TRIO
RITTA
Qu'as-tu donc?..
DANDOLO, tremblant.
Parlez bas !
CAMILLE
Quel effroi !
DANDOLO
Parlez-bas!..
Ne le voyez- VOUS pas ?
Je le crois toujours sur mes pas 1 ( Troublé comme s'il parlait à quelqiiun qui le menace.') Pardon!., pardon!..
Qui, moi? vous offenser ! non, non !
Épargnez un pauvre garçon !
CAMILLE
Mais, qu'a-l-il donc ?
jLj\i3£.IrlJiLi£..j Pauvre garçon... réponds-nous donc 1 Aurait-il perdu la raison ?
RITTA
Mais qu'a-t-il donc ?
Maudit poltron... réponds-nous donc !..
Aurait-il perdu la raison ?
RITTA
Mais d'où reviens-tu ?..
DANDOLO
Je n'en sais rien...
CAMILLE
Qui l'a fait peur ?
DANDOLO, soupirant.
Je le sais bien...
Tenez, là bas...
Voyez-vous pas , Ce long manteau , Ce grand chapeau , Et ce regard étincelant ? . .
J'en ai la fièvre assurément 1
RITTA
Il perd la têle assurément!..
Mais parle... ou je te punirai...
As-tu vu le curé ?
DANDOLO, regardant toujours de coté.
Non!..
CAMILLE
Non !.. mais pour aller chez lui N'étais-tu pas parti ?
DANDOLO
Oui !..
RITTA
Oui !..
As-tu fait ta commission ?
Non !..
CAMILLE
Non !..
Et qui t'empêchait?
DAWDOLO, prêt ù parler.
C'est...
KITÏA.
C'est?..
CAMILLE
C'est?..
DANDOIO.
C'est?..
{^Faisant un saut de cote.) Parlez bas, parlez bas...
Ne le voyez-vous pas ?
Je le crois toujours sur mes pas !
{^Troublé.) Pardon, pardon...
Qui, moi i* vous offenser! Non, non...
Épargnez un pauvre garçon !
CAMILLE
ENSEMBLE. 1 Mais qu'a-t-il donc?
Pauvre garçon, réponds-nous donc ; i Aurait-il perdu la raison ?
RITTA
Mais qu'as-tu donc ?
Maudit poltron ! réponds-nous donc. . .
^vAurait-il perdu la raison ? uiTTA, ac'cc impatience.
Ah ça, veux -tu bien t'expiiquer plus clairement. Pourquoi ne ramènes-tu pas le cure'?., re'ponds vite, ou je te donne ton congé', et jamais tu ne m'épouseras. dandolo.
Dieux! madame Ritta , vous allez me faire commettre quelqu'imprudence î mais , pvdsque vous le voulez, ainsi que mademoiselle. . .
CAMILLE
Ehl mais sans doute, tu nous fais mourir.
DANDOLO
Vous saurez que j'avais pris ce matin par le Val-Démoné , pour arriver plus vite ; je chantais pour me tenir compagnie, parce qu'il faisait à peine jour, lorsqu'au de'tour de la Roche-Blanche je vois devant moi un grand diable qui m'arrête brusquement en me disant : Oii vastu , imbécille? . ,
RITTA
C'était un de tes amis ?
DANDOLO
Je l'ai cru d'abord , et je m'apprêtais à lui ôtcr mou chapeau... mais je ine suis mis à trembler si fort, que je n'ai jamais pu le trouver.
RITTA
Poltron ! trembler devant un homme seul.
DANDOLO
Du tout , c'est qu'il n'était pas seul... Il avait avec lui un sabre et quatre pistolets.
CAMILLE
O ciel !
DAKDOLO.
Où vas-tu? qu'il me répète d'une voix de tonnerre. — Chercher le curé de Melazzo , que je lui réponds de l'air le plus agréable que je peux. — Pour marier la fille du riche Lugano? qu'il me dit ; c'est inutile , le curé est malade , il n'ira pas.
CAMILLE
Est-il possible ?
DANDOLO
Alors, que je reprends, je m'en retourne bien vite y car on m'attend au château. — Pour sonner cette fête , dit -il ; si tu t'en at>ises, cest ton enterrement que iu auras sonné.
RITTA
Ton enterrement I
DANDOLO
Je vous demande I à vingt-deux ans, si c'est proposable !... Du reste , ajoute-il, ce mariage ne se fera pas ^ je ne le veux pas.