‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 145 sur 300 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DAiNDOLO, SOI /an t </u rhâtcnv , ALPHONSE, de c^tc.

PANDOi-Oj à la cnnlonnarlc.

A-i-on jamais vu ! je vous dis ({uc si on les laisse faire, ils les picntliont toutes, {^pcrcci'ant Alphonse.) Ah ! vous v'ià, M. Alplioiisel Eh bien! nous pouvons nous donner la main!., pauvre madame Ritta!

ALPHONSE, absorbé dans ses réflexions.

Je ne puis le crois encore !

DANDOLO

Ni moi non plus ! d'autant qu'il ne veut pas l'épouser.. . je viens de le lui demander... et il medéfend d'y songer 1 le plaisir de contrarier... Que diable! s'il n'en veut pas, qu'il n'empcchc pas les autres! c'est vrai, je lui suis plus attache que j« ne croyais , à cette pauvre femme! tout-à-l'lieure , en passant dans la grande salle où ils sont encore à déjeuner, parce que ces gaillards-là, ça déjeune.,, jusqu'au dîner ; elle m'a pincé le bras en signe d'amitié , ça m'a fait plaisir... mais j'ai senti en même temps un coup de poing... c'était l'autre!

ALPHOJJSE, qui l'écoute à peine.

Et tu n'avais pas d'armes I

DAJSDOLO.

Fort lieurcuseiiicnl , car je ne sais pas ce qui serait arrivé... avec de pareils misérables !

ALPHONSE , levant la tcte. Des misérables!., tu sais donc qui c'est? tu as donc •appris quelque chose?

DANnoLO , mysléricuscment.

Non , mais j'ai dos soupçoi^s.

AiPHOKSE , vii'emcnl.

-Explique-toi ?

UAlvUOLO , Je nianc.

Cie9 {jcns-là me sont supccls !

ALPHONSE

Et Icui" chef ?

DANDOLO

Ne vaut pas mieux que les autres '^Luijaijuint dtigne de se contenir.) Ciliull., ils disent tous que ce sont des seigneurs, ça n'est pas possible !.. ils ont de beaux liabits , c'est vrai; ils boivent rondement, je ne dis pas; mais ils ont des manières si singulières! pendant que je les servais, il n'y a qu'un instant, j'en ai vu plusieurs qui, après avoir bu, mettaient la tasse d'argent dans leur poche! je ne pense pas que ce soit l'habitude des seigneurs d'emporter , comme ça l'argenterie en sortant de table.

ALPHOWSE.

Est-ce là tout ?

DANDOLO

Non pas , vraiment! je les ai entendus chutboler,et

se dire d'un air inquiet : « Piétro ne rci'ient pas , s'il était pris, on serait ùicn vite sur nos traces et nous serions perdus. »

ALPHONSE

Pielro?

C'est un des leurs , oui s'est embarque hier à la pointe San-Felice, et dont ils attendent le retour.

ALPHONSE, vi^>('menl.

Si l'on pouvait guetter l'arrivc'e de cet homme! ,

DANDOLO, de même.

Et intercepter leur coriespondance !

ALPHONSE , agité.

Oui . oui! il est ilair (jue Camille est trompée ; il y va de son salut!.. Ecoule, Dandolo , tu aimes la maîtresse ?

DANDOLO, d'un air icsolu.

Oui , monsieur.

Al^PHONSE.

Tu as du courage ?..

DAADOLO, hésitant.

Je ne sais pas... mais puisque vous le dites , vous devez vous y connaître mieux que moi.

ALPHONSE

Cours sur la grande place ; une partie de ma compagnie V doit être arrive'e ; demande, de ma part, à l'oflicier quelques hommes... vous vous embusquerez à la pointe San-Fclicc , et dès que ce Piétro paraîtra...

DANDOLO

Je comprends I

ALPHONSE, écoutant.

Quel bruit?

C'est le peuple qui se rassemble pour le mariage...

ALPHONSE

Il n'y a pas un moment à perdre; Cours vite; moi ,je les attends au pied même de l'autel.

DANBOLO, s'cxcitanl.

C'est dit I Rien ne donne du courage comme la crainte d'être assommé I

(Il sort par un sentier pratiqué dan? les rochers , tandis qu'Alphonse passe derrière la chapelle. Aussitôt les cloches se font entendre , et le théâtre se remplit de pêcheurs , de jeunes filles qui arrivent dans des nacelles, de villageois qui descendent des montagnes.)

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