déshonneur dans toutes les familles , ne connaissant aucun frein , il dissipa les biens de mon père , força ce noble vieillard de chercher une autre patrie , de quitter un nom que l'indignation générale poursuivait, et termina, dit-on, son sort en Espagne,

dans les prisons de l'inquisition ! Jugez si la vue de cette statue a dû me troubler I

CAMILLE

Et pourquoi ?.. Ne craignez-vous pas qu'elle venge sur vous les crimes de votre frère?

ALPHONSE , souriant.

Non; mais, dussiez-vous rire de ma faiblesse, j'avoue que l'idée d'habiter ce château me cause quelqu'émotion . CAMILLE, regardant la statue.

Et moi, je suis sûre, au contraire, qu'Alice nous protégera... elle n'en veut qu'aux amans parjures, et j'espère bien, monsieur, que vous n'aurez rien à en redouter. ALPHONSE , virement.

Ah ! jamais! {Se remettant.) Vous avez raison , Camille, le bonheur qui m'attend doit dissiper ces tristes souvenirs, et je ne veux plus songer qu'à mon amour.

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