‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 122 sur 300 · TRIO · texte numérisé non relu

TRIO

RITTA

Qu'as-tu donc?..

DANDOLO, tremblant.

Parlez bas !

CAMILLE

Quel effroi !

DANDOLO

Parlez-bas!..

Ne le voyez- VOUS pas ?

Je le crois toujours sur mes pas 1 ( Troublé comme s'il parlait à quelqiiun qui le menace.') Pardon!., pardon!..

Qui, moi? vous offenser ! non, non !

Épargnez un pauvre garçon !

CAMILLE

Mais, qu'a-l-il donc ?

jLj\i3£.IrlJiLi£..j Pauvre garçon... réponds-nous donc 1 Aurait-il perdu la raison ?

RITTA

Mais qu'a-t-il donc ?

Maudit poltron... réponds-nous donc !..

Aurait-il perdu la raison ?

RITTA

Mais d'où reviens-tu ?..

DANDOLO

Je n'en sais rien...

CAMILLE

Qui l'a fait peur ?

DANDOLO, soupirant.

Je le sais bien...

Tenez, là bas...

Voyez-vous pas , Ce long manteau , Ce grand chapeau , Et ce regard étincelant ? . .

J'en ai la fièvre assurément 1

RITTA

Il perd la têle assurément!..

Mais parle... ou je te punirai...

As-tu vu le curé ?

DANDOLO, regardant toujours de coté.

Non!..

CAMILLE

Non !.. mais pour aller chez lui N'étais-tu pas parti ?

DANDOLO

Oui !..

RITTA

Oui !..

As-tu fait ta commission ?

Non !..

CAMILLE

Non !..

Et qui t'empêchait?

DAWDOLO, prêt ù parler.

C'est...

KITÏA.

C'est?..

CAMILLE

C'est?..

DANDOIO.

C'est?..

{^Faisant un saut de cote.) Parlez bas, parlez bas...

Ne le voyez-vous pas ?

Je le crois toujours sur mes pas !

{^Troublé.) Pardon, pardon...

Qui, moi i* vous offenser! Non, non...

Épargnez un pauvre garçon !

CAMILLE

ENSEMBLE. 1 Mais qu'a-t-il donc?

Pauvre garçon, réponds-nous donc ; i Aurait-il perdu la raison ?

RITTA

Mais qu'as-tu donc ?

Maudit poltron ! réponds-nous donc. . .

^vAurait-il perdu la raison ? uiTTA, ac'cc impatience.

Ah ça, veux -tu bien t'expiiquer plus clairement. Pourquoi ne ramènes-tu pas le cure'?., re'ponds vite, ou je te donne ton congé', et jamais tu ne m'épouseras. dandolo.

Dieux! madame Ritta , vous allez me faire commettre quelqu'imprudence î mais , pvdsque vous le voulez, ainsi que mademoiselle. . .

CAMILLE

Ehl mais sans doute, tu nous fais mourir.

DANDOLO

Vous saurez que j'avais pris ce matin par le Val-Démoné , pour arriver plus vite ; je chantais pour me tenir compagnie, parce qu'il faisait à peine jour, lorsqu'au de'tour de la Roche-Blanche je vois devant moi un grand diable qui m'arrête brusquement en me disant : Oii vastu , imbécille? . ,

RITTA

C'était un de tes amis ?

DANDOLO

Je l'ai cru d'abord , et je m'apprêtais à lui ôtcr mou chapeau... mais je ine suis mis à trembler si fort, que je n'ai jamais pu le trouver.

RITTA

Poltron ! trembler devant un homme seul.

DANDOLO

Du tout , c'est qu'il n'était pas seul... Il avait avec lui un sabre et quatre pistolets.

CAMILLE

O ciel !

DAKDOLO.

Où vas-tu? qu'il me répète d'une voix de tonnerre. — Chercher le curé de Melazzo , que je lui réponds de l'air le plus agréable que je peux. — Pour marier la fille du riche Lugano? qu'il me dit ; c'est inutile , le curé est malade , il n'ira pas.

CAMILLE

Est-il possible ?

DANDOLO

Alors, que je reprends, je m'en retourne bien vite y car on m'attend au château. — Pour sonner cette fête , dit -il ; si tu t'en at>ises, cest ton enterrement que iu auras sonné.

RITTA

Ton enterrement I

DANDOLO

Je vous demande I à vingt-deux ans, si c'est proposable !... Du reste , ajoute-il, ce mariage ne se fera pas ^ je ne le veux pas.

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