‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 154 sur 300 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ALPFIONSE , en costume de matelot ; CAMILLE. CAMILLE , effrayée et jetant un cri.

Aliî.. (Reculant.) Que vois-je !

ALPHONSE, à voix basse.

Silence !

CAMILLE

Tous, ici!.;

ALPHONSE

Ne craignez rien, personne ne m'a vu ; vos femmes sont retirées dans leur appartement , et celui que l'on nomme votre ëpoux visite le port, l'arsenal, suivi de tousses gens. Les momens sont chers : e'coutez-moi,

CAMILLE

Que voulez-vous , grands dieux !..

Vous sauver.

CAMILLE

Moi?

ALPHONSE

Je connais enfin la cause de mon malheur. Un mot échappe à ce misérable , m'a appris la captivité de votre père et le sacrifice qui vous était impose ; vous l'avez accompli , Camille , vous le deviez sans doute ! mais une promesse arrachée par la violence ne saurait lier votre sort.

CAMILLEi

Que dites-vous?

ALPHONSE, vit^ement.

Je ne puis supporter la pensée de vous savoir la compagne de ce monstre... j'ai voulu l'appeler au combat.

CAMILLE

Ociel!..

ALPHONSE , «fec une ironie amère.

11 a r^Xusé , en disant qu'il se devait maintenant à son

pays ; et moi, riiëritier ilcs Monza , j'ai subi celte dernière humiliation. {Après une pause.) Je n'ai plus qu'un moyeu de vous soustraire à la honte qui vous menace.

CAMILLE

Comment ?

Tout est disposé pour votre fuite; dites un mot, je vous conduis aux pieds du vice-roi. {Mouvement de Camille.) C'est là que vous trouverez un asile , un protecteur contre la plus odieuse tyrannie ; cet hymtn est nul, vos nœuds seront brisés , et votre liberté...

CAMILLE

Qui , moi ? réclamer contre un serment prononcé devant Dieu ! Non , Alphonse , ma vie est terminée ; mais ?i j'ai dû renoncer au bonheur, du moins je ne serai pas à un autre.

ALPHONSE

Que dites-vous ?.. Ce mariage !..

CAMILLE

Me laisse encore un espoir: au moment d'être unis , je l'ai prié à mains jointes de m'accorder la première grâce que je solliciterais...

ALPHONSE , amèrement.

Et VOUS comptez sur sa parole? lui qui se joue eftrontément du ciel , des hommes , de ses sermens ! CAMILLE j l'interrompant.

Il tiendra celui-ci , il l'a juré sur l'Evangile ; oui , l'aspect de ce saint lieu l'avait ému ! Si vous l'aviez vu , pendant que le prêtre nous bénissait... il était pâle, tremblant , l'œil fixé avec effroi sur je ne sais quel objet qui semblait le poursuivre...

ALPHONSE

Et quelle est cette grâce que vous allez réclamer ?

CAMILLE

La seule qui puisse encore me faire supporter la vie ;

oui , Alphonse... (Ecoutant.) O ciel !.. n'entends-je pas marcher? On s'arrête à la porte. (On entend des pas en dehors.) C'est lui I fuyez , fuyez , vous n'avez qu'un instant.

ALPHONSE

Ah ! s'il n'y allait que de ma vie...

CAMILLE , d'une voix suppliante.

Alphonse !

ALPHONSE

Vous le voulez ! [At'ec effort.) J'obe'is. CAMILLE , à voix basse.

Adieu ! songez à votre sœur.

(Elle rentre précipitamment dans son oratoire à droite ; Alphonse gagne la fenêtre : on entend aussitôt une musique douce sou» les fenêtres.)

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